Liga: Le Barça qui pique Braithwaite à un club qui joue le maintien, scandale ou pas ?

FOOTBALL Les Catalans ont choisi Braithwaite comme joker médical, amputant Leganès d’un élément important qu’il ne peut pas remplacer

N.C.

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Martin Braithwaite a marqué avec Leganès au Camp Nou contre le Barça, le 20 janvier 2019.
Martin Braithwaite a marqué avec Leganès au Camp Nou contre le Barça, le 20 janvier 2019. — Toni Albir/SIPA

Le pauvre Martin Ortega portait toute la peine du monde sur ses épaules, jeudi matin, dans la salle de presse de Leganès. Le directeur général du club de la banlieue sud de Madrid était là pour officialiser le départ de Martin Braithwaite, heureux élu du Barça dans sa quête d’un joker médical offensif. Le dirigeant en a profité pour dénoncer un système mal fichu dont son club va payer la note.

« Nous n’avions aucune intention de négocier pour ce transfert, a dit Ortega. Les réglementations actuelles vont à l’encontre de l’égalité entre les clubs, et c’est une situation qui génère pour nous des dommages irréparables. »

On peut le comprendre. Son club, qui n’avait rien demandé à personne, se retrouve amputé du joueur qui avait marqué le tiers de ses buts depuis le début de saison (6 buts sur 18) alors qu’il joue le maintien. Il ne pouvait rien faire, le Barça ayant mis la table le montant de la clause libératoire du Danois, à savoir 18 millions d’euros. En plus, il avait déjà vu partir lors du mercato d’hiver son autre buteur, le Marocain Youssef En-Nesyri, pour qui le FC Séville a versé les 20 millions d’euros nécessaire pour lever sa clause.

« Nous ne voulons pas nous laisser faire. Les dommages pour le club sont énormes. Nous ne pouvons comprendre ce système dans lequel un club peut effectuer une opération unilatéralement et transférer son problème à un autre club », martèle Ortega, qui précise qu’il a demandé à la Fédération espagnole de pouvoir recruter à son tour. Aucune chance que ça aboutisse - sauf immense surprise -, sinon ce serait sans fin. Le club à qui Leganès achèterait un joueur demanderait lui aussi le droit de recruter, et ainsi de suite.

Le petit club spolié par le méchant gros ?

Toutefois, la théorie du petit club spolié par le méchant gros club ne tient pas. Ou en tout cas, ce n’est pas aussi simple que ça. « En Espagne, beaucoup de clubs modestes comme Leganès, Getafe ou Eibar se sont construits comme ça, en mettant des clauses assez abordables pour qu’elles soient intéressantes pour des clubs plus gros, explique Benjamin Chahine, rédacteur en chef du site FuriaLiga, qui suit de près le football espagnol. Cette technique leur a permis de réaliser régulièrement de belles ventes, autour de 20-30 millions d’euros, et ils en ont besoin. »

Ces clauses à prix raisonnables sont également un argument pour attirer des joueurs qui auraient peut-être été réticents à venir. En résumé, le coup est rude parce que le transfert intervient hors période de mercato, mais c’est le jeu. En adoptant cette stratégie, ces clubs savent très bien qu’ils s’exposent. Leganès avaient d’ailleurs commencé à assurer ses arrières cet hiver en se faisant prêter deux attaquants, Miguel Angel Guerrero et Roger Assalé.

« Leganès ne sera pas traumatisé par ce transfert »

Quant à la toute-puissance du Barça en Espagne, rien de nouveau sous le soleil. Le club catalan fait à peu près ce qu’il veut, comme le Real Madrid, mais c’est totalement assumé par les instances. « C’est comme ça que le championnat fonctionne, comme ça que Javier Tebas [le président de la Ligue] et la Fédération voient la Liga, reprend notre spécialiste. Ces deux clubs sont des années-lumière devant tous les autres. Cette histoire valide juste quelque chose que tout le monde connaît et reflète la réalité du football espagnol actuel. »

Il n’y aura donc pas grand monde pour venir pleurer avec Martin Ortega. Qui de toute façon ne croit pas vraiment lui-même en ce qu’il dit, assure Benjamin Chahine: « C’est une posture, il sait que ce n’est pas un si mauvais coup que ça. Leganès ne sera pas traumatisé par ce transfert. » Et Braithwaite se dit qu'il a bien fait, finalement, de négocier cette petite clause à 18 millions.