Dortmund-PSG : « Je suis 18.000e sur la liste d’attente »… La folie des abonnements au Signal Iduna Park

FOOTBALL La liste d’attente pour s’abonner à Dortmund compte des dizaines de milliers d’inscrits

Aymeric Le Gall

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Le Mur jaune de Dortmund en chair et en bières.
Le Mur jaune de Dortmund en chair et en bières. — Martin Meissner/AP/SIPA
  • Au Signal Iduna Park de Dortmund, les Parisiens vont jouer devant l'une des plus belles ambiances au monde. 
  • Avec un stade dont le taux de remplissage est proche des 100% chaque saison, le club ne tolère pas les absences répétes de ses abonnés. 
  • Il faut dire que derrière, ils sont des dizaines de milliers sur liste d'attente prêts à sauter sur l'occasion pour les remplacer. 

Au Signal Iduna Park de Dortmund, dans ce temple du football allemand que les quelque 3.300 supporters parisiens découvriront mardi soir, on prend très au sérieux la question de l’assiduité des supporters. Un abonnement à l’année, ça ne se prend pas à la légère. Pas de place pour les dilettantes ou les occasionnels. L’an passé, le club n’a ainsi pas hésité à supprimer 500 abonnements au motif que leurs détenteurs n’étaient pas venus suffisamment au stade durant la saison 2018-2019.

Une mesure prise « conformément à la politique de non-présentation qui a été mise en place en coopération avec le Département des fans et le Conseil des fans », explique-t-on au club. « La raison est simplement d’assurer le maintien de l’atmosphère unique de notre stade, le plus beau du monde. Le BVB veut toujours qu’il soit plein et que les détenteurs d’abonnements soient là pour soutenir leur équipe à chaque match plutôt que lors de rencontres sélectionnées au préalable », se justifiait le Borussia dans un communiqué. Dès lors, les fidèles doivent assister à au moins dix matchs à domicile tout au long de la saison. Et en cas d’absence exceptionnelle, ce qui peut arriver, l’abonné peut alors choisir de prêter sa carte à un ami.

Une vie sur liste d’attente

« Je trouve ça normal, explique Maxime, fan du Borussia depuis 2006 et gestionnaire du compte Twitter @FranceBvb. Si le mec prend son abonnement pour juste voir le match contre le Bayern ou le derby contre Schalke et qu’il ne se pointe pas quand c’est l’Union Berlin ou Cologne, c’est un peu abusé. D’autant que derrière, t’as des milliers de personnes sur liste d’attente qui aimeraient être à sa place. » Car il faut bien comprendre une chose : être abonné au Signal Iduna Park est un privilège. Mieux, un honneur. Certains supporters peuvent attendre toute leur vie pour décrocher le précieux sésame et il n’est pas rare que la faucheuse les rappelle avant même qu’ils aient pu toucher du doigt une carte d’abonnement.

Et pour cause, le nombre d’abonnements est fixé à 55.000 (sur les 80.000 places au total), pas plus, pas moins. Pour avoir une chance d’en être, il faut s’inscrire sur une liste d’attente et espérer que certains abonnés choisissent de ne pas renouveler leur carte en fin de saison. Le problème, nous dit Maxime, « c’est que t’as entre 10 et 20 personnes par saison seulement qui ne renouvellent pas leur carte, c’est rien ! Un jour, un abonné m’a dit qu’il connaissait des gens qui attendaient d’en avoir une depuis 15 ans. Quand t’y arrives, c’est le Graal. » « Et parmi ceux qui ne se réabonnent pas, pour certains c’est juste parce qu’ils sont décédés ! », embraye Ali Farhat, journaliste français passé par So Foot et exilé en Allemagne depuis des années.

Parti là-bas lui en 2016 pour ses études, Quentin fait partie de ces doux rêveurs qui ont tenté le coup. On ne sait jamais, sur un malentendu. « Je crois que je suis autour de la 18.000e position dans la liste d’attente. J’aurais peut-être une chance d’avoir un abonnement à 70 ou 80 ans !, se marre-t-il. En fait, c’est surtout pour la forme que tu te mets sur la liste ». Ali Farhat fait le calcul à la louche : « Si je m’inscris aujourd’hui, techniquement j’ai aucune chance d’avoir un abonnement avant plus de 700 ans (rires) ! Je crois que c’est 760 ans exactement ».

Douche à la bière et regards complices

Pour les matchs à l’extérieur, les conditions sont encore plus draconiennes. Maxime déroule : « Déjà, il faut être dans un fan-club ou membre d’un groupe ultra. Ensuite je crois qu’il faut prouver que tu vas régulièrement au stade depuis six ans. Ils te demandent des factures, des preuves de billets pour tous les matchs auxquels t’as assistés pour pouvoir prétendre à cette carte. Et tu ne dois louper absolument aucun match sinon ils te la retirent. » Si le taux d’affluence à domicile frôle en moyenne les 100 % (99,4 % la saison passée), c’est la même à l’extérieur.

« Les fans de Dortmund se déplacent en masse, tout le temps. C’est rare qu’un parcage ne soit pas rempli à ras bord », confirme Ali Farhat. « Pour la finale de la Coupe d’Allemagne l’an dernier, t’avais tellement de demandes de billets, entre 150 et 200.000 il me semble, que ça s’est fait par tirage au sort, se souvient Quentin. Du coup, beaucoup ont fait le déplacement à Berlin même s’ils n’avaient pas de place. Ils avaient installé des écrans géants dans la ville rien que pour eux. On ne verrait jamais ça en France. »

Le parcage des ultras du Borussia à Düsseldorf.
Le parcage des ultras du Borussia à Düsseldorf. - Pixathlon/SIPA

Bon, et une fois qu’on parvient à avoir un billet, ça donne quoi dedans ? « Pff, c’est de la folie, ça te donne la chair de poule. Mais c’est assez dur à décrire en fait, il faut le vivre pour comprendre », poursuit Maxime. Pour Quentin, « t’as limite l’impression d’être aux cieux. Dans le Mur jaune, sur les buts, c’est juste indescriptible. Ça part parfois en petit pogo, c’est ouf. Et quand tu rentres chez toi, bah tu pues la bière puisque sur chaque but, ça vole dans tous les sens. » Le Mur jaune, nous y voilà. Cette immense tribune fait la renommée de Dortmund à travers le monde. Avec ses 24.000 places (la moitié du Parc des Princes réunie dans un seul virage, en gros), la Südtribüne est le cœur du réacteur du Borussia. Mais une place dans cette douce folie se mérite.

« Si t’es là, déjà, c’est que tu connais du monde qui t’a filé sa carte d’abonné parce que sinon c’est extrêmement difficile d’obtenir une place, confie le journaliste de 11 Freunde. Et si les gens ne te connaissent pas, ils vont mal te regarder. C’est un peu comme un salon en fait, tout le monde se connaît, tout le monde a ses repères. Le gars qui se met à sa place, il sait que s’il lève la tête et qu’il regarde dans telle direction à droite il y aura telle personne, s’il la tourne à gauche il va voir telle autre. Et s’il voit une tête qu’il ne connaît pas, il va se dire "mais c’est qui lui ?" ».

« Le mur, d’abord il faut le voir, ensuite il faut le vivre »

Petit nouveau parmi les fidèles, nous sommes alors en 2011, Ali a connu cette sensation : « La première fois que j’y suis allé c’était un peu ça, j’entendais les gens s’interroger derrière moi. Si t’es en bas de la tribune et que tu sors ton portable pour filmer, ton portable il vole. T’es là pour supporter, point. » « Quand t’es nouveau, les gens sont un peu méfiants mais si tu prouves que t’as la mentalité, que t’es un vrai, il n’y a pas de problème tu te fais accepter », précise Quentin, trois ans d’assiduité sans faille au stade en guise de palmarès.

Le tifo déployé contre Tottenham en Ligue des champions la saison dernière.
Le tifo déployé contre Tottenham en Ligue des champions la saison dernière. - Kieran McManus/BPI/REX/Shutterstock/SIPA

Avec le temps et les bons résultats du club sur la scène européenne, le Borussia Dortmund est devenu petit à petit le club hype en Europe, celui qu'il fait bon genre de supporter et, par extension, son stade, the place to be. Au point de « faire grincer les dents chez les puristes », dixit Maxime. Le stade est envahi de touristes qui viennent pour faire des vidéos et prendre des selfies. C’est assez mal vu. » « Dans l’absolu, c’est vrai que cette hype, ça les fait un peu chier, appuie notre confrère expatrié outre-Rhin. Mais si t’es là le temps d’un match, que tu connais les chants, que tu donnes de la voix, la pilule passe mieux. »

Nos connaisseurs s’accordent tous sur une chose, le Signal Iduna Park se vit de deux façons. On suit le guide : « Une fois de l’extérieur, dans une autre tribune, et une fois dans le Mur. Le Mur c’est ça, il faut le voir et ensuite il faut le vivre, juge Ali Farhat. C’est limite plus impressionnant de le voir quand t’es pas dedans et d’entendre les chants en sortir. Ne serait-ce que pour voir les tifos de fou de ses propres yeux. C’est un truc qui marque les esprits. » Merci du conseil.