Coupe de France: «Il ne fallait pas se comporter comme des amateurs»… Les coulisses de l’exploit d’Andrézieux contre l’OM

FOOTBALL Sixième de son groupe de National 2, Andrézieux a terrassé l’OM (2-0) dimanche en 32es de finale de Coupe de France…

A Saint-Etienne, Jérémy Laugier

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L'équipe d'Andrézieux a fêté comme il se doit son exploit dimanche dans le Chaudron stéphanois.
L'équipe d'Andrézieux a fêté comme il se doit son exploit dimanche dans le Chaudron stéphanois. — JEFF PACHOUD / AFP
  • Andrézieux a signé la sensation des 32es de finale de Coupe de France en éliminant l'OM (2-0).
  • Cet exploit ne doit rien au hasard pour l'actuel 6e de National 2, qui n'a pas vraiment un fonctionnement de club amateur.

Les joueurs d’Andrézieux ont tenu à savourer au maximum leur premier match au stade Geoffroy-Guichard dimanche. Après avoir communié avec leurs supporters, ils ont mis une bonne heure à sortir des vestiaires de l’antre du voisin stéphanois, où régnait « une ambiance de feu ». Face aux médias, les surprenants tombeurs de l'OM (2-0), en 32es de finale de Coupe de France, ont livré quelques secrets de cet exploit.

Une performance XXL, malgré les trois divisions d’écart, qui a notamment offert « beaucoup d’émotion » au président Christophe Pereira. « A la fin du match, j’ai dû quitter ma place, confie le dirigeant de l’ASF. Je n’en pouvais plus, c’était trop dur de se contenir. Battre l’OM à Geoffroy-Guichard, c’est un moment gigantesque et inoubliable. » Voilà comment son club a brillamment préparé son coup ces dernières semaines.

Un club amateur ? Pas vraiment en fait. Spontanément, lorsqu’on songe à un club 6e de son groupe de National 2 (4e division), on se remémore les sempiternels reportages de Téléfoot filmant la semaine très spéciale de joueurs garagistes ou boulangers en dehors des terrains avant un affrontement déséquilibré contre un pensionnaire du monde professionnel. Sauf qu’à Andrézieux, le club présente notamment un budget d’1,3 million d’euros et un Envol Stadium qui a fière allure avec ses 5.000 places. Déjà qualifié pour les 16es de finale de la Coupe de France en 2015, l’ASF est selon son président « un club semi-amateur ».

« On s’entraîne tous les jours et on double même des séances parfois, confie le latéral Anthony Vacheron, auteur du dribble du jour devant Jordan Amavi avant de voir sa frappe repoussée par Steve Mandanda (29e). Pour la plupart d’entre nous, on vit de ça. Il ne fallait pas qu’on se comporte comme des amateurs. On est semi-professionnels et il n’y a pas une marche énorme avec les pros, comme on l’a vu aujourd’hui. » Sorti à la régulière sur une pelouse très correcte de L1, l’OM ne pourra que valider ce constat.

Un Chaudron bien chaud. Pour des raisons de sécurité, Andrézieux n’a pas pu accueillir son choc des 32es dans son Envol Stadium. Mais finalement, cette courte délocalisation vers Sainté (environ 15 km) n’a pas vraiment pénalisé le club de National 2. « C’est la première fois que je joue devant autant de spectateurs [plus de 10.000], apprécie Noé Cabezas, prometteur milieu de terrain de 18 ans et fils de l’entraîneur. Ils nous ont permis de dépasser nos propres limites, c’est incroyable. »

De nombreux supporters d'Andrézieux et/ou de l'ASSE ont sérieusement chambré et provoqué le parcage marseillais une fois la qualification acquise.
De nombreux supporters d'Andrézieux et/ou de l'ASSE ont sérieusement chambré et provoqué le parcage marseillais une fois la qualification acquise. - Jérémy Laugier/20 Minutes

« On connaît la ferveur qu’il y a toujours ici, poursuit son coéquipier Charly Pereira-Lage. Beaucoup de supporters des Verts voulaient qu’on fasse tomber Marseille dans leur stade. » Chambrages voire provocations après les buts ont ainsi été réguliers dimanche de la part de l’habituel kop nord stéphanois, comblé par l’issue du match, à dix jours d’un ASSE-OM en L1.

Un groupe jeune et sans le moindre complexe. L’ASF a aligné dimanche une équipe ayant 23 ans de moyenne, avec certains joueurs formés dans des clubs pros. C’est notamment le cas des deux buteurs du jour, Bryan Ngwabije, encore en N2 à l’OL la saison passée et Florian Milla, passé par l’ASSE. La qualité technique de ce groupe est aussi incontestable que sa folle détermination dans chaque duel. « J’ai dû calmer le jeu dans la semaine, sourit le coach Jean-Noël Cabezas. Il y avait trop d’énergie, ils avaient trop envie de jouer ce match. J’ai même dû interdire les tacles à l’entraînement. »

Cette approche extrêmement enthousiaste s’est en tout cas révélée plus que bénéfique dimanche. « On a joué décomplexé, on a réussi à évacuer l’environnement inconnu et la pression », constate le capitaine Romain Barge. « Peut-être qu’on ne pourra vivre qu’une seule fois dans notre vie ce type de moments », complète Florian Milla, auteur du « but de la délivrance » (2-0, 83e). « On n’allait pas lever le pied dans les contacts, poursuit Anthony Vacheron. On sait que ces équipes-là n’aiment pas se faire rentrer dedans. Celle qui a remporté le plus de duels a gagné le match. » C’est parfois simple le ballon, non ?

Un plan tactique appliqué « à la lettre ». Comme tout le club ligérien, Jean-Noël Cabezas avait parfaitement préparé son coup. « Beaucoup de vidéo », un bloc parfois très bas mais toujours solide et prêt à exploser en contres, la patte Cabezas avait de la gueule dimanche au moment de défier un gros morceau de Ligue 1. « Depuis le début, on a vraiment cru qu’on pouvait faire quelque chose face à cette équipe de Marseille un peu en difficulté, explique Christophe Pereira. On jouait la gagne et même si c’était l’OM en face, le coach partait sur une préparation de match de championnat traditionnel. » Un moyen de ne pas dénaturer l’ambitieux projet d’Andrézieux, qui vise l’accession en National. « On a tenu à la lettre notre plan tactique, remarque Charly Pereira-Lage. On a essayé de faire au mieux sur nos attaques rapides. On savait que Marseille avait des défaillances sur les coups de pied arrêtés. »

Banco, Bryan Ngwabije a profité de la fébrilité du trio Mandanda-Rolando-Caleta Car pour s’élever et ouvrir le score sur un corner (17e). « Il faut rester lucide, on n’a pas eu le ballon, reconnaît Romain Barge. Mais dans nos phases de possession, on a réussi à se créer des occasions vraiment intéressantes. C’est une grande fierté. Marquer deux buts à Marseille, ce n’est quand même pas rien. » C’est plutôt une performance colossale quand on est habitué à batailler chaque semaine avec Le Puy-en-Velay, Colomiers, Moulins et Sète.