OGC Nice: «On en a plus que marre!»... Le coup de gueule du Gym après l'interdiction de déplacement de ses supporters à Nîmes

FOOTBALL Les supporters des Aiglons ont interdiction de quitter le territoire des Alpes-Maritimes samedi à l'occasion du match Nîmes-Nice samedi 

Aymeric Le Gall

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Les supporters niçois sont interdits de déplacement à l'OM.
Les supporters niçois sont interdits de déplacement à l'OM. — VALERY HACHE / AFP

Le changement dans la continuité… Alors que la Ligue 1 a repris ses droits et que la Ligue de football professionnel semble décidée cette saison à opérer un virage sur la question des supporters, la deuxième journée de championnat est pourtant à nouveau frappée du sceau des interdictions de déplacements.

En effet, ce ne sont pas moins de quatre rencontres (Reims-Strasbourg, Rennes-PSG, Nantes-OM et Nîmes-Nice) qui ont fait l’objet d’arrêtés préfectoraux ou ministériels interdisant les déplacements des supporters pour encourager leur équipe à l’extérieur.

Nice pousse un coup de gueule

La mesure la plus symbolique est celle frappant les fans de l’OGC Nice qui, en plus de se voir refuser l’accès au stade des Costières de Nîmes, sont purement et simplement privés de quitter le territoire des Alpes-Maritimes samedi entre 17 h et minuit. Cet arrêté du ministère de l’Intérieur est venu compléter un premier arrêté préfectoral, après que les supporters niçois ont annoncé leur volonté de se déplacer symboliquement à Nîmes (en dehors du périmètre interdit) afin de protester contre des mesures qu’ils jugent abusives.

« Je suis dans le milieu depuis 20 ans et je n’ai jamais vu ça. On est traité plus sévèrement que les fichés S. Si on était des gangsters, des voyous, je comprendrais ces mesures, mais je suis père de famille, j’ai un boulot, je veux juste soutenir mon club », enrage Greg Massabo, l’un des porte-parole de la Populaire Sud, le principal groupe ultra du club azuréen, à nos confrères de France Bleu.

Les ultras niçois annoncent l'annulation de leur déplacement à Nîmes sur leur page Facebook.
Les ultras niçois annoncent l'annulation de leur déplacement à Nîmes sur leur page Facebook. - Capture d'écrans

La grande nouveauté, c’est qu’ils sont cette fois soutenus par leur club, en témoigne ce recours en justice engagé (et perdu) par l’OGC Nice afin d’annuler cette interdiction de déplacement. Entre-temps, le club a publié un communiqué en forme de « coup de gueule », comme nous indique un membre du Gym. « Il y a un vrai ras-le-bol, poursuit-il. Quoiqu’on fasse, on a beau tout mettre en œuvre pour permettre le déplacement de nos supporters dans de bonnes conditions de sécurité, c’est toujours la même chose… On en a plus que marre ! ».

Ce ras-le-bol est résumé en quelques mots dans le communiqué publié vendredi : « Ce 15 août, la colère vient s’ajouter au mécontentement. […] L’OGC Nice prend également acte de ces mesures tout en déplorant une décision injuste prise, main dans la main, par l’ensemble des autorités, qui utilisent avec excès leur pouvoir pour pénaliser les supporters en général et les Niçois en particulier, au détriment de tous les efforts effectués par le club et ces derniers pour organiser le déplacement dans des conditions optimales. »

C’est le retour « des méthodes du passé » selon un avocat

Pour Cyril Dubois, avocat spécialisé dans la défense des supporters, « on en revient à des méthodes du passé. C’est à la fois inquiétant et dangereux. » « Mais ce n’est malheureusement pas une nouveauté, précise-t-il. Les supporters parisiens, à la grande époque de la répression contre les ultras du PSG, avaient connu ces types d’arrêtés leur interdisant de se déplacer dans tout un département. » A la différence près que, cette fois, les Niçois ont l’interdiction formelle de quitter le leur, de département. Avec les conséquences qui vont avec.

Cyril Dubois embraye sur cet exemple : « On peut imaginer un supporter de Nice qui ne voulait pas se rendre au stade mais qui a un autocollant du Gym sur sa voiture, et qui se retrouve dans une commune hors des Alpes-Maritimes pour, je ne sais pas moi, aller chercher sa fille chez son ex-femme par exemple. Eh bien s’il tombe sur un policier zélé qui considère qu’il est sur le chemin pour aller à Nîmes, je lui conseillerai d’avoir avec lui le maximum de preuves du contraire s’il ne veut pas finir en garde à vue. Cette sorte d’assignation départementale est très inquiétante. »

Pour Patrick Vieira, l’Etat cherche la solution de facilité

L’entraîneur niçois Patrick Vieira a d’ailleurs fait part de sa déception, vendredi en conférence de presse. « Ça m’agace un peu parce que ça arrive assez souvent, a-t-il soufflé, C’est beaucoup plus facile de donner une interdiction plutôt que d’avoir des plans pour contrôler ces quelques supporters. C’est vrai que c’est la solution de facilité. Et je pense que c’est le football qui y perd là-dedans. »

Même agacement du côté de Christophe Hérelle. Le défenseur rappelle que, contrairement aux dires de la préfecture du Gard qui justifiait ces mesures par les désordres occasionnés l’an passé lors de ce même Nîmes-Nice, « c’est rageant parce que l’année dernière ils [les supporters] étaient là et tout s’était bien déroulé. » « Ça s’était super bien passé avec les supporters, il n’y avait eu strictement aucun problème en tribune alors même que sur le terrain, le match avait été très chaud [3 cartons rouges] », nous confirme une source au club.

L’OGC Nice espère faire l’effet boule de neige

« On pensait que tout ça était derrière nous avec la volonté de la LFP de remplir les parcages, de pratiquer des tarifs populaires pour les supporters qui se déplacent, mais il faut croire que non », se lamente Cyril Dubois. Face à ces mesures, les dirigeants niçois rappellent que « le club ne cessera pas d’utiliser tous les moyens dont il dispose pour que ses amoureux puissent le suivre lors de ses futurs déplacements, et pour qu’au "pays des Droits de l’Homme", les mentalités en matière de football et de supporters puissent enfin avancer. »

Il invite également « celles et ceux qui se sentent concernés par cette démarche à se joindre à lui. La déception et l’immense frustration de ses fidèles, très injustement sanctionnés, gagneraient ainsi à être relayées par les médias et ceux qui croient que de telles décisions portent atteinte aux libertés fondamentales et envoient un mauvais message aux amoureux du football. »

Une bonne façon de faire selon l’avocat, qui voit en ce réveil des clubs un moyen de peser dans les décisions et de permettre à terme un meilleur dialogue entre toutes les parties concernées. « Autant les supporters sont peu écoutés par les instances et les pouvoirs publics, autant c’est différent si les présidents de clubs s’en mêlent. Ils sont plus amenés à rencontrer les préfets ou les services de la préfecture. Si les clubs s’y mettent, les messages auront évidemment plus de chance d’être entendus. »