Mercato Bordeaux : Pourquoi ce nouveau (grand) coup de balai hivernal aux Girondins ?

FOOTBALL La nouvelle direction des Girondins de Bordeaux a poursuivi la refondation de son effectif lors de ce mercato

Clément Carpentier
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Josuha Guilavogui avec le directeur technique des Girondins, Admar Lopes.
Josuha Guilavogui avec le directeur technique des Girondins, Admar Lopes. — Romain Perrocheau / AFP
  • Les Girondins se sont encore montrés très actifs sur le marché des transferts cet hiver avec quatre nouvelles recrues et de nombreux départs.
  • Cela répond à une logique sportive (première partie de saison complètement ratée) et financière (réduire un maximum la masse salariale, encadrée cette saison).
  • La nouvelle direction souhaite aussi s’appuyer sur « ses » joueurs et tourner un peu plus la page américaine au sein du club.

Comme bien d’autres artisans français, l’entreprise de BTP « Lopez & Lopes, père et fils » ne manque pas de travail. Depuis l’été dernier, elle s’active sur un chantier titanesque : celui des Girondins de Bordeaux. Après un gros ravalement de façade et la rénovation d’une bonne partie des pièces intérieurs l’été dernier  (neuf recrues et une quinzaine de départs), le nouveau propriétaire des lieux et son directeur technique ont poursuivi cet hiver leurs travaux au château du Haillan (quatre nouvelles recrues et encore de nombreux départs). Au point qu’il ne reste plus que les finitions à faire, prévues pour le prochain mercato estival. Mais  Admar Lopes l’avoue, il se sent déjà un peu plus chez lui qu’il y a six mois.

L’héritage américain laissé par les fonds d’investissement GACP puis King Street se fait en effet de moins en moins présent au sein du club racheté par son patron, Gérard Lopez, en juillet dernier. Dans le vestiaire, il ne reste par exemple plus qu’une petite dizaine de joueurs de l’époque parmi ceux qui jouent régulièrement (Costil, Poussin, Kwateng, Briand, Hwang, Oudin ou Adli). Cette volonté de faire table rase du passé en l’espace de quelques mois tient bien sûr à une logique sportive et financière aux Girondins mais aussi à la méthode de travail des Lopez-Lopes.

Le club a-t-il enfin ses José Fonte et Benjamin André ?

Il était impossible de rester les bras croisés après la catastrophique première partie de saison des Marine et Blanc : 17e de L1 avec quatre victoires en 22 matchs et la pire défense des cinq grands championnats européens. Pour remédier à cela, Admar Lopes a tenté ces dernières semaines de trouver son José Fonte et Benjamin André du Losc. Sa confiance mise en Laurent Koscielny, Otavio ou encore Fransergio pour remplir ces rôles ayant atteint ses limites. Il a tout d’abord choisi l’ex-lyonnais Marcelo (34 ans) et « son leadership naturel », qu’il voit au passage « jouer jusqu’à 40 ans ». Puis, il a réussi à convaincre l’ancien stéphanois Josuha Guilavogui (31 ans), un joueur qui « représente exactement le présent et l’avenir du club » et a « la détermination d’un gamin de 18 ans », dixit le principal intéressé. L’homme aux sept sélections avec les Bleus pourrait d’ailleurs rapidement retrouver le brassard de capitaine qu’il a connu à Wolfsburg pendant plusieurs saisons.

Marcelo, l'ancien défenseur de l'OL, a rejoint Bordeaux cet hiver.
Marcelo, l'ancien défenseur de l'OL, a rejoint Bordeaux cet hiver. - Romain Perrocheau / AFP

Mais pour boucher les trous d’un navire qui prend l’eau de toute part depuis six mois (53 buts encaissés en 22 matchs de L1), deux joueurs ne peuvent suffire. Le directeur technique bordelais a donc décidé de s’offrir un autre défenseur et un deuxième milieu de terrain défensif. Et pour ne pas trop augmenter sa moyenne d’âge (24 ans) et rappeler à tout le monde que le projet de l’entreprise « Lopez-Lopes » repose avant tout sur le trading de joueurs, le Portugais a misé sur Anel Ahmedhodzic et Danylo Ignatenko. Le premier, Bosnien de son état, est annoncé à 22 ans comme l’un des grands espoirs du football européen à son poste. Grand (1,92 m) et rapide, il « représente vraiment le projet » selon Admar Lopes. Toutes proportions gardées, les Girondins espèrent faire de lui leur Sven Botman lillois. Pour en terminer avec les comparaisons, le dernier venu a une bonne tête de Xeka, le milieu de terrain des Dogues. Danylo Ignatenko (24 ans) apportera sa fougue et un peu plus de concurrence dans un secteur (enfin) fourni avec Lacoux, Fransergio, Guilavogui et Onana.

Anel Ahmedhodzic est l'un des grands espoirs européens à son poste de défenseur central.
Anel Ahmedhodzic est l'un des grands espoirs européens à son poste de défenseur central. - Romain Perrocheau / AFP

Objectif atteint sur la masse salariale

Cette refonte de l’effectif répond aussi (et peut-être avant tout) à une situation économique difficile, avec l’interdiction pour le club de recruter avant d’avoir vendu et une masse salariale encadrée cette saison. Lors de ce mercato, la direction bordelaise avait particulièrement ciblé cette deuxième contrainte. Et là peu importe qui vous êtes – historique du club, international, capitaine de l’équipe –, Gérard Lopez ne fait pas dans le sentimental. Demandez à Laurent Koscielny, Paul Baysse ou Otavio, priés de faire leurs valises fissa. Edson Mexer, lui, range ses derniers shorts et chaussettes avant probablement de prendre la direction de la Turquie alors que Samuel Kalu et Josh Maja ont déjà rejoint respectivement Watford et Stoke City lors de ce mois de janvier. Ces deux derniers pourraient rapporter jusqu’à 7,5 millions d’euros en transfert aux Girondins d’ici la saison prochaine.


Mais c’est bien sur la masse que le club va faire de grosses économies dans les prochains mois. Alors que les Girondins avaient déjà annoncé, il y a quelques semaines, une réduction du salaire brut moyen de 45 % avec les nouveaux arrivants du mercato estival (de 1,3 million d’euros à 700.000 euros annuels), le club pourrait faire une nouvelle économie de près de 800.000 euros sur sa masse salariale mensuelle avec les départs et les résiliations de contrat de cet hiver, et si le prêt du défenseur mozambicain se confirme cette semaine. Sur les six prochains mois, cela représenterait une somme de 4,7 millions d’euros. Un chiffre bien sûr à relativiser avec l’arrivée des nouvelles recrues. Mais l’objectif de départ semble bien atteint pour la direction avec aujourd’hui un seul très gros salaire au club, Benoit Costil, qui pourrait lui aussi quitter le navire à la fin de la saison.

« Es-tu prêt à partir à la guerre avec nous ? »

Enfin, ce grand nettoyage tient également aux méthodes de travail de l’entreprise « Lopez & Lopes, père et fils ». Elles consistent notamment à avoir « ses » joueurs. C’est-à-dire, avoir beaucoup de recrues dans son effectif afin de s’appuyer sur des gens qu’ils ont eux-mêmes choisis, qui leur sont redevables et leur portent allégeance d’une certaine manière. Aux Girondins, cette refonte a sûrement été accélérée quand la nouvelle direction a très vite entendu parler d’un « syndicat des joueurs » en interne à son arrivée. On parle ici de joueurs cadres au pouvoir très fort dans le vestiaire et au club depuis l’époque Paulo Sousa. Par exemple, Laurent Koscielny aurait rapidement été identifié comme celui qui tirait à boulets rouges sur le nouveau préparateur physique alors que Paul Baysse, lui, a été jugé trop bavard.

Il y a aussi cette volonté de créer une sorte de bulle autour de l’équipe professionnelle pour éviter un maximum les pollutions extérieures. Cet état d’esprit quasi-militaire est souvent résumé par une question d’Admar Lopes, le big boss du sportif, à ses interlocuteurs : « Es-tu prêt à partir à la guerre avec nous ? » S’il sent que ce n’est pas le cas… Pour l’instant, il y en a un qui n’a jamais déserté ou même fait le moindre pas de côté derrière ses chefs, et c’est sûrement pour ça qu’il est encore là, c’est le locataire du château du Haillan, Vladimir Petkovic. Aujourd’hui, il a une jolie maison toute neuve et plus aucune excuse de ne pas la faire briller, à commencer par ce dimanche (15 heures) à Reims. Autant dire qu’à la première éraflure sur les murs, le Suisse pourrait être expulsé par ses propriétaires.