Football Leaks: Exigences folles et petits arrangements entre amis, voici les dessous du transfert de Mbappé au PSG

FOOTBALL Mediapart et ses partenaires européens dévoilent les secrets du transfert du prodige français au PSG...

A.L.G.

— 

Mbappé 1er, roi de Paname.
Mbappé 1er, roi de Paname. — Alain JOCARD / AFP
  • On apprend que le clan Mbappé s’est montré très gourmant après la première très bonne (demie) saison du joueur avec l’AS Monaco.
  • La formule du transfert du joueur au PSG (prêt gratuit avec option d’achat de 145 millions d’euros + 35 millions de bonus) a été mise en place pour satisfaire aux demandes monégasques, et non pour arranger le PSG.
  • Si Paris a accepté de répondre favorablement aux exigences salariales du joueur, il a en revanche refusé beaucoup de clauses assez folles réclamées par Mbappé et sa famille.

L’analyse des documents Football Leaks par Mediapart et ses partenaires du réseau European Investigative Collaborations (EIC) vient de mettre en lumière certains aspects du transfert de Kylian Mbappé au PSG à l’été 2017 et le moins qu’on puisse dire c’est que, justement, il y en a des choses à dire. Cette histoire permet de comprendre les dessous d’une négociation folle et nous plonge au cœur de ce qu’habituellement les clubs, les joueurs et les agents préfèrent garder pour eux. On vous résume tout ça en quelques points.

Un entourage qui sait ce qu’il veut

Avant même de parler du PSG, Mediapart révèle des éléments plus anciens, à une époque où Kylian Mbappé n’était encore qu’un môme prometteur mais inconnu du grand public. Soucieux du temps de jeu que l’AS Monaco va pouvoir garantir à son fils, Wilfried, le père et conseiller du joueur, ira jusqu’à exiger que cette garantie soit inscrite noir sur blanc dans son contrat. Les dirigeants monégasques se renseigneront auprès de la LFP pour jauger la légalité d’une telle demande, ce qui ne va pas manquer de surprendre le directeur juridique de la Ligue : « Je dois vous avouer que depuis maintenant dix ans que je suis à la LFP, c’est bien la première fois qu’un club me pose cette question ». La réponse tombe : c’est impossible, au nom de la liberté de choix du coach et de l’égalité des chances entre les joueurs.

Mbappé, trop vite trop gourmand pour l’ASM

Après avoir signé son premier contrat pro et réalisé une saison incroyable avec l' AS Monaco en 2016-2017, Mbappé et son entourage réclament une revalorisation salariale. Oh, trois fois rien : seize fois son salaire de départ. Selon les documents de Mediapart, le 28 mai 2017, lors d’un conseil d’administration, Vadim Vasilyev explique que Mbappé « demandé à être le joueur le mieux payé du club et obtenir le même salaire que Falcao », soit 8 millions d’euros par an. La famille et le joueur vont plus loin puisqu’ils exigent que cette somme lui soit versée « ultra net dans la poche, explique Mediapart. A Monaco, les joueurs étrangers sont défiscalisés, mais les Français restent taxés dans l’Hexagone. En clair, Mbappé demande donc au club de payer ses impôts à sa place. Vasilyev refuse, car "la mécanique est trop complexe à élaborer et risquée pour le club" ». De fil en aiguille, tout concourt à ce que Mbappé​ soit vendu lors du mercato estival 2017.

Mbappé choisit le PSG, le club lui dresse le tapis rouge

Les Football Leaks nous confirment aussi que le Real Madrid et l’AS Monaco s’étaient bien entendus pour conclure le deal à hauteur de 214 millions d’euros (180 + 34 de taxes de vente) mais le joueur a préféré le PSG, qui s’est alors simplement aligné sur l’offre de départ des Madrilènes. Pour se payer Mbappé, les Parisiens ont dû accepter ses exigences salariales, à savoir une prime à la signature de 5 millions et un salaire de 50 millions d’euros sur cinq ans. Le tout, ultra net d’impôts.

Le prêt payant qui arrange bien Monaco

La légende voulait que la formule trouvée par le PSG et Monaco pour réaliser le deal à neuf chiffres, un prêt gratuit d’un an avec option d’achat obligatoire à 145 millions d’euros (+ 35 millions de bonus), ait été négociée pour arranger le PSG dans le cadre du fair-play financier, lui qui venait déjà de faire sauter la banque en se payant Neymar pour 222 millions d’euros. Tout faux. Selon Mediapart, cette formule a d’abord été choisie pour éviter à Monaco de payer un impôt sur le prêt payant de 30 millions d’euros envisagé au départ.

Les clauses refusées par le PSG

Si Paris a tout accepté au niveau des exigences salariales du joueur, il a en revanche refusé pas mal de clauses assez dingues réclamées par la famille Mbappé. Pêle-mêle :

  • Une augmentation automatique pour devenir le joueur le mieux payé du club en cas de Ballon d'Or (devant Neymar et ses 30 millions net par an). Il touchera finalement une prime de 500.000 euros s’il remporte le trophée.
  • Une prime pour « perte de chance » en cas d’exclusion du PSG de la Ligue des champions dans le cadre des sanctions de l’UEFA et de son fair-play financier.
  • 50 heures de voyage en jet privé par an. Le club lui accordera à la place 30.000 euros par mois pour financer son loyer et trois employés personnels (un majordome, un chauffeur et un agent de sécurité).

Des agents grassement payés pour pas grand-chose

Le meilleur pour la fin. On apprend que deux agents, dont le tout-puissant Jorge Mendes, très proche des dirigeants russes de l’AS Monaco, ont touché de très belles primes (9,5 millions pour Mendes, 2 pour Roberto Calenda) alors que leur rôle dans ces négociations n’est pas très clair. Voire complètement opaque. Le clan Mbappé gérant lui-même les intérêts de sa pépite, on se demande alors à quoi ont bien pu servir nos deux agents. On mettra ça sur le compte de la beauté du foot business, un monde où tout le monde fait croquer tout le monde. Et quand les sommes en jeu pour un joueur tel que Kylian Mbappé dépassent l’entendement, il serait dommage de ne pas en profiter.