Football Leaks: Marc Ingla et Gérard Lopez ont aidé Manchester City à contourner le fair-play financier

FOOTBALL La saison 2 des Football Leaks démarre en trombe 

A.L.G.

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Gérard Lopez (à gauche) et Marc Ingla (à droite) dans les tribunes du Parc des Princes.
Gérard Lopez (à gauche) et Marc Ingla (à droite) dans les tribunes du Parc des Princes. — FRANCK FIFE / AFP

Football Leaks, saison 2. Après les nombreuses révélations issues des documents obtenus par le quotidien allemand Der Spiegel, en partenariat avec Mediapart et le réseau EIC, de nouvelles informations viennent d’être révélées au grand public. Elles concernent cette fois-ci le club de Manchester City et les dirigeants du Losc, proches de certains membres de la direction des Citizens.

Selon ces documents, le président lillois Gérard Lopez et son directeur général Marc Ingla ont collaboré avec Manchester City afin d’aider le club anglais, via la société d’investissement luxembourgeoise de tierce propriété (TPO), Mangrove Capital Partners, créée et détenue par Lopez, à contourner les règles du fair-play financier.

Le dribble au fair-play financier

Le but étant de créer un fonds d’investissement qui gérerait des actifs de joueurs pour le compte de Manchester City, mais sans que le club mancunien ne soit officiellement impliqué dans les transactions afin de ne pas affecter les finances des Citizens dans l’optique du respect du fair-play financier. Ferran Soriano, le directeur exécutif de City, précise que « le fonds serait géré de manière indépendante mais recevrait les instructions du groupe de football City ».

L’objectif du club anglais est d’investir 30 millions d’euros sur 70 joueurs sur une période de dix ans, en ciblant « les meilleurs jeunes joueurs d’Amérique du Sud identifiés par le réseau de recrutement », en espérant réaliser de juteuses plus-values à la revente. Cette manœuvre serait mise sur pied grâce à l’acquisition par le fonds d’investissement d’un club uruguayen, autrement dit « une équipe-coquille [qui] peut enregistrer jusqu’à 40 joueurs » en toute légalité.

Soriano et Ingla, des amis de longue date

Après avoir obtenu le feu vert de sa direction, Soriano, l’ancien vice-président du FC Barcelone, cherche un « partenaire de confiance » afin de mettre l’opération sur pied. Et voilà comment, à l’automne 2013, Soriano (et Man City) s’allient avec Marc Ingla (et Gérard Lopez) par le biais de la société Mangrove Capital Partners (MCP). Les deux hommes se connaissent bien puisqu’ils avaient monté ensemble une société de conseil dans les années 90 avant de se retrouver à la direction du Barça en 2003.

Dans un courrier déterré par Football Leaks, l’actuel DG du Losc écrivait en juillet 2013 à un cadre de City que « les investisseurs doivent être indépendants du club partenaire pour ne pas être une partie liée et ainsi contourner les règles du fair-play financier ». N’ayant aucun lien juridique avec City, MCP se propose donc d’être le prête-nom des Citizens où, comme ils l’écrivent eux-mêmes, le « facilitateur clé pour éviter les règles » du FPF.

Marc Ingla et Gérard Lopez proposent alors un schéma juridique complexe (avec la création d’une société offshore basée aux îles Caïmans) afin de satisfaire aux demandes du club anglais. « On a spécifié de façon plus détaillée qui fait quoi et comment la marque MC (Manchester City) sera "déguisée" », écrit très clairement Marc Ingla le 27 juin 2013.

Peu de résultats avant liquidation

A l’arrivée, et en se servant d’un club de seconde division uruguayenne (Maldonado) comme plateforme pour réaliser des transferts de joueurs, Ingla, Lopez et Manchester City vont réaliser quelques opérations sur des joueurs sud-américains mais aucune ne se verra véritablement couronnée de succès. Finalement, après l’annonce par la Fifa de la fin de la TPO au 1er mai 2015, la société prête-nom est placée en liquidation volontaire et l’expérience (éphémère et peu productive) prend fin.

Ce qui n’aura pas empêché la société de Gérard Lopez et de son ami Marc Ingla de percevoir la somme de 1,125 million d’euros entre 2014 et 2016. Après ces nouvelles révélations, il n’est pas impossible que l’ICFC, l’instance de l’UEFA en charge du FPF, fasse ce qu’elle a déjà fait par le passé après les premières révélations des Football Leaks à l’encontre de Manchester City, à savoir rouvrir son enquête et creuser plus en profondeur pour, éventuellement, sanctionner le club mancunien.