Equipe de France: Au milieu des hommes, Corinne Diacre a tout changé pour les femmes dans le foot

FOOTBALL La nouvelle sélectionneur des Bleues a prouvé qu’on pouvait être une femme et coacher dans un milieu d’hommes…

B.V.

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Corinne Diacre entourée de ses joueurs à Clermont.
Corinne Diacre entourée de ses joueurs à Clermont. — PNA/SIPA

On lui promettait l’enfer d’un milieu machiste, sexiste et rétrograde. C’était soit faire un sacré procès d’intention au monde du foot soit ne pas savoir à qui on avait affaire. Un peu plus de trois ans après son arrivée à la tête de l’équipe masculine du Clermont Foot, Corinne Diacre vient d’être « chassée » par la FFF pour être la prochaine sélectionneur de l’équipe de France de football féminin. Son bilan en Auvergne ? Trois maintiens plutôt aisés, un titre de meilleur entraîneur de la saison 2015 et le respect de ses collègues, tout ça avec l’un des plus petits budgets de Ligue 2. Costaud, très costaud.

Autant dire qu’il n’y a pas vraiment de surprise à la voir prendre l’énorme responsabilité de faire gagner des titres aux Bleues, surtout avec la Coupe du monde en France en 2019. Mais il y a un vraiment message derrière tout ça. « Tous les spécialistes qui pensaient qu’une femme ne pouvait pas s’imposer dans un milieu d’hommes comme le football sont renvoyés chez eux », se marre, un peu fier, Claude Michy.

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« Si des joueurs ne voulaient pas adhérer, c’était leur problème »

C’est un peu lui aussi qu’il faut remercier pour cette avancée féministe. En 2014, le président Clermontois cherchait à faire un grand coup en nommant pour la première fois sur cette planète une femme à la tête d’une équipe de football masculine professionnelle. Après la démission ubuesque de la Portugaise Helena Costa, il retente sa chance quelques semaines plus tard avec Corinne Diacre. La suite est un peu gênante : pour son premier match sur le banc clermontois, le jour de son anniversaire, le coach adverse Alex Dupont lui offre un bouquet de fleurs. Geste mignon pour certains – bienvenue dans ce monde - sexistes pour d’autres - aurait-il offert un bouquet de fleurs à un homme ? -, il prouvait surtout qu’on allait plus parler de Corinne Diacre comme de la femme sur un banc d’hommes que pour ses choix tactiques.

Et puis le temps a fait son job, l’anonymat de la Ligue 2 aussi, et voilà Corinne Diacre sélectionneur convoitée et respectée des Bleues. Désormais à Andrézieux, Ludovic Genest a passé deux ans sous les ordres de Corinne Diacre au Clermont Foot. Il raconte :

« Le fait d’avoir une femme en tant qu’entraîneur, ça a pu être compliqué pour certains joueurs. Et ça a pu poser quelques petits problèmes parfois avec des joueurs qui, par fierté, ont refusé cette autorité féminine. Mais c’étaient des cas isolés et sinon ça s’est vraiment bien passé entre elle et le groupe. Elle avait son projet de jeu et à partir du moment où on montait dans la barque avec elle c’était parti. Si des joueurs ne voulaient pas adhérer, c’était leur problème. Très souvent, ces joueurs-là ont quitté le club assez rapidement. Déjà en tant qu’homme j’ai du mal à me projeter dans une carrière d’entraîneur car il faut vraiment avoir un caractère assez fort, alors en tant que femme qui entraîne un groupe d’homme ça doit être encore plus difficile et je la félicite pour ça, elle a osé tenter le pari et elle l’a réussi. Elle avait le caractère pour, footballistiquement parlant c’est quelqu’un d’assez strict, elle sait ce qu’elle veut et elle ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elle a la fibre d’entraîneur, c’est évident. Elle a de grosses compétences tactiques et techniques et a montré qu’elle savait sortir de bons joueurs, comme Diedhiou, Gaëtan Laborde, ou Hadrien Hunou par exemple. »

Ce n’est pas faute d’avoir été prévenus. Dès 2014, lors de sa signature, d’anciennes joueuses sous ses ordres la caractérisaient comme « très exigeante, avec un gros caractère et qui ne se laisse pas faire ». Aujourd’hui, Claude Michy parle « d’une patronne ». Doit-on le scepticisme des débuts à des doutes sur ses capacités ou à un priori négatif sur l’intelligence des footballeurs ? Comme souvent, la vérité est sans doute un peu entre les deux.

 Corinne DIacre avec la joueuse Gaetane Thiney, à Clairefontaine, le 25 juin 2013.
Corinne DIacre avec la joueuse Gaetane Thiney, à Clairefontaine, le 25 juin 2013. - FRANCK FIFE

 

Auteure de plusieurs livres sur la place des femmes dans le sport, dont « Etre entraîneure sportif », Béatrice Barbusse, voit cette nomination comme une grande étape. « Incontestablement, elle a ouvert une porte, explique-t-elle. On ne pourra plus dire qu’une femme entraîneure des hommes, ça peut poser des problèmes. Pas seulement au football d’ailleurs. Si elle a réussi à le faire dans un sport où les femmes avaient le moins leur place, il n’y a aucune raison logique et rationnelle pour que ça ne puisse pas le faire dans les autres. »

Un risque ?

Elle y voit aussi un « message formidable », lancé autant aux derniers machos qu’à celles qui ne trouvent pas le courage de se lancer. « Si ça ne se fait pas plus, poursuit-elle, c’est aussi parce que certaines ne le souhaitent pas, ne s’en sentent pas prêtes. J’ose espérer qu’un jour elles se lanceront dans le grand bain. Quelque part, et je m’inclus dedans, on a une responsabilité de démontrer que les choses sont possibles. »

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Reste une question, qui nous chatouille un peu. Si Corinne Diacre est effectivement une pionnière, ne prend-elle pas le risque de tout perdre en retournant chez les femmes, quitte à perdre ses chances de prendre un jour, qui sait, un club de Ligue 1 ?

« Je me suis déjà posée la question dans ma carrière et c’est impossible d’y répondre, avance Béatrice Barbusse, qui a aussi été présidente d’un club de hand. D’un point de vue féministe, ce n’est ni une bonne ni une mauvaise chose. Entraîner l’équipe de France féminine, c’est très honorable et valorisant, vous ne pouvez pas aller plus haut. C’est une promotion et c’est tout à son honneur de l’accepter. Et rien ne l’empêche de revenir chez les hommes plus tard. Surtout si elle réussit à enfin faire gagner cette équipe. » Là où un paquet d’hommes ont échoué, doit-on le rappeler.