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Les raisons du miracle géorgien de Willy Sagnol

Euro 2024 : Les raisons du miracle géorgien de Willy Sagnol

EURO 2024La Géorgie va participer au premier Euro de football de sa jeune histoire en Allemagne, une qualification dont le sélectionneur Français, Willy Sagnol, est l’un des principaux artisans
Adrien Max

Adrien Max

L'essentiel

  • La Géorgie débute l’Euro 2024 ce mardi contre la Turquie (18 heures), avant d’affronter la République tchèque, et le Portugal dans le groupe F.
  • La Géorgie dispute le premier Euro de football de son histoire grâce à une qualification historique obtenue en barrage contre la Grèce.
  • Son sélectionneur français, Willy Sagnol, est l’un des principaux artisans de cet exploit.

Une ambiance incroyable au pays, et un immense soutien populaire jusqu’en Allemagne où des centaines de supporteurs ont fait le déplacement pour vivre un événement totalement inédit : la première participation de la Géorgie, dont la sélection nationale n’existe que depuis 1996, à un Euro de football.

Grâce à une qualification obtenue à la faveur de deux victoires en barrages, d’abord contre le Luxembourg, puis face à la Grèce le 26 mars dernier, lors d’une séance de tir au but (0-0 a.p., 4 tab à 2) aussi irrespirable qu’historique. « Les deux, trois semaines qui ont suivi la qualification, on se demandait : "Est-ce vrai ce qui nous arrive ? Est-ce qu’on a vraiment réussi à se qualifier pour une grande compétition ?" », a raconté Willy Sagnol quelques semaines après l’exploit. Parce que le Français de 47 ans est l’un des artisans de cet exploit, depuis sa nomination à la tête de la Géorgie en 2021.

Un sélectionneur très impliqué

En moins de trois ans, l’ancien entraîneur des Espoirs et des Girondins de Bordeaux a même réussi l’exploit de placer cette petite nation du Caucase sur l’échiquier du football européen. Il ne connaissait pourtant pas grand-chose de ce pays d’un peu moins de 4 millions d’habitants à son arrivée. « Je n’ai rien en commun avec la Géorgie et quand j’ai appris qu’ils me voulaient, je me suis dit "Mais pourquoi la Géorgie ?", je ne connaissais pas du tout », confiait-il dans une interview à la FIFA début mai.

Celui qui a aussi été l’éphémère entraîneur du Bayern Munich est pourtant arrivé dans un contexte compliqué, après la période de Covid et un nouvel échec pour se qualifier à l’Euro 2021. « Il a repris l’équipe nationale géorgienne dans les moments les plus difficiles, peu de gens auraient voulu le faire. Malgré cela, il a fait quelque chose que personne n’avait jamais fait auparavant. Il a écrit l’histoire, nous lui en serons reconnaissants pour le reste de notre vie », recontextualise pour 20 Minutes, Lasha Kokiashvili, journaliste à La Gazzetta dello Sport en Géorgie.

Au-delà de l’aspect purement sportif, Willy Sagnol s’est surtout personnellement beaucoup impliqué dans cette aventure surprenante, après cinq ans sans banc d’entraîneur. Au point de passer sept mois en Géorgie chaque année. « Tous mes prédécesseurs partaient au lendemain du rassemblement, moi j’ai vraiment tenu à passer beaucoup de temps là-bas car selon moi, la culture locale a un vrai impact sur la façon dont joue une équipe nationale, il était important de la comprendre », rappelle-t-il.

Une fédération intelligente

Mais Willy Sagnol s’est donc rapidement mis au travail, et la Fédération lui a laissé du temps malgré sept défaites lors de ses neuf premiers matchs. Le temps d’opérer à un profond changement. « Il a tout changé, a recommencé à travailler à partir de zéro. Le système a changé, le schéma de jeu a été modifié, il a aidé les jeunes joueurs à se développer davantage, et a donné plus de confiance aux joueurs expérimentés. Son professionnalisme est apparu dès le début. Personne n’a fait un tel travail auparavant, il a vraiment réalisé l’impossible », explique le journaliste. Et lors des 24 matchs suivant, la sélection emmenée par Willy Sagnol n’a perdu qu’à cinq reprises.

En parallèle, la fédération présidée par Levan Kobiashvili, qui a fait venir Sagnol qu’il croisait sur les terrains de Bundesliga quand il jouait du côté de Schalke 04, a aussi joué son rôle. « Elle a mis en place des choses intéressantes il y a plusieurs années sur les infrastructures et sur les académies. À un moment donné, il n’y avait même plus de stades pour que les gamins puissent jouer », rappelle Willy Sagnol.

Un réservoir inespéré

A son arrivée il a pu s’appuyer sur des joueurs de qualités, à l’image de l’ailier de Naples, Khvicha Kvaratskhelia, ou de l’attaquant du FC Metz, Georges Mikautadze. Qu’il a aussi contribué à faire éclore sur la scène du football européen, en club. Mais derrière ces têtes de gondole, Willy Sagnol compte d’autres bons joueurs dans son effectif. Comme le jeune gardien de 23 ans de Valence, Giorgi Mamardashvilia, considéré comme l’un des meilleurs de Liga. Au milieu, le joueur de Watford, Giorgi Chakvetadze est même « le joueur le plus talentueux », selon Lasha Kokiashvili. Il sera notamment chargé d’alimenter l’attaquant des Girondins de Bordeaux, Zuriko Davitashvili. Et tous ces joueurs arrivent dans la forme de leur vie, avant la compétition de leur carrière.

De quoi poser des bases solides comme en témoigne cette participation à l’Euro 2024, sans forcément se fixer d’objectif précis, mais plutôt avec la volonté et de se projeter un peu plus loin. « L’idée, ce sera déjà de donner une belle image du football géorgien, et si on peut glaner quelques pourcentages de confiance en plus et davantage d’expérience, alors on pourra peut-être livrer une campagne de qualification pour le Mondial 2026 plus aboutie », se projette déjà Willy Sagnol.

Les supporteurs espèrent déjà beaucoup plus et rêvent même de sortir du groupe F composé de la Turquie, la République tchèque et du Portugal. « La Géorgie est un pays sans demi-mesure, où les émotions prennent souvent le pas sur le reste », a prévenu le sélectionneur.