Manchester City - PSG : Les fans des Skyblues ont-ils toujours la haine contre l'UEFA ?

FOOTBALL Depuis bientôt dix ans, l'hymne de la Ligue des champions est copieusement hué par le public de l'Etihad Stadium, mais les choses commencent doucement à changer

Aymeric Le Gall
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Des fans de Manchester City lors d'un match de C1 à Séville, le 3 novembre 2015.
Des fans de Manchester City lors d'un match de C1 à Séville, le 3 novembre 2015. — BPI / Rex Shutterstock / Sipa
  • Depuis près de dix ans, les fans de Manchester City sifflent l’hymne de la Ligue des champions en raison de divers contentieux avec l’UEFA.
  • Aujourd’hui, certaines voix s’élèvent pour mettre fin à ces huées, d’autant que les sifflets se font chaque fois moins puissants.
  • Au-delà de ça, c’est l’ambiance générale les soirs de C1 qui interroge alors même que les fans rêvent de remporter la coupe aux grandes oreilles.

Nous appellerons ça le paradoxe des Skyblues. Alors qu’ils vendraient père, mère et la recette de porridge de grandma pour remporter enfin la coupe aux grandes oreilles, les supporteurs de Manchester City entretiennent une relation très particulière avec cette compétition. Ou plutôt avec son organisateur, l’UEFA. Depuis plusieurs années, en effet, les fans de City ont pris l’habitude de huer l’hymne de la Ligue des champions avant chaque match à domicile, et la rencontre de mercredi face au PSG ne devrait pas faire exception.

Même si Mauricio Pochettino, qu’on dit de plus en plus proche de rejoindre l’ennemi de United, devrait lui aussi avoir droit à sa petite dédicace personnelle. Mais après des années de sifflets contre Ceferin et son institution, certains pensent que l’heure est venue de mettre un terme à ce folklore un peu lourdaud. Alors, to boo or not to boo ? That’s the question.

Une colère en trois actes

Avant de trancher le débat, faisons d’abord un tour du pâté de maison en DeLorean pour revenir aux origines du « boo ». On a longtemps cru que les huées de l’Etihad n’étaient qu’aigreur après les attaques de l’UEFA contre Man City dans les nombreuses affaires liées au fair-play financier. « Que nenni » nous coupe d’emblée Kevin Parker, le secrétaire général du groupe officiel des supporteurs de City. « Cela remonte à bien plus longtemps que ça », nous assure-t-il. En réalité, la colère des Skyblues est montée crescendo à partir de 2012 et s’est faite en trois actes.

  • Acte I, le deux poids, deux mesures, qui ne passe pas auprès des Citizens

En 2012, l’UEFA s’attire une première fois les foudres des fans de City après deux décisions disciplinaires pour le moins controversées. Quand les Skyblues reçurent 30.000 euros d’amende pour une banale histoire de retard (d’une minute) des joueurs au retour des vestiaires lors d’un match de Ligue Europa contre le Sporting, le FC Porto ne fut sanctionné que de 20.000 euros pour les cris de singes de certains de ces supporteurs à l’encontre de Mario Balotelli et de Yaya Touré, lors d’un Porto-City disputé un mois plus tôt à l’Estadio do Dragoes.

  • Acte II, le point de non-retour

Lors de la saison 2014-2015, c’est un match de C1 au CSKA Moscou qui mit définitivement le feu aux poudres. Cette rencontre devait se jouer à huis clos (encore une fois pour une histoire de cris de singes contre Yaya Touré), mais les choses ne sont pas passées exactement comme prévu. Alors que l’UEFA avait refusé de rembourser les fans des Skyblues qui avaient acheté leur billet d’avion, de match et leur chambre d’hôtel (avant que la décision du huis clos ne soit actée), celle-ci a finalement autorisé quelque 650 sympathisants du CSKA à assister à la rencontre, ce que les supporteurs des Citizens n’ont jamais digéré.

  • Acte III, le délégué de l’UEFA en remet une couche

Quelques semaines après le CSKA-Gate, lors d’un match face au FC Séville, alors que les huées prenaient de plus en plus d’ampleur à l’Etihad, le quatrième arbitre a signalé cela à ses supérieurs. « Même si aucune sanction n’a été prise pour sanctionner les huées, cela a durci la position des fans de City à l’encontre de l’instance européenne », nous confie Dominic Farrell, auteur d’un récent article sur le sujet dans le Manchester Evening News.

« Ça n’a plus beaucoup de sens aujourd’hui »

Dans son papier, ce journaliste mancunien explique qu’il est peut-être temps de passer à autre chose. En revanche, contrairement à Kevin Parker, celui-ci admet que certains supporteurs sifflent aussi pour protester contre les sanctions l’UEFA prise contre Manchester City dans le cadre du FPF. « En fait, il y a tellement de raisons différentes qu’on finit un peu par s’y perdre. Chaque supporter à la sienne et, à l’arrivée, ça donne l’impression que le message est un peu dilué. Et puis, au début, les sifflets étaient vraiment très bruyants, cela ajoutait une vraie atmosphère particulière dans le stade. Maintenant, c’est plus un truc symbolique que certains fans utlisent avant un match. Contre Bruges, cette saison, les huées se sont plus ou moins éteintes à la moitié de l’hymne, ça n’a plus beaucoup de sens ».

« Moi, personnellement, je ne siffle pas, nous dit Kevin Parker. Mais je pense que les fans ont le droit de faire leur propre choix. Qui sait, peut-être que les huées stopperont quand l’UEFA aura remis un peu d’ordre dans sa maison »

Mais les « boos » ne font pas tout, il y a autre chose. S’il respecte le choix des siffleurs, Pep Guardiola s’est plaint en début de saison du manque d’ambiance général et des faibles affluences les soirs de matchs de Ligue des champions à la maison. Contre Leipzig, en septembre, ils n’étaient que 38.000 dans un stade pouvant en contenir 55.0000. Il est vrai que le club est régulièrement moqué par les supporteurs adverses pour l’ambiance d’Ehpad qui régnerait à l’Etihad. Pour Dominic Farrell, « cette réputation est injuste ».

« On oublie à quel point les fans de City ont été loyaux et nombreux au stade quand le club stagnait dans les divisions inférieures, dans les années 90, à l’époque où le Manchester United de Ferguson était sur le toit du monde. Mais avec le rachat du club en 2008 [par le fonds souverain des Emirats arabes unis], ça a réveillé les rancœurs des supporteurs des autres clubs et ça n’a rien arrangé à cette mauvaise réputation ». Selon lui, on pourrait faire le même constat lors de certains matchs à Anfield ou à Old Trafford.

Le club tente de remédier au problème

Un point de vue entièrement partagé par Kevin Parker. « Bien sûr qu’il peut arriver que l’ambiance ne soit pas dingue mais, lors des gros matchs, surtout en nocturne comme c’est le cas en Ligue des champions, l’ambiance peut être vraiment très bonne, jure-t-il. Et puis, si on est parfois un peu silencieux, c’est qu’on est captivé par le jeu fantastique proposé par l’équipe de Pep Guardiola ». Touché. Malgré tout, un peu plus d’ambiance ne serait pas pour déplaire à certains, comme Ed Sheeran, fan inconditionnel des Skyblues. Lors du match aller, fin septembre à Paris, le chanteur avait été subjugué par l’atmosphère incandescente du Parc des Princes.

« Je vais voir beaucoup de football en Angleterre, mais je n’avais jamais vu ça, les fans du PSG sont fous ! Ils avaient des fumigènes, ils sautaient et chantaient. Je me suis dit : "Ok c’est juste pour le début". Mais ils ont fait ça pendant deux heures ! Un mardi soir ! C’est-à-dire que ces mecs-là étaient au travail le matin. C’est très impressionnant". Selon Dominic Farrell, le club de City tente de remédier à cela. Il a notamment créé une zone spéciale dans le stade pour que le groupe de supporteurs des « 1894 » puisse « réaliser des tifos les soirs de coupe d’Europe ». « Celui avant le match contre Bruges, rythmé par une chanson d’Oasis, était vraiment cool ». Le mieux c’est encore qu’on se fasse notre propre idée. Rendez-vous mercredi soir, donc, pour juger sur pièce.