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Ambiance pas folle, nombre… Les supporteurs français ont du mal à exister

France - Espagne : Mais pourquoi les Français se font « manger » en tribunes par les supporteurs des autres pays ?

do you hear me ?Avant la demi-finale de Coupe du monde entre la France et l’Espagne, les supporteurs français ont du mal à se faire entendre dans les tribunes aux Etats-Unis
Emotions et partage, la mission des Bleus en Coupe du monde
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Malgré le parcours enthousiasmant de l’équipe de France, qui affronte l’Espagne en demi-finale de la Coupe du monde ce mardi, le nombre de supporters français présents dans les stades américains reste assez faible.
  • La présence de nombreux supporteurs américains avec le maillot bleu impressionne, mais elle agit également en trompe-l’oeil puisque qu’ils ne participent aux chants autour des Bleus.
  • Le placement des supporteurs dans les tribunes, les chants « un peu trop inspirés de ceux des clubs » sont aussi des explications à ce manque d’ambiance.

De notre envoyé spécial à Dallas,

Deux siècles plus tard, les missionnaires sont de retour aux Etats-Unis. Cette fois, pas de Bible, de croix, d’aide « humanitaire » ou de prosélytisme. Un seul objet suffit : le maillot de l’équipe de France. Depuis le début de la Coupe du monde, dans la foulée des performances enthousiasmantes des Bleus, qui affrontent l’Espagne en demi-finale ce mardi (21 heures), de nombreux Américains ont été convertis à la même passion : soutenir Kylian Mbappé (surtout) et les autres frenchies.

De New York à Philadelphie en passant par Boston, on a donc pu voir des tripotées d’étrangers revêtir le maillot des Bleus, alors que les Français restent un peu discrets. Sur les différents matchs, entre 3.000 et 4.900 billets ont été vendus par la Fédération française de football. Ajoutez à ça les tickets achetés sur les autres plateformes et vous aviez, au départ, plusieurs milliers de supporters tricolores qui ont fait le déplacement aux Etats-Unis, malgré le coût onéreux du voyage.

« Pas d’effet d’aubaine ou d’opportunité »

Malheureusement, plus le chemin des Bleus avance vers la gloire, plus le nombre de supporteurs français présent dans les stades baisse. Chez les Irrésistibles Français, le principal groupe de supporteurs des Bleus, on est passé d’une moyenne de 600 adhérents qui assistent aux matchs durant la phase de poule à un peu plus de 330 pour la demi-finale face à l’Espagne, nous explique Guillaume Auprêtre, porte-parole de l’association, avant d’ajouter :

« Soixante-dix adhérents ont suivi l’ensemble des matchs. On a des gens qui sont venus, qui sont repartis et là reviennent. D’autres viennent spécifiquement pour les demi-finales. Mais c’était prévu en amont puisque tous les billets étaient achetés avant. Il n’y a pas d’effet d’aubaine ou d’opportunité. »

Raphaël (30 ans), qui était présent à Philadelphie et Boston pour les matchs face à l’Irak et la Norvège, a bien pensé revenir aux Etats-Unis pour ces retrouvailles avec la Roja, après la demi-finale de l’Euro en 2024. « Mais il fallait lâcher 2.200 euros pour le billet d’avion, regrette ce Bourguignon. Sans compter le prix de la place pour le match. » Comptez environ 800 euros pour une place en catégorie 3, où seront les IF, pour cette demie.

Les autres nations plus suivies

Comparés aux colonies anglaises, bataves, argentines, brésiliennes, écossaises, dont certaines bénéficient d’une importante diaspora présente aux Etats-Unis, les déplacements des supporteurs pour l’équipe de France ont toujours été moins importants. Et cela a même surpris jusqu’aux Etats-Unis. Et notamment Casey Settleman, qui sera à France-Espagne ce mardi. Ce youtubeur américain (145.000 abonnés), qui a déjà assisté à 29 matchs durant ce Mondial, en a même sorti une vidéo sur le sujet et a pris quelques minutes pour développer avec nous sa pensée :

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« Vu de l’extérieur, je considère la France comme l’une des plus grandes nations au monde en matière de foot. Je pensais donc que cela s’accompagnait d’un public très passionné, prêt à se déplacer très loin. Et pour avoir assisté à tous les matchs de la France en Coupe du monde sauf un, j’ai été surpris de voir à quel point l’ambiance était faible. J’étais allé voir un match de Ligue des champions du PSG, j’avais été époustouflé par ce soutien. Là, je sais que c’est différent d’un club, mais ce manque d’ambiance m’a surpris. »

Des chants pas adaptés ?

On ne pensait pas prendre un jour une leçon de supportérisme de la part d’un Américain, mais la réalité est cruelle. Contrairement au foot de club où les parcages français lavent leurs homologues dans presque tous les stades, depuis le début du Mondial, les Français ont du mal à exister en tribunes, que ça soit face à la Norvège, le Maroc ou même l’Irak. Nos deux supporteurs tricolores ont plusieurs explications à ce faible niveau sonore.

  • « J’ai eu l’impression que les Français étaient les seuls à être mis à l’écart, indique Raphaël. Les Irakiens étaient juste derrière les buts, en masse, tous en blanc. Les Norvégiens étaient pareils, derrière les buts, un peu dispersés, mais ils formaient un bloc compact. Ils portaient tous les couleurs de leur équipe, ce qui aide. En matière d'ambiance, on était loin derrière. »
Les supporteurs français dans un coin du stade de Boston, avant le quart de finale face au Maroc.
Les supporteurs français dans un coin du stade de Boston, avant le quart de finale face au Maroc. - Rodolfo Buhrer/AGIF/Sipa USA/SIPA
  • « Les Marocains étaient plus nombreux, mais parce qu’ils ont des avions affrétés par leur pays. On est des supporters capables de mettre des ambiances qu’on ne voit pas ailleurs, mais les contraintes, notamment logistiques, sont nombreuses. A l’Euro 2024, on était beaucoup moins que les Pays-Bas, mais on a fait bien plus de bruit. »
  • « Les Irakiens, ils chantaient tous ensemble "Irak", ça claquait, reprend Raphaël. Nous, on reprend un peu les codes des chants ultras. C’est un peu trop long C’est cool, mais ça fait trop club et pas assez nation. Tout le monde ne connaît pas les chansons, et comme il y a beaucoup d’Américains en tribunes supporteurs, ça a du mal à prendre. »

On imagine bien la galère des Américains au moment de reprendre le « Du Nord de la France, aux rivages de Provence, quelles que soient nos couleurs, le club de notre cœur, une passion nous unit, chanter pour notre pays, sans jamais rien lâcher, en bleu, blanc, rouge, allez ! » Compliqué, on le reconnaît, encore plus ce soir chez les Texans, pas franchement les plus doués pour faire des efforts dans la langue de Molière.

Et en cas de finale ?

Cette atmosphère assez réservée a même valu aux Français d’être comparés aux supporteurs de Manchester City pour leur faible nombre en déplacement et le peu d’ambiance mise dans les tribunes. Une insulte passible d’une peine de prison. Mais cela n’empêche pas le porte-parole des IF d’être fier du taf fait par ses troupes, qu’il espère retrouver dimanche pour la finale à New York.

Guillaume Auprêtre, qui prend les matchs les uns après les autres, préfère ne pas trop parler de ce rendez-vous tant que la qualification des Bleus n’est pas certifiée. Mais il sait que mobiliser les supporteurs en très grand nombre sera compliqué : « On est quand même dans l’anticipation. Mais entre ce qu’on va pouvoir mettre en place ou non, les aléas, il y a trop de facteurs encore inconnus. » Mais pas l'identité de l'adversaire, qui sera de toute façon supérieur en nombre si on arrive jusque-là.

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