Girondins de Bordeaux : King Street, propriétaire cherche acheteur pour club de Ligue 1

FOOTBALL Le fonds d’investissement américain cherche de plus en plus activement une porte de sortie

Clément Carpentier

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Le président des Girondins de Bordeaux Frédéric Longuépée au Haillan, le 8 novembre 2018.
Le président des Girondins de Bordeaux Frédéric Longuépée au Haillan, le 8 novembre 2018. — UGO AMEZ/SIPA
  • King Street, le fonds d’investissement propriétaire des Girondins de Bordeaux, cherche à vendre de plus en plus activement le club.
  • Après Bruno Fievet, un autre homme d’affaires bordelais, Pascal Rigo, s’intéresse au club selon Sud Ouest. Mais depuis cet été, les discussions sont à l’arrêt. D’autres potentiels acheteurs ne se disent plus intéressés aujourd’hui.
  • Le prix demandé par les dirigeants américains (autour de 130 millions d’euros) refroidit tous les candidats au rachat.

La scène remonte à la mi-novembre. Ce lundi-là, Frédéric Longuépée, le PDG des Girondins de Bordeaux, prend son téléphone pour appeler une connaissance très implantée dans le milieu du football français. Il a un message clair à faire passer : le club est (officieusement) à vendre et il cherche des potentiels acheteurs. Depuis fin septembre, King Street, le fonds d’investissement américain propriétaire des Marine et Blanc, n’écoute plus simplement les propositions de rachat comme au printemps dernier, ses propres dirigeants rappellent eux-mêmes les intéressés pour essayer de trouver très vite une porte de sortie.

Entre les difficultés financières du club, l’épidémie de Covid-19 et les interrogations sur Mediapro, la situation semble assez urgente pour qu’on demande à Frédéric Longuépée, lui-même, de tâter le terrain de son côté. D’ailleurs, même si le contexte économique n’y est pas étranger, le club a mis depuis quelques semaines certains projets en stand-by (négociations sur le stade par exemple) ou carrément à la poubelle (financiarisation du partenariat avec les clubs amateurs de la région).La direction a aussi annoncé un plan social après avoir recruté près de 80 personnes depuis le rachat des Girondins en 2018. Tout cela fait dire à un fin observateur du club que « King Street essaie de tout remettre en état, le plus correctement et rapidement possible, pour vendre un club devenu invendable ».

Les discussions de l’été peuvent-elles reprendre ?

Problème majeur aujourd’hui, les potentiels acheteurs ne se pressent plus devant le château du Haillan, pour les mêmes raisons qui ont poussé King Street à vendre. En mai dernier, ils étaient quelques-uns à chercher à joindre le fonds d’investissement américain. Bruno Fievet, supporteur des Girondins et chef d’entreprise installé en Suisse, a publiquement présenté son projet depuis un an. Selon les informations de 20 Minutes, il a même officiellement fait une offre de 70 millions d’euros pour racheter le club il y a dix jours avec ses associés du Proche-Orient. Une offre rejetée par King Street. Les Américains en demandent près de 130 millions d’euros et ne veulent tout de même pas vendre au premier venu.

Bruno Fievet (à droite), l'un des candidats au rachat des Girondins.
Bruno Fievet (à droite), l'un des candidats au rachat des Girondins. - ROMAIN PERROCHEAU / AFP

Ils considèrent surtout d’autres dossiers plus intéressants. Deux d’entre eux ont eu leurs oreilles cet été. Comme le révèle Sud Ouest, l’un est porté par un homme d’affaires bordelais, Pascal Rigo, associé à un milliardaire américain. Ancien ambassadeur du club, comme Bruno Fievet, et supporteur des Marine et Blanc depuis tout petit, il a notamment fait fortune en développant une chaîne de boulangerie en Californie, qu’il a revendue en 2012. « Il y a eu plusieurs réunions, le deal était de rentrer au capital [à 40 % selon le quotidien régional]. King Street comblait le déficit [28 millions d’euros à la fin de la saison dernière] et Pascal Rigo apportait dans un premier temps 30 millions d’euros pour le sportif et le mercato estival. Mais finalement les Américains ont refermé la porte à clé et il n’y a plus de négociations depuis fin août », explique un intermédiaire. Les deux parties sont tout de même restées en contact puisque le Bordelais a un projet d’aménagement du Matmut Atlantique qu’il pourrait mener en collaboration avec le fonds d’investissement américain avant peut-être un jour de lui racheter le club. A l’instant T, tout le monde est dans l’attente de l’évolution de l’affaire Mediapro.

Reste que le dossier mis tout en haut de la pile par King Street ces derniers mois a fini par lui filer entre les mains. Les propriétaires des Girondins ont mené des discussions encore plus poussées avec un autre investisseur étranger cet été. Celui-ci aurait pu rentrer dans le projet de Pascal Rigo, mais voulait surtout racheter la totalité du club selon les informations de 20 Minutes. Il pourrait s’agir de la société américaine Peak6 comme le révèle Sud Ouest. Les discussions n’ont pas abouti avec ce potentiel acheteur, et au moment de le rappeler pour le relancer fin septembre, King Street a eu une fin de non-recevoir. Cet investisseur s’intéresse désormais à un autre club français.

Enfin selon L'Equipe, le groupe  Harris Blitzer Sports and Entertainment, propriétaire des 76ers de Philadelphie (NBA) et des New Jersey Devils (NHL), s’était également positionné cet été.

« On peut toujours croire au Père Noël »

La liste des candidats à un rachat n’est donc plus aussi longue aujourd’hui et elle se raccourcit au fur et à mesure des semaines de crise sanitaire. En attendant une vente, un proche du dossier note tout de même qu’il y a « une amélioration dans la gestion du club… Bon, vous me direz, Longuépée reprend en partie la plaquette du projet que lui a présenté Pascal Rigo ! Que ce soit sur la nouvelle hiérarchie sportive avec Gasset [entraîneur] et Roche [directeur sportif], il ne manque plus que Stéphane Martin à la présidence (sourires), ou que ce soit sur le plan social. Est-ce que c’est un signe ? Est-ce qu’on prépare déjà la suite ? ».

Stéphane Martin a déjà été président des Girondins en 2017-2018.
Stéphane Martin a déjà été président des Girondins en 2017-2018. - LOIC VENANCE / AFP

Pour l’instant, le problème semble être toujours le même malgré la volonté de vendre pour King Street : c’est le prix. « Déjà, il demande un prix exorbitant (autour de 130 millions d’euros), regrette l’un des potentiels acheteurs, mais le pire c’est qu’avec un prix aussi élevé en tout c’est 250 millions d’euros qu’il faut investir dès le départ pour restructurer le club et acheter quelques joueurs, c’est énorme ! » Mais il ne désespère pas et garde le sourire : « On approche des fêtes alors on peut toujours croire au Père Noël ».