PSG-Bayern : Efficace mais moins sexy, Paris a-t-il trouvé la formule magique pour aller loin en C1 ?

FOOTBALL A l’image de leur match aller à Munich, Paris et Mauricio Pochettino ont opté pour un jeu de contre-attaque et de transitions rapides qui leur réussit magnifiquement jusqu’ici

Aymeric Le Gall

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Mauricio Pochettino fait dans le pragmatisme depuis son arrivée au PSG, quitte à troquer le style de jeu contre les résultats en C1.
Mauricio Pochettino fait dans le pragmatisme depuis son arrivée au PSG, quitte à troquer le style de jeu contre les résultats en C1. — Christof STACHE / AFP
  • Arrivé au PSG avec la promesse de donner du style à son équipe, Mauricio Pochettino n’a pour le moment pas eu le temps de révolutionner le jeu du PSG.
  • Alors, à défaut de briller face aux mastodontes européens (Barça en 8es, Bayern en quarts), celui-ci a fait de Paris une redoutable équipe de contre.
  • A l’arrivée, si le PSG se qualifie mardi soir pour les demi-finales de la C1, ils ne devraient pas être nombreux chez les fans parisiens à trouver grand-chose à redire.

Une petite devinette chez vous à la maison pour commencer ce papier : quel est le point commun à tous les entraîneurs du PSG depuis que le club est passé sous pavillon qatari ? Réponse : celui de promettre aux supporters et aux dirigeants de pratiquer un jeu léché fait de possession de balle, de justesse technique et d’efficacité face au but.

Ainsi, quand Thomas Tuchel faisait le souhait, lors de sa toute première conférence de presse, que les supporters « tombent amoureux du jeu du PSG », son successeur, lui, expliquait que « dans un club aussi prestigieux, il n’est pas seulement important de gagner, il faut le faire avec style ». Voilà pour la communication officielle. Dans les faits en revanche, c’est une autre tambouille.

On l’a bien vu lors des deux matchs face au Barça (surtout au retour) ainsi qu’à l’aller à Munich. Paris a troqué son habit de lumière contre la salopette de Bob le Bricoleur, moins sexy, certes, mais diaboliquement plus efficace. Les chiffres sont éloquents : en moyenne en 8es et la semaine dernière à l’Allianz Arena, les Parisiens n’ont eu que 37 % de possession de balle et ont subi 21 tirs (dont 9 cadrés) par match. Une révolution, limite hérétique, dans un club qui depuis des années ne jure plus que par la domination balle aux pieds.

« C’est vrai qu’on s’est habitué à voir Paris dominer outrageusement ses adversaires ces dernières années, avec une grosse possession, convient Guy Lacombe, l’ancien entraîneur parisien de 2005 à 2007. Mais je crois que si l’on regarde le parcours du PSG en Ligue des champions ces dernières années, c’est justement ce qu’il manquait à cette équipe, de jouer sur d’autres qualités et sur ces phases de transitions ultra rapides. Je pense que c’est un constat qu’a fait Pochettino dès son arrivée au club et que, avec le peu de temps qu’il a eu pour vraiment travailler avec son groupe, c’était un axe de travail pertinent quand on regarde les joueurs qu’il a à sa disposition. »

Un PSG contre-nature en phase éliminatoire de C1

Si l’on croit sur parole Mauricio Pochettino quand il nous vend son ambition de faire de Paris une équipe qui gagne avec style, on n’oublie pas non plus ce qu’il nous répète depuis à longueur de conférence de presse depuis son arrivée. « C’est peut-être un peu tôt pour faire le bilan, si on regarde le nombre de matchs qu’on a joué et le peu d’occasions qu’on a eues de s’entraîner. Comme tout staff technique, nous avons besoin de temps pour mettre en place le style de jeu qu’on veut donner à l’équipe », disait-il début février.

Arrivée en cours d’une saison vraiment pas comme les autres, Pochettino a dû parer au plus pressé et cibler quelques principes de jeu élémentaires pour gagner tout de suite quitte à remiser la note artistique au placard pour le moment. C’est d’ailleurs ce qu’il répétait vendredi avant le déplacement à Strasbourg : « Nous sommes arrivés avec l’objectif d’optimiser les différents secteurs de l’équipe pour être compétitif vite, obtenir des résultats car dans un club comme le PSG on doit avoir des résultats. » C’est ce qu’il a magnifiquement fait mardi dernier à Munich, selon Guy Lacombe.

« Il y a une donnée importante à prendre en compte, c’est les joueurs qu’il a à sa disposition. Il regarde ce qu’il a sous la main, il regarde l’adversaire en face et sa manière de jouer, et face au Bayern il a dû se dire que le mieux à faire était de jouer les transitions rapides à la récupération du ballon plutôt que d’essayer d’avoir la possession et de faire le jeu. »

Un calcul tout sauf stupide et/ou petit bras, surtout quand devant vous avez une flèche comme Mbappé et une rampe de lancement nommée Neymar. Autant Mbappé n’est pas fait pour jouer seul en pointe contre des blocs bas, autant il le devient quand l’adversaire a décidé de se payer 90 minutes all inclusive dans votre camp. « Même si Mbappé est quand même pas mal dans les petits espaces (rires), dès lors que vous lui laissez autant d’espace de course dans le dos de la défense, très souvent celle-ci est battue. Et comme techniquement il peut renverser n’importe qui, ça fait beaucoup d’atouts pour lui et pour la tactique mise en place par Pochettino », valide l’ancien coach guingampais.

Pourquoi changer un style qui gagne ?

Partant de là, et considérant comme l’a expliqué Thomas Müller en conférence de presse d’avant-match que les Allemands vont venir à Paris avec les mêmes velléités offensives, peut-on imaginer Pochettino changer du tout au tout de philosophie au Parc ? Passé spécialiste dans l’art de noyer le poisson, l’Argentin a laissé planer le doute, expliquant simplement que ses joueurs allaient « montrer un grand respect au Bayern tout en essayant d’imposer nos idées, ce n’est pas incompatible. » On pourrait choisir de le croire. Mais l’expérience compliquée du match retour face au Barça, quand « Poché » nous vendait en avant-match un PSG en mode mort de faim dès le coup d’envoi, nous oblige à plus de prudence. D’autant que Marco Verratti, seul joueur réellement capable de garder le ballon au milieu du terrain, ne devrait pas débuter le match mardi.

Pas avare d'efforts défensifs à Munich, Mbappé a terminé le match sur les rotules.
Pas avare d'efforts défensifs à Munich, Mbappé a terminé le match sur les rotules. - Christof STACHE / AFP

De son côté, Guy Lacombe vote pour un bis repetita. « On sait que le Bayern va venir au Parc avec les mêmes ambitions qu’à Munich. Il faudra donc répéter peu ou prou la même partition qu’au match aller, en étant très costaud derrière et en misant sur les qualités de Neymar et Mbappé devant. Cette saison, en Ligue des champions, le PSG a des vertus qu’on associe généralement aux petites équipes. Pochettino a réussi à faire accepter cette idée à ses joueurs et je trouve ça assez extraordinaire. » Il n’y avait qu’à voir l’état de fatigue de Kylian Mbappé, rincé comme jamais après les gros efforts défensifs consentis en Bavière, pour s’en convaincre.

Si l’on décide de quitter le spectre purement parisien pour prendre un peu de hauteur, on peut même se demander si cette tendance au jeu de transition n’est pas en train de devenir la norme au top niveau européen pour aller au bout des compétitions. Car, à de rares exceptions (Bayern, City), les grosses écuries, à l’image de Liverpool la saison passée, semblent avoir en partie ringardisé le célèbre tiki-taka barcelonais des années 2010 sous Pep Guardiola. « Regardez le Real Madrid ce week-end face au Barça, embraye Lacombe. Ils ont fait ni plus ni moins comme le PSG à Munich. Et pourtant ils étaient chez eux ! A l’arrivée ils ont été excellents dans ces phases de transition et ils se sont imposés. »

Du reste, est-ce si grave que Paris ait décidé de mettre le style sur la touche pour se concentrer d’abord sur les résultats et l’efficacité ? « La première chose que veulent les supporters, c’est d’être fiers de leurs couleurs. Et pour être fier de ses couleurs, il faut commencer par gagner. Honnêtement, qu’est-ce qu’on aime quand on regarde du foot ?, se demande la moustache la plus célèbres des bancs de touche français. C’est d’avoir des émotions et c’est ce qu’il s’est passé à Munich. Paris n’a peut-être pas eu beaucoup d’occases, mais qu’est-ce qu’ils les ont bien gérées ! Je pense que si on demande aux supporters parisiens s’ils sont ok pour aller au bout en continuant à jouer ainsi, ils signent tous les jours. » Si le PSG n’a certainement pas vocation à devenir un Atlético de Madrid 2.0 sur le long terme, on suppute qu’en cas de qualif en demie – et encore plus en cas de succès final à Istanbul en mai – ils ne seront pas nombreux à Doha à s’en plaindre. Après tout, qu’importe le style pourvu qu’on ait l’ivresse (et eux, le palmarès).