Lille: «Ils sont en train de tuer notre club», pourquoi les supporters du Losc ont craqué

FOOTBALL Une centaine de supporters a envahi la pelouse de Pierre-Mauroy à la fin du match nul face à Montpellier…

B.V.

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Des supporters du LOSC ont envahbi la pelouse à l'issue du match contre Montpellier
Des supporters du LOSC ont envahbi la pelouse à l'issue du match contre Montpellier — F.Lo Presti /AFP
  • Samedi soir après le match nul face à Montpellier, les supporters du Losc ont envahi la pelouse en essayant de frapper leurs propres joueurs
  • Nous avons donné le parole à certains supporters pour essayer de comprendre de tels gestes

« Ce qui c’est passé hier soir est inacceptable, je comprends la déception des supporters mais la maîtrise des émotions est prioritaire. Cette méthode conduira directement au chaos ». Depuis qu’il a vendu le club, la parole de Michel Seydoux est plutôt rare. L’ancien président du Losc est pourtant intervenu sur Twitter dimanche matin pour condamner les débordements de samedi soir, lorsqu’une centaine de supporters lillois a envahi la pelouse en tentant de frapper quelques-uns de ses propres joueurs et en insultant la direction du club.

Un comportement inexcusable et injustifiable, dont la commission de discipline de la Ligue s’occupera dès jeudi, mais qui révèle l’exaspération de fans dont le club est actuellement 19e de Ligue 1 et menacé de relégation administrative. « La cocotte minute a explosé hier soir, résume François Stock, président des Dogues du Net, une association de supporters. Ce sont des actes de colère, de dépit que je regrette et que je condamne. Je comprends que les supporters soient mécontents mais sur la forme, c’est triste. »

Des supporters mécontents, c’est un euphémisme. Dimanche en début d’après-midi, un communiqué des Ultras Dogues Virage Est (DVE) « revendiquait » les débordements :

« Nous assumons l’envahissement de terrain mais ne cautionnons pas les très rares violences isolées d’hier, largement exagérées par certains médias et déjà démenties par le principal joueur intéressé. Ces événements sont la suite logique et inexorable du flou financier entourant le club et de l’investissement personnel irrégulier ou inexistant de la majorité des joueurs. L’action de samedi est une réaction de contestation, excessive sur certains aspects, mais sincère et spontanée. Après tout le soutien, surement trop long, dont les joueurs et la direction ont bénéficié ils méritaient amplement de se faire secouer. »

Flashback rapide qui ceux qui n’auraient pas suivi le début : fin janvier 2017, l’homme d’affaire Gérard Lopez rachète le club champion de France en 2011 avec l’objectif d’en faire une machine à cash en misant sur la progression et la vente de jeunes joueurs à fort potentiel. Dix-huit mois plus tard, le club est au bord de la faillite sportive et financière. La semaine passée, alors que le club est en crise ouverture  une rencontre entre Lopez et les associations de supporters s’était conclue par un accord sur « union sacrée » jusqu’à la fin de la saison pour tenter de sauver ensemble ce qui pouvait encore l’être.

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Ca n’a pas duré bien longtemps. Lors d’une marche collective des groupes de supporters avant le début de la rencontre contre Montpellier, la tension est déjà forte. Elle n’a fait qu’empirer toute la soirée jusqu’à l’explosion. « Je n’avais pas entendu dire ‘si ça se passe mal’ on envahit le terrain », jure François Stock. William, supporter d’un autre groupe, le contredit :

« C’était une poudrière. Les gens savaient qu’il allait se passer quelque chose »

Contactés, les DVE n’ont pas répondu à nos sollicitations. Quant à ceux qui nous ont répondu, ils évoquent une profonde frustration. Leur équipe de foot s’est transformée en un fonds d’investissement. « Notre club se construit depuis 20 ans et Lopez a marché sur ses valeurs en 18 mois, poursuit William. Le club est devenu hyper-commercial, le foot devient secondaire. On ne cherche pas le chaos mais les supporters ne sont pas dupes : on voit bien que toutes les actions menées sont en train de tuer notre club. C’est facile de taper sur les supporters, mais on n’est pas responsables de la situation. Nous, ce qu’on veut, c’est sauver le club. On était patient depuis le début de la saison, mais au bout d’un moment…  Notre groupe n’est pas intervenu sur la pelouse et nous ne sommes pas d’accord avec la violence, mais on ne peut pas blâmer ceux qui l’ont fait. »

« On ne les a pas sentis concernés »

Si Lopez cristallise autant les rancœurs, pourquoi alors s’en prendre aux joueurs ? Depuis le début de la saison, ces derniers se sont éloignés des supporters. Absence d’entraînement ouvert au public, communication minimaliste et rumeurs de sourires moqueurs et de doigts d’honneur bien cachés derrière les vitres du bus lors d’une rencontre ont aidé à créer une ambiance de défiance. Perçus comme des actifs par leurs dirigeants, les joueurs ont du mal à incarner l’identité du club auprès des supporters.

William, toujours : « On a 11 joueurs sur le terrain, mais 11 qui ne jouent pas pour la même chose. On a pris des jeunes en otage, on leur a  donné des espoirs, ils se sont montés la tête mais ils n’arrivent pas à jouer ensemble. Contre Montpellier, il fallait absolument une victoire, tout le monde le savait, les joueurs ont joué le nul. On ne les a pas sentis concernés. C’est comme si t’allais voir Calegero en concert et qu’au début il disait ‘non j’ai pas envie de jouer aujourd’hui mais merci pour l’argent.’ »

On a rarement vu d’émeutes au concert de Calogero, cela dit.