VIDEO. FC Annecy: «J’ai toujours eu un temps d’avance»… A 44 ans, Nassim Akrour raconte le secret de sa folle longévité

FOOTBALL Ancien attaquant de Troyes et Grenoble en Ligue 1, Nassim Akrour s’éclate encore en National 2 (4e division), où il est le meilleur buteur de sa poule avec le FC Annecy. Le tout à 44 ans…

Jérémy Laugier

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Nassim Akrour vient d'entamer sa troisième saison avec le FC Annecy, en National 2.
Nassim Akrour vient d'entamer sa troisième saison avec le FC Annecy, en National 2. — Serge Deville/FC Annecy
  • A 44 ans, Nassim Akrour est un exemple de longévité dans le football français.
  • Après près de 400 matchs au niveau professionnel (111 buts), l’ancien attaquant grenoblois évolue encore en National 2 (4e division) avec le FC Annecy.
  • Son entraîneur Helder Esteves et son jeune coéquipier Guillaume Odru (21 ans) soulignent le parcours « exemplaire » de Nassim Akrour, actuel meilleur buteur de sa poule de N2.

Le temps n’a aucune emprise sur Nassim Akrour. Meilleur buteur de son groupe de National 2 (4e division) la saison passée (15 réalisations), l’ancien international algérien est carrément lancé sur de meilleures bases, avec sept buts en huit journées sous le maillot du FC Annecy, le tout… à 44 ans ! « Nassim a toujours eu une hygiène de vie exemplaire et une morphologie favorable, explique son entraîneur Helder Esteves, de trois ans son cadet. Mais ce n’est pas possible de ne pas être étonné par sa longévité dans le foot. Car là, ça fait quand même beaucoup. »

Notamment auteur d’un triplé, le 26 août, contre la réserve de l’OM (4-3), Nassim Akrour traverse les générations avec simplicité et fraîcheur. « Je prends du plaisir, je sais que ma carrière est derrière moi, confie-t-il. C’est la preuve que quand on s’amuse, ça réussit. C’est marrant de côtoyer désormais des joueurs n’ayant pas connu la Coupe du monde 1998. »

« On peut s’éviter des pépins physiques »

A cette époque, le natif de Courbevoie (Hauts-de-Seine) tentait sa chance dans des divisions mineures en Angleterre, avant d’obtenir son premier contrat professionnel en France, à seulement 26 ans avec Istres (National puis Ligue 2). Imaginait-il alors qu’il serait encore sur les terrains, quasiment vingt ans plus tard ?

« On ne peut pas prévoir ce qui va arriver dans un parcours pro mais on peut s’éviter des pépins physiques en étant notamment sérieux dans le sommeil et la qualité de la nourriture », glisse l’avant-centre aux 111 buts et 391 matchs en L1 et L2, à Istres, Troyes, au Havre et surtout Grenoble (de 2004 à 2010). Vous n’auriez quand même pas osé oublier sa superbe frappe lobant Mickaël Landreau lors d’un succès isérois de prestige ( 0-1) au Parc des Princes en septembre 2008 ?

« La vraie vitesse, c’est de lire le jeu avant l’autre »

« Avant de jouer avec lui à Annecy depuis 2016, j’ai été formé à Grenoble donc j’allais l’admirer en Ligue 1 au Stade des Alpes, se souvient le milieu haut-savoyard Guillaume Odru (21 ans). Ça fait donc bizarre de le côtoyer au quotidien sur le terrain, alors qu’il a plus du double de mon âge. C’est un peu le papa de l’équipe et une personne très simple. » Une simplicité et un sens du but qui ont bien failli permettre au FC Annecy d’atteindre le National en mai (2e à un point de Villefranche-sur-Saône), aux côtés de deux autres célèbres anciens pros, Olivier Sorlin (39 ans) et Cédric Barbosa (42 ans).

Si beaucoup de joueurs sont contraints de changer de poste en prenant de l’âge, Nassim Akrour n’a jamais quitté la pointe de l’attaque. « Je n’ai pas envie de reculer, je suis bien là, sourit-il. J’étais déjà un faux lent à l’époque. Mais vous savez, la vraie vitesse, c’est de lire le jeu avant l’autre. J’ai toujours eu un temps d’avance, ce qui permet d’aller plus vite que l’adversaire, quoi qu’il se passe. » On a notamment retrouvé une vidéo d’un triplé inscrit la saison passée face à Saint-Priest (4-0) pour vous donner un aperçu de l’implacable opportunisme du garçon.

« Il n’a pas eu droit aux paillettes ou à une carrière idyllique »

Ancien partenaire de Nassim Akrour à Troyes (L2 en 2003-2004), Helder Esteves assure qu’il ne lui fait « pas de cadeaux ». Il lui permet juste de ne pas doubler des séances d’entraînement et d’être dispensé de celle ayant lieu à 48 heures d’un match. « Une petite adaptation » totalement acceptée par le groupe. « C’est tout à fait normal, déjà car c’est notre meilleur buteur, rappelle Guillaume Odru. Et puis ça nous choque de voir à quel point c’est encore un travailleur acharné avec une motivation incroyable, même pour un échauffement sans ballon. »

Un amour absolu de son sport qui pourrait s’expliquer par son parcours atypique, loin des centres de formation professionnels. « Nassim est moins usé que d’autres anciens pros, c’est un vrai passionné, constate Helder Esteves. Il connaît ce monde amateur et il n’a pas eu droit aux paillettes ou à une carrière idyllique. »

« Il est encore plus juste dans ses choix »

L’entraîneur du FC Annecy, actuel 5e de sa poule de National 2 avant de se rendre samedi (18 heures) à Endoume décrypte le niveau de performance du phénomène.

« Nos joueurs de 20 ans font parfois des choses incroyables, des choses que Nassim ne peut plus faire. Mais par contre, il a une cohérence, une régularité et une efficacité remarquables. Il n’a plus les mêmes jambes qu’à une époque mais il est encore plus juste dans ses choix. »

Finalement, la question de sa fin de carrière est-elle vraiment d’actualité en Haute-Savoie ? « Ça s’arrêtera quand ça doit s’arrêter », sourit simplement l’intéressé. « Vu comment son état d’esprit est encore le même qu’au niveau professionnel, je le vois encore bien se faire deux ou trois saisons supplémentaires », pronostique Guillaume Odru.

« Ce n’est pas moi qui mettrai un terme à la carrière de Nassim, indique Helder Esteves. Il se connaît et il arrêtera quand il l’aura décidé. Là, il est performant et il comprend même mieux le jeu maintenant qu’il y a quinze ans. » Allez, rendez-vous en 2033, on y retrouvera un Nassim Akrour plus redoutable que jamais.