Ligue 1: Ruben Aguilar, du fin fond de la septième division... à Kylian Mbappé

FOOTBALL Quatre ans après être reparti de zéro en DHR, Ruben Aguilar, latéral droit du MHSC, a fait une entrée fracassante en L1 où il vient de museler les attaquants de Paris et Monaco…

Jerome Diesnis

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Ruben Aguilar, lors de sa signature au MHSC
Ruben Aguilar, lors de sa signature au MHSC — MHSC

Son histoire est à raconter à ceux qui refusent la fatalité. Ruben Aguilar est l'un des rares joueurs en Europe à avoir tenu en respect Kylian Mbappé en ce début de saison. C’était le 23 septembre, lors du nul de Montpellier contre Paris (0-0). Titulaire lors des trois derniers matchs, le latéral droit est un symbole   celui de l’état d’esprit nouveau du MHSC, dur au mal, combatif.

Cette hargne lui vient de loin. En 2013, son quotidien, ce n’était  pas Cavani ou Falcao. Mais juste de vivre décemment. « Pendant un an, j’ai côtoyé à Pôle emploi des gens qui ne trouvaient pas de travail. Je me souviens de leur détresse », raconte-t-il.

Son univers, c’était la DHR, en septième division. « Il y a eu des moments difficiles, mais il n’a jamais abandonné. Il était bien entouré par ses proches, mais il était si fort dans la tête, il a tellement continué à bosser qu’on était obligé de croire en lui », évoque Yannis Belgharbi, son ami d’enfance et coloc’ pendant cette année de galère.

Vannuchi: «J’étais venu voir deux autres joueurs, j’ai vu Ruben»

Formé à Grenoble, Ruben Aguilar avait dû en partir à 19 ans après le dépôt de bilan de club. Deux ans plus tard, non retenu par St-Etienne qui l’avait récupéré en formation, il était revenu dans son club d’origine. « J’ai passé la moitié de la saison en DHR avec la réserve. Je ne pensais plus devenir pro, mais juste à essayer de vivre du football. »

Un premier match en CFA, les titularisations qui s’enchaînent. Et à la fin de la saison, le hasard qui lui sourit enfin, avec la présence dans les tribunes de Jean-Luc Vannuchi : « J’étais venu voir deux autres joueurs, j’ai vu Ruben, raconte celui qui allait devenir son entraîneur en L2 à Auxerre. On lui a donné une deuxième chance et il s’est accroché à tout ce qu’il pouvait. »

Yannis, son pote d'enfance: « C'est un très gros bosseur »

S’accrocher, bosser, le mot colle à son histoire. « Il a raté l’anniversaire de mes 18 ans parce qu’il avait entraînement le lendemain au centre de formation à Grenoble. C’est une anecdote qui le résume assez bien », sourit Yannis Belgharbi, pas rancunier.

L’histoire est belle. Elle aurait pu être extraordinaire... s’il était Bolivien. Aguilar, patronyme fréquent du côté de La Paz, a reçu de nombreuses sollicitations pour rejoindre la sélection. Le jeu Football Manager lui avait collé une double nationalité franco-bolivienne.

L’histoire l’a suivi au point de devoir écrire un démenti sur sa page Facebook, quand l’Amérique du sud s’est soudainement emballé après sa prestation contre Paris. « Ma mère est française, mon père est espagnol, pas bolivien », se marre-t-il.

La roue a tourné. Pas assez pour lui faire perdre la tête à 24 ans. « Je n’ai joué que quatre matchs comme titulaire en L1, j’ai encore tout à prouver, prévient-il. J’ai perdu du temps, mais je crois que passer par ces étapes m’a forgé un mental... »