Euro 2016: Que vaut «Au cœur des Bleus», le documentaire en immersion sur l'équipe de France?

FOOTBALL Diffusé ce mercredi soir sur TMC, le documentaire, dans la veine des «Yeux dans les Bleus», diffère de son aîné sur de nombreux points (et pas que sur l'issue de la compétition)...

Julien Laloye
— 
Paul Pogba, Olivier Giroud et Adil Rami le 10 juin au Stade de France
Paul Pogba, Olivier Giroud et Adil Rami le 10 juin au Stade de France — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Commençons par nous autocongratuler, même si ce n’est pas dans nos habitudes. En juin 2016, juste avant la demi-finale France-Allemagne, 20 Minutes révélait que la Fédération préparait en douce un documentaire en immersion sur le parcours des Bleus à l’Euro. Il ne devait être diffusé qu’en cas de victoire finale, mais il faut croire que le temps a apaisé le dénouement douloureux de l’aventure. Le produit fini sera visible ce mercredi sur TMC à partir de 21 h, nom de code : Au cœur des Bleus.

Un contrat de départ différent

Ce n’est pas tout à fait Les yeux dans les Bleus, le documentaire sur France 98, mais cela n’empêchera pas la comparaison. Spoiler : c’est moins bien, et pas juste parce que la France ne gagne pas à la fin. Ne soyez pas surpris non plus, car le contrat de départ était trop différent.

>> Ce n’est pas un film de journaliste, mais un film de la Fédération, qui l’a commandé à une société de production spécialisée (Nomad). Rappelons qu’en 1998, Stéphane Meunier bossait pour Canal + et que Jacquet ne savait même pas qu’il montait dans les chambres des joueurs. Ce n’était pas du journalisme d’investigation à proprement parler, mais il y avait plus de chance d’avoir de la matière en allant chercher les joueurs là où ils ne s’y attendaient pas.

>> La Fifa a mis son grain de sel. En 98, elle n’avait rien à fiche de voir un type filmer la séance de tirs au but contre l’Italie au Stade de France. En 2016, ce n’est plus la même limonade. Si les Bleus peuvent faire ce qu’ils veulent à Clairefontaine, il en va tout autrement lors des matchs officiels. C’est une contrainte qu’il a fallu prendre en compte.

>> Les joueurs sont désormais scrutés en permanence. On enfonce une véranda ouverte, mais les réseaux sociaux ou la téléréalité n’existaient pas en 1998. Dix-huit ans plus tard, les joueurs gèrent quasiment leur propre com' via Twitter/Facebook/Instagram et un flot d’image en « inside » a déjà escorté le parcours des Bleus pendant la compétition. Difficile d’être original.

Des angles inédits et proprement dingues

Voilà pour le passif a priori du docu de Nomad. Lequel n’est pas non plus un bide total, si l’on se fie à la version provisoire qui nous a été montrée début décembre. TF1 a promis de « pimper le début » un peu mollasson, mais c’est une affaire de forme. Résumons ce qui nous a plu et ce qui vous plaira certainement.

  • Les images de match. D’une qualité INCROYABLE, avec des angles inédits et proprement dingues sur certains buts. Six mois après, on a l’impression d’être sur le terrain avec les Bleus, et les commentaires en direct de la paire Margotton/Liza n’y sont pas pour rien. C’est toujours mieux que de mater la patate de Payet contre la Roumanie sur du Bruno Mars.
L'attaquant de l'équipe de France Dimitri Payet contre la Roumanie à l'Euro 2016, le 10 juin 2016, au Stade de France.
L'attaquant de l'équipe de France Dimitri Payet contre la Roumanie à l'Euro 2016, le 10 juin 2016, au Stade de France. - FRANCK FIFE / AFP
  • Les témoignages face caméra, tout au long de la compétition. C’est une bonne idée remixée des Yeux dans les Bleus. Quelques joueurs, disons une petite dizaine, sont interrogés au fur et à mesure des événements, avec priorité au duo Griezmann/Pogba, véritable fil rouge du documentaire. Cela évite la superficialité de la reconstitution après-coup (seul Deschamps se prête à l’interview post-Euro) et fait émerger quelques scènes intéressantes : le silence inquiet des deux zigotos avant l’Allemagne, eux qui passent leur temps à brailler devant la console, ou le blues du remplaçant magnifiquement incarné par Cabaye.
  • La révélation Adil Rami. Les suiveurs de l’équipe de France connaissent la fraîcheur et le discours sans filtre du défenseur de Séville, qui fait leur bonheur les soirs de zone mixte. Le grand public un peu moins, et il sera agréablement surpris. Voir cette scène prémonitoire après la victoire contre l’Albanie : « T’imagines les gens vivre ça devant leur télé, à dire “Oh Rami, tu fais quoi Rami ?” ». Ben, Rami, passe décisive pour Griezmann. Et pas n’importe quelle passe décisive. Celle qui va mettre en confiance le meilleur buteur de l’équipe de France ». On lui doit les meilleurs moments d’Au cœur des Bleus.

Des causeries de vestiaires fades

Ce qui marche un peu moins, ou plutôt ce qu’on aurait aimé voir et qu’on n’a pas vu.

  • Le documentaire fait abstraction de toutes les (petites) polémiques qui ont accompagné les Bleus. Rien sur le cas Giroud, sifflé en début de préparation, rien sur Pobga et le fameux bras d’honneur contre l’Albanie, rien sur Umtiti qui fait son trou à partir des quarts, à peine un gros plan de 3 secondes sur Griezmann pour montrer sa déception de ne pas débuter face à l’Albanie. On veut bien croire que les joueurs et le staff étaient dans leur bulle, mais laisser penser qu’ils ne discutaient pas de tout ça entre eux, c’est nous prendre pour des jambons.
  • Le choix des personnages. C’était compliqué de montrer les 23 joueurs, évidemment, et certains se sont peut-être mis en retrait d’eux-mêmes. N’empêche, certains choix laissent perplexes. On voit beaucoup Matuidi, qui n’est pas le plus transcendant de tous, les jeunes sont passés par pertes et profits (Martial au placard, ça aurait valu le coup d’œil pourtant), et Pogba et Griezmann passent vraiment BEAUCOUP de temps à jouer à la console (ou à raper). Grand bien leur fasse, mais à contempler leur amitié réelle ainsi scénarisée, on s’est un peu ennuyé, parfois.

  • L’absence de scènes fortes. Cet Euro n’a pas été exempt d’émotions pour les Bleus et pour leurs supporters, on n’en retrouve pas grand-chose ici. Les causeries de vestiaire sont fades si l’on excepte le coup de gueule de Lloris à la mi-temps de France-Irlande, et Deschamps raconte la même chose avant la Suisse et avant l’Allemagne, ce qui fait un peu tache. Les minutes d’après la défaite contre le Portugal auraient pu générer des moments d’anthologie. Suivre Gignac de bout en bout par exemple, aurait pu donner un truc. Au lieu de ça, on a droit à un vestiaire abattu, sans rien d’inoubliable.
André-Pierre Gignac déçu après la défaite de la France lors de la finale de l'Euro 2016, le 11 juillet 2016 à Paris.
André-Pierre Gignac déçu après la défaite de la France lors de la finale de l'Euro 2016, le 11 juillet 2016 à Paris. - NIVIERE/SIPA

 

Notre avis pour finir : Un documentaire loin des standards des Yeux dans les Bleus, mais il ne fallait pas s’attendre à un miracle. Si aucune scène ni aucun dialogue n’entreront dans le patrimoine national, on passe un bon moment à revivre ce mois de juin presque parfait avec les Bleus. La fin a toujours autant de mal à passer, par contre.