Coronavirus : « On sait au fond de nous qu’on est dans le vrai »… Amiens, l’autre combattant de la Ligue 1

FOOTBALL Dans l'ombre des nombreuses sorties de Jean-Michel Aulas, le club picard se bat lui aussi contre le classement final de Ligue 1 décidé par la LFP

Nicolas Camus

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Les joueurs d'Amiens lors du match contre l'OM, le 6 mars 2020.
Les joueurs d'Amiens lors du match contre l'OM, le 6 mars 2020. — GERARD JULIEN / AFP
  • 19e et relégué en Ligue 2 après l’arrêt du championnat, Amiens s’estime lésé par la décision de la LFP.
  • Le club picard a déposé un recours devant le Conseil d’Etat.
  • En attendant l’audience, qui aura lieu le 4 juin, les Amiénois sont sûrs de leur bon droit et croient encore qu’ils pourront jouer en L1 la saison prochaine.

Difficile de se faire entendre dans l’ombre de Jean-Michel Aulas. Le président lyonnais, installé depuis de longues années dans le paysage et rodé à l’exercice, artille à tout-va dans les médias et sur son compte Twitter pour que la Ligue 1 reprenne. Et permettre à son club d’avoir une chance de terminer plus haut que la 7e place – non-européenne – à laquelle il doit terminer. Pendant ce temps-là, un autre club, plus au nord, tente de faire valoir ses droits. Amiens, 19e à quatre points du maintien au moment de l’arrêt du championnat, conteste sa relégation sans avoir pu se battre jusqu’au bout. En ayant l’impression qu’on ne fait pas grand cas de son sort.

En attendant le 4 juin

« Il y a le bulldozer Aulas qui fait parler autour de ce combat, mais qui parasite la lecture de tout ça, glisse Boris, en charge du collectif "la Ligue 1 pour Amiens". Il veut reprendre le championnat, mais est aussi membre du comité exécutif de la FFF et est contre une Ligue 1 à 22. On doit jouer notre carte, parce qu’on sait bien qu’on a un déficit de notoriété auprès du public et ça ne joue pas en notre faveur. Amiens est la victime facile. »

De fait, le 18e budget de L1 (30 millions d’euros cette saison), qui a découvert l’élite en 2016, n’est pas un historique. Un site web a été monté et un compte Twitter ouvert pour faire connaître la cause picarde et afficher tous les soutiens reçus. Sur le terrain judiciaire, le club a saisi le Conseil d’État, mardi, et attend avec impatience l’audience prévue le 4 juin.

« Cette décision est contraire à l’équité sportive. Comment peut-on reléguer deux équipes à la 28e journée, alors qu’il reste un quart du championnat à effectuer? Amiens est lésé dans cette affaire, assène le président Joannin (qui ne pouvait être joint mercredi après-midi) dans les colonnes du Courrier Picard. J’ai l’impression que cette décision a été prise dans la précipitation et sans réelle concertation. Elle est en tout cas dénuée de solidarité, d’humanité. On nous contraint à nous battre, à aller en justice. Il y avait pourtant des alternatives plus justes. »

Le dirigeant peut compter dans ce combat sur le soutien de la Métropole, qui a elle aussi déposé un recours devant le Conseil d’État. Il sera étudié au cours de la même audience, et viendra compléter celui du club en mettant l’accent sur l’aspect économique de la relégation. Le nerf de la guerre reste toutefois le sportif, comme nous l’explique Alain Gest, le président de la Communauté d’agglomération :

« On est très en colère. Je respecte le jugement du sport, mais là ce n’en est pas un, c’est complètement arbitraire. On ne demande pas de revenir sur la décision du Premier Ministre, mais sur celle d’arrêter un championnat après 28 journées et de faire un classement. Si ça s’était arrêté six journées avant, on n’était pas 19e et on ne descendait pas. Il ne fallait pas être là à ce moment-là, c’est tout. Donc c’est une loterie, et ça n’a pas de sens. »

Mercredi, la Fédération a annulé la décision de la LFP d’organiser une Ligue 2 à 22 la saison prochaine, fermant la porte avant même qu’elle ne s’ouvre à la même chose pour la Ligue 1, ce qui aurait sauvé le club. Pas un drame, selon Alain Gest – hormis que « cela confirme le fonctionnement particulièrement curieux de la FFF et apporte la démonstration que la LFP ne sert à rien ». L’édile croit fort en leur bon droit. « A partir du moment où vous pensez que le droit est avec vous, je ne vois pas pourquoi nous n’y croirions pas. Tout démontre que c’est une mauvaise décision, dit-il. On s’adresse à une instance judiciaire, on parle de droit. Et pas d’autre chose. »

« On ne fait pas de l’esbroufe pour rien »

Les supporters y croient eux aussi, même s’ils sont conscients que tout n’est pas justement une question de droit pur. « On sait bien que c’est combat compliqué, tout est verrouillé entre la FFF, la LFP et le gouvernement, estime Boris. En plus, il n’y a pas de jurisprudence là-dessus, c’est une nouveauté pour tout le monde. Mais on est convaincu, en tout cas, que l’injustice est manifeste. On sait au fond de nous qu’on est dans le vrai et qu’on se bat pour une cause juste. On ne fait pas de l’esbroufe pour rien. »

« On est très satisfait de la position du club et du président Joannin, qu’on n’avait pas l’habitude de voir aussi combatif », apprécie Fabien, supporter du groupe Tribune Nord. « Il n’a pas la même antériorité dans le milieu que Jean-Michel Aulas, mais je pense qu’on a réussi à se faire entendre », ajoute Alain Gest, qui évoque « des pressions » pour qu’Amiens ne fasse pas trop de vague, sans vouloir en dire plus. Il va peut-être falloir que Bernard Joannin se crée un compte Twitter.