Ligue Europa: Pelé trop lent, Ocampos trop croqueur, Payet trop discret... Bon, elle est pour qui, cette défaite de l'OM à Leipzig?

LIGUE EUROPA Les Français veulent savoir ! (du calme monsieur Bourdin, ce n'est qu'un quart de finale aller...)

Jean Saint-Marc

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Ce flow, bon sang...
Ce flow, bon sang... — O. Andersen / AFP
  • L'OM a eu un plein camion d'occasions, ce jeudi, en Allemagne, mais repart avec une courte défaite (1-0), frustrante à souhait. 
  • On pensait que la défense (expérimentale) allait sombrer... Finalement, c'est devant (et tout derrière) qu'on trouve les responsables de cette défaite.

De notre envoyé spécial à Leipzig,

Il est de tous les déplacements de l'OM mais d’habitude, il se pose discrètement dans le bus, puis s’assoit au fin fond du banc de touche, puis rentre gentiment à la maison. L' 'albatros est un « indolent compagnon de voyage », nous dit Baudelaire : « Ses ailes de géant l’empêchent de voler. » Sa carcasse de géant l’empêche de plonger, plutôt, pour revenir au foot et mettre fin à cette digression poétique niveau brevet des collèges.

Yohann Pelé n’a quasiment rien eu à faire du match, ce jeudi, lors de la petite défaite de l’OM à Leipzig (1-0). Mais quand Timo Werner s’est pointé devant lui pour cadrer le seul tir de la rencontre, l’Albatros s’est lentement couché, lamentablement, pour finalement laisser le ballon filer sous ses ailes de géant. LE SEUL TIR CADRE DU MATCH, qu’on vous dit, et pas une frappe incroyable, un petit ballon plutôt mollasson, quasiment un « shoot de vieille » selon la typologie des cours de récré. (Et dire qu’un paragraphe plus haut, on citait du Baudelaire.)

Bref, pendant qu’on fait dans la poésie, les gars d’Opta font dans la statistique de première qualité. C’est leur boulot, en même temps. Stat' parfaite, stat' terrible, un 100 % de la lose :

Maintenant qu’on a dit tout ça, est-ce qu’on fait de Yohann Pelé notre coupable de cette défaite ? Nope. Trois raisons, de la plus foireuse à la plus objective :

  • Parce que l’auteur de ces lignes a beaucoup d’affection pour ce grand gaillard à l’histoire incroyable (le TFC l’avait balancé à la casse des footballeurs en le déclarant inapte après une embolie pulmonaire).
  • Parce que cette action est un foirage en règle collectif : manque de réactivité des Olympiens à la perte de balle, mollesse de Jordan Amavi au duel, naïveté de Boubacar Kamara sur le crochet téléphoné du (certes très rapide) Werner.
  • Parce que c’est triste à dire, mais Pelé est à peu près à son niveau, en tout cas pas loin. Un gardien limité, capable d’enchaîner les clean sheets… Mais aussi les boulettes.

Et puis si Pelé n’est pas un coupable idéal, c’est aussi car son erreur aurait été anecdotique si les attaquants de l’OM n’avaient pas mitraillé les supporters placés autour du but de Peter Gulacsi. L’OM a tiré 16 fois au but. A côté du but, donc : seulement trois tentatives ont été cadrées. Passons sur le ciseau de Bouna Sarr (avec rebond, SVP) ou sur cette petite déviation de Mitroglou magnifiquement détournée par le Hongrois. Oublions aussi les frappes nazes d’un Zambo Anguissa qui a tout raté, ce jeudi. Non, les occasions qui nous ont rendus fous sont celles d’Ocampos et de Payet, les deux vendangeurs en chef de ce jeudi.

L'immense soupir du suiveur de l'OM quand Ocampos arme ce geste...
L'immense soupir du suiveur de l'OM quand Ocampos arme ce geste... - SIPA et le service Paint de 20 Minutes

>> Lucas Ocampos : le retourné qui nous donne envie de lui en retourner une.

Saviez-vous que des journalistes argentins ont un jour qualifié Lucas Ocampos de « nouveau Cristiano Ronaldo » ? Apparemment, il n’a pas oublié la comparaison. Sans doute inspiré par le but légendaire de CR7 contre la Juve, Ocampos a gratifié les fans de l’OM de sa bicyclette hebdomadaire, face à Leipzig. Qu’Ocampos passe ses soirées à la Commanderie à s’entraîner à mettre des buts acrobatiques, très bien. Qu’il le fasse en plein quart de finale européen, alors que Germain est démarqué juste derrière…

Au total, l’Argentin a croqué quatre grosses occasions : un tir dans le paquet (41e) alors qu’il y avait des solutions de passe, rebelote à la 46e quand il bourre sur le gardien. Et à la 56e, quand, à bout portant, il foire le cadre.

>> Dimitri Payet oublie encore de briller

Restons sur les occasions vendangées : 56e, parfaitement servi en retrait, à l’entrée de la surface de réparation, Dimitri Payet balance sa reprise bien au-dessus de la transversale. Impardonnable pour un joueur de sa dimension, surtout qu’à part ça, on ne l’a quasiment pas vu. « Il reste le meneur de jeu de notre équipe », a tenté de le défendre Rudi Garcia, comme pour répondre à la décla de Dimitri Payet. Car loin de faire son autocritique (comme Jordan Amavi), le capitaine de l’OM s’est lancé dans une explication tactique devant les micros. En gros, s’il a été mauvais, c’est car le système n’était pas adapté. Sur beIN Sports :

« C’était difficile dans la mesure où on a choisi un plan de jeu qui les avantageait, on leur a laissé le ballon et on a essayé de procéder par contre. C’était dur [de nous trouver], le joueur qui nous manquait devant, on l’avait mis derrière. (…) C’est un système [à cinq défenseurs] qu’on découvre, il y a des choses à parfaire. »

Hasard de « l’autoplay », ces maudites vidéos qui se déclenchent toute seule. Alors qu’on réécoutait cette décla de Payet, c’est une interview de Didier Deschamps qui s’est lancée automatiquement : « On ne sait pas ce qu’il peut se passer [d’ici au Mondial]. Ceux qui sont déjà venus peuvent revenir. » « On ne sait pas ce qu’il peut se passer », mais Dimitri Payet, pas sélectionné lors des matchs amicaux, sait que ce n’est pas face à Dijon qu’il faut briller. Et s’il ne se rachète pas jeudi prochain au Vélodrome, le joueur le plus cher de l’histoire de l’OM n’aura plus beaucoup de rendez-vous européens pour se montrer…