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On a patrouillé avec les chasseurs d’ICE dans les rues de Los Angeles

Coupe du monde 2026 : « Ils sont plus discrets désormais »… On a patrouillé avec les chasseurs d’ICE à Los Angeles

« NO PASARAN »Il y a un an, Los Angeles vivait au rythme des arrestations de l’ICE, la très controversée police de l’immigration de Donald Trump. Cet été, en plein Mondial, on a suivi une patrouille citoyenne pour voir si leur présence était toujours d’actualité
Le foot, les migrations et la Coupe du monde
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Alors que la Coupe du monde bat son plein du côté de Los Angeles, tous n’ont pas forcément la tête au football en cet été 2026.
  • C’est le cas de l’Union del Barrio, une organisation politique et militante qui vient en aide aux immigrés illégaux menacés par le politique de Donald Trump et de sa police migratoire, l’ICE.
  • 20 Minutes a pu patrouiller avec eux dans les rues de L.A. quelques heures avant le match Iran-Nouvelle-Zélande, l’occasion de revenir sur les raids de l’ICE qui ont tué Alex Pretti et Renée Good.

De notre envoyé spécial à Los Angeles,

A quelques heures de la rencontre entre l’Iran et La Nouvelle-Zélande à Los Angeles, en début de semaine, c’est un tout autre match qui se joue à quelques centaines de mètres du Mac Arthur Park, dans le quartier de Westlake. Un jeu du chat et de la souris entre les membres de l’Union del Barrio, une organisation politique de défense de la communauté latino de Los Angeles, et l’ICE, la tristement célèbre police de l’immigration de Donald Trump qui, un an plus tôt, avait fait une descente dans ce parc pour mettre la pression sur les nombreux immigrés sans papiers qui peuplent le quartier.

C’est là qu’Iris et Rigo nous ont donné rendez-vous. Avec eux, nous allons patrouiller une heure durant dans les environs pour débusquer ces agents devenus les symboles de la politique migratoire du président américain, accompagnés de quatre bénévoles, toutes des femmes. Parmi elle, une frêle mamie dont le visage restera dissimulé sous un foulard aux couleurs militaires, casquette vissée sur le crâne, ne laissant apercevoir que ses yeux perçants et sa voix fluette. Quand on s’approche pour lui demander ce qui la pousse à venir en aide aux travailleurs sans-papiers traqués par l’ICE, on reçoit poliment une fin de non-recevoir.

Traquer l’ICE n’est pas sans risque

Nos seuls interlocuteurs ce jour-là seront les deux membres de l’Union del Barrio, les autres préférant garder l’anonymat par crainte d’être repérés par les autorités et arrêtés à leur tour. Car chasser les chasseurs de migrants n’est pas sans risques. Il y a quelques semaines, une infirmière a été détenue par les agents du gouvernement pour avoir elle aussi apporté sa pierre à la résistance. « Il a fallu qu’on se mobilise devant le centre où elle était détenue pour qu’ils la libèrent. On préfère donc ne pas mettre nos bénévoles en danger d’une quelconque façon », nous dit-elle avant de grimper dans l’un des deux véhicules de patrouille.

C’est avec elle que nous montons après qu’elle a remercié cette petite bande pour le temps qu’ils donnent à l’Union del Barrio : « Je sais que certains sont sur leur pause déjeuner, donc un grand merci à vous d’être là avec nous aujourd’hui ». Et c’est parti pour une heure à tourner dans le quartier selon un plan décidé à l’avance en fonction des zones préférées par les agents de l’ICE. On nous donne un flyer sur lequel sont répertoriés les différents véhicules utilisés par les agents, « principalement des voitures américaines, Ford Explorer, Dodge Carvan, Chevy Silverado », on en passe et des plus grosses.

L'Union del Barrio distribue des prospectus pour aider leurs membres à reconnaître les voitures de la police de l'immigration qui tournent à LA.
L'Union del Barrio distribue des prospectus pour aider leurs membres à reconnaître les voitures de la police de l'immigration qui tournent à LA.  - Aymeric LE GALL

Avec le temps, les membres de l’UDB ont développé un sixième sens pour repérer ces véhicules banalisés dont les « phares de patrouilles » de couleur rouge et bleu et les vitres teintées ne trompent plus personnes. Durant le trajet, tandis que Rigo, Iris et une mère de famille d’origine mexicaine, qui a pris place à nos côtés à l’arrière de la voiture, scannent les rues à la recherche des véhicules du gouvernement, la discussion s’installe.

Des agents de l’ICE plus discrets que par le passé

Iris explique que l’ambiance a changé comparé à l’été dernier où, notamment durant la Coupe du monde des clubs, l’ICE opérait en mode cow-boys, raflant les gens dans les rues en plein jour au vu et au su de tous, sans se soucier de l’image renvoyée au monde à travers les milliers de vidéos publiées sur les réseaux sociaux. « Au contraire, coupe Rigo. Avant, ils se filmaient eux-mêmes en train d’arrêter les gens et pour alimenter leur propagande et satisfaire l’électorat de Trump, majoritairement raciste et xénophobe. Aujourd’hui ils ont changé de stratégie, ils sont beaucoup plus discrets et opèrent surtout à l’aube. »

Il faut dire qu’entre-temps, deux personnes sont mortes sous leurs balles, Alex Pretti et Renée Good, entraînant une vague d’indignation à travers le pays. Alors, cette année, pas question de refaire les mêmes erreurs, encore moins alors que la Coupe du monde charrie son lot de supporters et de journalistes et que le moindre dérapage trouvera une caisse de résonance médiatique sans équivalent, ce que Donald Trump préfère sans doute éviter.

« Il sait que si ces hommes reproduisent les méthodes de l’été dernier, cela va pousser les gens à s’unir, à résister et à les chasser », ajoute Rigo. Comme l’an passé, quand le président américain avait dû faire machine arrière après une longue bataille juridique contre le gouverneur de Californie en retirant la Garde Nationale des rues de Los Angeles qu’elle squattait depuis des mois. La maire de LA, Karen Bass, s’était jointe au concert de critiques contre les méthodes violentes du « Commander in Chief ».

Ce qui fait bien rire Iris, les yeux toujours rivés sur la route et les véhicules environnant.

« « Vous connaissez les politiques, ils font de beaux discours devant les caméras mais ce n’est que du vent. La vérité c’est que la ville de Los Angeles aide logistiquement l’ICE en faisant intervenir sa police pour protéger les agents pendant qu’ils font leur sale boulot. On dit que Los Angeles est une ville sanctuaire mais c’est un discours de façade. On sait que si nous n’agissons pas par nos propres moyens, personne ne va nous défendre. » »

« C’est un mouvement qui ne cesse de grandir »

En liaison permanente avec la deuxième voiture de patrouille, nous apprenons que de leur côté non plus, aucun agent à l’horizon. « Ok sounds good, lâche Iris, l’oreille collée au téléphone. On refait un tour ou deux et on se retrouve au point de rdv. » Concentré au volant, Rigo se félicite de voir que le message de sa coéquipière a été reçu 5/5 par la communauté latino et afro-américaine dans ce pays.

« C’est un mouvement qui ne cesse de grandir à travers tous le pays. Ça donne de l’espoir de voir que les gens ne veulent pas rester là à rien faire et que chacun a envie de se mobiliser et d’apporter sa pierre à l’édifice. »

« On n’a peut-être pas de gros moyens financiers mais nous avons autre chose, nous avons le nombre et nous sommes déterminés à ne pas faciliter le travail de ces terroristes, embraye son acolyte issue d’une famille d’origine mexicaine. Car c’est bien ce qu’ils sont à nos yeux et jamais nous les laisserons agir impunément. Tant que nous serons vivants, ils ne seront pas en paix. »

Les chasseurs d'ICE font un débrief après leur tournée du jour.
Les chasseurs d'ICE font un débrief après leur tournée du jour.  - Aymeric LE GALL

Tous deux professeurs au lycée dans le civil, ils ont vu les effets réels de la politique de Trump depuis son retour au pouvoir en janvier 2025. « Nous avons des élèves qui ont dû arrêter l’école ou qui ne viennent plus que partiellement afin d’aider leurs parents qui ne peuvent plus sortir de chez eux, constate la militante. Ils les remplacent en travaillant dans la rue à vendre des fruits et de la nourriture. Il faut aussi s’organiser pour être sûr que les petits frères ou les petites sœurs ne se font pas arrêter sur le chemin de l’école. C’est toute une vie quotidienne qui a été bouleversée par cette politique inique. »

Trump, Obama et tous les autres

Quand on leur demande s’ils ont de l’espoir que les choses changent en cas de départ de Trump en 2029, leur réponse peut surprendre. Au fond, pour eux, que ce soit Trump ou un autre, un Républicain ou un Démocrate, ce n’est pas un problème de personne mais de système. « Il ne faut pas oublier qu’Obama était surnommé le “déporteur en chef”, rappelle justement Rigo. Si c’est peut-être un peu plus violent aujourd’hui qu’hier, c’est une grave erreur de croire que cela prendra fin avec le départ de Trump. »

Tout en réaffirmant son indignation après la mort de Pretti et Good, « des gens bien qui luttaient pour une cause juste », Iris ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour « ces milliers de gens tués au sein de nos communautés et dont on n’a jamais entendu parler, ceux qui sont morts sous les coups de la police, dans les rues ou dans les centres de détention », et qui sont à ses yeux « les grands oubliés » de l’histoire contemporaine des Etats-Unis.

Mais alors que la patrouille touche à sa fin et que nous n’avons détecté ce jour-là aucune présence suspecte, celle-ci tient à terminer sur une note positive : « Je crois que les gens ont pris conscience que cette politique de lutte contre l’immigration est sans fin dans notre pays et que la seule manière de lutter c’est de se mobiliser et d’agir. »

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