PSG : De « Neymar casse-toi » à « Neymar se queda »… Comment le Parc va-t-il accueillir le Brésilien ?

FOOTBALL Le Brésilien devrait faire son grand retour au Parc des Princes contre le Racing Club de Strasbourg 

Aymeric Le Gall

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Contre Nîmes, le virage Auteuil ne voulait plus entendre parler de Neymar.
Contre Nîmes, le virage Auteuil ne voulait plus entendre parler de Neymar. — FRANCK FIFE / AFP
  • Neymar est attendu par le Parc samedi contre Strasbourg.
  • Le tout est de savoir de quelle manière le paria va être accueilli par le public parisien, dont une partie, le virage Auteuil et le Collectif Ultra Paris, l’avait littéralement pourri lors du premier match de championnat.
  • Le club assure n'avoir fait passer aucune consigne au CUP pour lui demander de limiter ses insultes.

Vous vous souvenez sûrement de cette pub pour le Loto, quand un gagnant décroche le gros lot et déboule en plein conseil d’administration de sa boîte, en caleçon avec un masque de poussin sur la tête, pour annoncer à son boss qu’il démissionne en chantant « au revoir, au revoir, président ! ». Ben le feuilleton Neymar ressemble à s’y méprendre à ce cas de figure, avec les supporters du PSG dans le rôle du PDG humilié à la face du monde.

A une différence près cependant. Une grooooosse différence. C’est qu’il manquait en fait un bon numéro à Neymar pour finalement toucher le jackpot et claquer la porte du PSG. Et aujourd’hui l’heure est venue de remettre le costume et de retourner au turbin avec la réception des Strasbourgeois au Parc des Princes samedi. Pas simple.

Et Neymar ne se cassa pas…

Le tout est de savoir de quelle manière le paria va être accueilli par le public parisien, dont une partie, le virage Auteuil et le Collectif Ultra Paris, l’avait littéralement pourri lors du premier match de championnat à domicile contre Nîmes. Entre autres papouilles verbales à base de « ♫ Neymar, hijo de puta ♫ », on retiendra aussi deux banderoles. Une aussi succincte : « Neymar, casse-toi ». Simple, efficace.

Une seconde plus travaillée et faisant à la fois allusion à ses déboires judiciaires du moment et à sa déclaration sur la remontada, son meilleur souvenir en tant que footballeur : « Neymar, se faire taper par une pute n’arrive pas qu’en remontada. Tu t’en souviens ? »

Dès lors, impossible d’imaginer que son retour sous le maillot du PSG, après trois mois d’une sitcom « Je suis un Barcelonais, sortez-moi de là », passera comme une lettre à la poste. La plaie est trop béante, le mal trop profond.

Des supporters divisés sur la question

Que peut-on attendre alors samedi du côté du virage Auteuil ? Pour Benjamin, un habitué du Parc des Princes de 24 ans, « aucun doute que Neymar sera conspué par le CUP. Le Parc sera certainement plus partagé parce que Neymar reste un joueur extraordinaire, mais c’est Auteuil qui fait le plus de bruit et on connaît leur position. » A titre personnel, ce fan du PSG a choisi son camp.

« De mon côté, je vais le pourrir parce que j’ai trouvé son attitude détestable pendant tout ce feuilleton. Ses petites phrases sur la remontada, son silence sur ses envies de départ, sa supposée détermination à rejoindre Barcelone… Bref, en tant que supporter de Paname, il m’a clairement manqué de respect. C’est pour ça que j’ai envie de lui faire comprendre qu’il a dépassé certaines limites. »

Matthieu, 51 ans dont 26 passés en tant qu’abonné du virage Auteuil, a choisi l’autre option. Même s’il dit comprendre les chants et les banderoles déployées lors du match contre Nîmes, histoire de « marquer le coup », ce supporter ne grossira pas samedi le camp des haters. « Je vais prendre ça avec une certaine indifférence, explique-t-il, Si Neymar marque, je le fêterai comme tout but du PSG. Sauf exception, je n’aime pas siffler un joueur de ma propre équipe. Maintenant, si son comportement est nul, là il peut prendre cher. Mais ce n’est pas dans son intérêt. »

Ce sera aussi le cas du pote de Benjamin, qui l’accompagnera au Parc à l’occasion de la réception de Strasbourg. Les deux amis ont d’ailleurs beaucoup débattu de l’attitude à adopter au moment où le Brésilien foulera la pelouse de la Porte d’Auteuil. « Pour le coup, mon pote est plus sympathisant de Paname que supporter. Grosso modo, son raisonnement est totalement pragmatique, raconte-il. Peu importe ce qu’il se passe en dehors du terrain, Neymar avec le maillot du PSG, c’est une chance infinie et des possibilités accrues de briller en Ligue des champions. Pour faire simple, il préfère juste voir Neymar à Paris plutôt que dans un autre club. »

Le temps est-il le meilleur pansement ?

Le PSG a tout de même averti les responsables du CUP qu'il ne tolérerait pas de gros mouvements de contestation contre sa star et qu'il ne voulait voir cette fois aucune banderole hostile à son joueur. De son côté, le CUP semble encore très divisé sur la question, d'où son absence de communication sur le sujet à l'heure où l'on écrit ces lignes (un communiqué devrait tomber vendredi ou samedi au plus tard). « Nous-mêmes on n'a pas encore arrêté notre décision », nous confiait jeudi soir un membre du Collectif.

Quoi qu’il en soit, qu’il décide d’en remettre une couche ou non samedi, difficile d’imaginer qu’il en sera ainsi tout au long de la saison. C’est en tout cas l’attitude qui guidera Benjamin sur la durée : « Ma réaction à son encontre sera évidemment passagère parce que je ne l’imagine pas une seule seconde ne pas tout donner sur le terrain. Et s’il donne tout, il me fera forcément me lever de ma chaise comme la saison dernière. »

Pour Matthieu, « la réconciliation » avec les Ultras « dépendra de Neymar sur la durée ». Comprendre : s’il fait le job et qu’il mène le PSG au sommet de l’Europe – ce qui pour Paris équivaut en gros à passer les quarts de finale de C1 – il y a des chances pour que l’orage passe. De là à dire que l’amour renaîtra de ses cendres, il y a un pas qu’on n’osera pas (encore) franchir.

C’est exactement ce sur quoi table le PSG à l’heure de le jeter dans la fosse aux lions. « Je pense que le public est divisé au sujet de Neymar mais que la joie des joueurs et du coach de le voir rester est communicative. Il y aura des moments difficiles mais c’est à lui de mettre tout le monde d’accord sur le terrain », nous glisse une source au club. Autrement dit, tu nous as déjà assez pourris notre été comme ça, maintenant démerde-toi pour que ça se passe pour le mieux. Sois bon et ils se tairont, voilà la consigne pour ce match pas comme les autres. Réponse samedi aux alentours de 17 heures.