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Va-t-on enfin savoir qui du Maroc ou du Sénégal a gagné la Coupe d’Afrique ?

CAN 2025 : Va-t-on enfin savoir qui du Maroc ou du Sénégal a gagné la Coupe d’Afrique ?

chaos•Près de dix mois après la très controversée finale de la Coupe d'Afrique des Nations, le TAS doit étudier jeudi le recours déposé par les dirigeants sénégalais après la victoire attribuée sur tapis vert au Maroc
Nicolas Camus

N.C. avec AFP

L'essentiel

  • En janvier dernier, le Sénégal avait battu le Maroc en finale de la Coupe d'Afrique des Nations (1-0 après prolongations) au terme d’un match chaotique, marqué par la sortie du terrain des Sénégalais pour protester contre une décision arbitrale.
  • Deux mois plus tard, la Confédération africaine avait déclaré le Maroc vainqueur sur tapis vert, déclenchant une vague d’indignation et une contre-attaque des dirigeants sénégalais devant la justice.
  • Ce jeudi, le Tribunal arbitral du sport doit enfin étudier ce dossier brûlant. S’il ne donnera pas son verdict dans la foulée, le TAS a toutefois promis un dénouement rapide après de longs mois de polémiques.

Cela fait bientôt dix mois que le Sénégal et le Maroc ont disputé cette électrique finale de la Coupe d'Afrique des Nations. Et l’on devrait, enfin, savoir qui a gagné. Le titre ira-t-il au Sénégal, vainqueur sur le terrain, ou au Maroc, vainqueur dans les bureaux de la Confédération africaine de foot ? C’est ce que doit déterminer le Tribunal arbitral du sport (TAS), qui examine jeudi le recours des Sénégalais.

A partir de 9h30, sur les rives suisses du Léman, le Français Gérald Simon, l’Italien Luigi Fumagalli et l’Allemand Ulrich Haas entendront à huis clos les représentants des Fédérations sénégalaise (FSF) et marocaine (FRMF), ainsi que ceux de la CAF.

Chaos indescriptible

Aucune décision ne sera rendue jeudi, avertit le TAS, mais « la formation arbitrale entamera ses délibérations » dès l’issue de l’audience, promesse d’un dénouement rapide après des mois de polémiques. « C’est un cas exceptionnel », puisque jamais une sélection ne s’était vue « retirer un titre acquis sur le terrain et entériné par l’arbitre », souligne auprès de l’AFP Thibault Ulrich, chercheur en droit du sport à l’Université de Lausanne.

Un « cas exceptionnel », c’est bien le mot, tant cette finale aura viré au n’importe quoi : pêle-mêle, des Sénégalais qui rentrent au vestiaire pour protester contre une décision arbitrale, Brahimi qui rate le penalty de la gagne sur une Panenka, des ramasseurs de balle et des stadiers voleurs de serviette, la CAF qui enlève son titre au Sénégal deux mois après, la riposte devant les tribunaux, et enfin la présentation du trophée à leurs supporters par les Sénégalais, ultime pied de nez à l’instance chargée de faire respecter les règles.

En se tournant vers le TAS, le Sénégal entend donc récupérer, in fine, la couronne de champion d’Afrique. Et plus largement, ouvrir un débat touchant aux principes fondamentaux du sport et à l’autorité des arbitres. Selon Thibault Ulrich, le jury d’appel de la CAF a fait une « lecture extrêmement stricte » du règlement de la CAN, qui ne tient aucun compte du fait que l’officiel congolais de la finale, Jean-Jacques Ndala, a laissé la rencontre reprendre après le retour des Sénégalais.

Une image ternie, quelle que soit l’issue

Or la « Loi du jeu » n°5.2 de l’International Board, qui s’impose à tous les acteurs du football, prévoit que « les décisions de l’arbitre sur des faits en relation avec le jeu sont définitives, y compris la validation d’un but et le résultat du match ». Echo encore plus direct au scénario de la finale, « l’arbitre ne peut pas changer une reprise du jeu » même s’il réalise « qu’elle est incorrecte », ajoute l’IFAB.

Cette règle est renforcée par la « doctrine du terrain de jeu », consacrée de longue date par la jurisprudence du TAS : à moins de prouver que l’arbitre est corrompu ou de mauvaise foi, ses décisions sportives ne peuvent être remises en cause. « L’objectif est de préserver l’intérêt des compétitions, décrypte Thibault Ulrich. Leur résultat doit être décidé sur le terrain et sur le moment, pas par des juges a posteriori, sinon on va perdre tous les supporters. »

Notre dossier sur la Coupe d'Afrique

Parallèlement à cette discussion juridique, le gouvernement sénégalais avait réclamé le 18 mars l’ouverture d’une enquête internationale « pour soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes » de la CAF. En réponse, l’institution avait loué « l’indépendance » de ses instances disciplinaires. Sans jamais en expliquer la raison, la confédération a néanmoins limogé, quinze jours avant la décision d’appel, le juriste djiboutien Yassin Osman Robleh, chargé depuis six ans de garantir l’intégrité de ses procédures. Quelle que soit l’issue, la CAF aura du boulot pour restaurer son image, et par ricochet celle du foot africain.