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Daniel Lauclair: «J'ai mis De Niro et Starsky et Hutch à la pétanque»

Retraite de Daniel Lauclair: «J'ai fait jouer De Niro et Starsky et Hutch à la pétanque»

INTERVIEWLe huitième de finale de Coupe de la Ligue PSG-Lille de mercredi sera le dernier match de la carrière du journaliste de France Télévisions…
Romain Baheux

Propos recueillis par Romain Baheux

«Asseyez-vous, on va très bien manger ici ». Daniel Lauclair claque la bise au chef de rang et nous conseille de déguster le tartare de l’une de ses meilleures adresses parisiennes. C’est parti pour une heure et demie de conversation sur la vie et l’œuvre de « Dany la Mèche ». Car oui, celui que les plus jeunes ont connu comme homme de terrain des soirées foot sur France TV quitte l’antenne à 70 ans sur un 8e de finale de Coupe de la Ligue entre le PSG et Lille mercredi soir (21h05). L’occasion d’un entretien cinéma, boules et espagnol LV2.

On vous connaît depuis très longtemps mais ça ressemblait à quoi, le début de la carrière de Daniel Lauclair ?

Quand je suis rentré à l’ORTF en 1970, j’étais l’un des petits jeunes avec Michel Drucker. Je découvrais la télé, et Léon Zitrone a dit « je prends Daniel avec moi ». Le 14 juillet, on couvrait le défilé sur les Champs le matin, puis on passait au journal du midi et on filait après aux courses hippiques. J’ai tout fait avec Léon. Je passais à son domicile place de Clichy pour piocher dans le frigo, je conduisais la voiture, triais les dépêches… J’étais sa petite main, mais c’était très formateur.

Quand on parcourt votre biographie, on voit que vous avez fait quelques incursions devant la caméra…

Gamin, j’ai tourné dans « Mon Oncle » de Jacques Tati. Mais j’étais juste un figurant. Il y a surtout eu un téléfilm d’Yves Ciampi, « Les nerfs à vif ». Comme je jouais le flic, les collègues de la télévision me lançaient des « si vous voulez bien me suivre » en claquant les doigts dans les couloirs de France TV. Il ne faut pas se tromper : j’étais journaliste avant tout, on me prenait parce que j’étais vraiment beau mec, j’avais la gueule de l’emploi. Mais j’aurai pu apparaître dans d’autres films…

Dany la Mèche prend la pose.
Dany la Mèche prend la pose. - France TV

Comment ça ?

Je devais jouer l’amant de la reine dans un film en projet. La distribution était monstrueuse, Pier Paolo Pasolini devait le réaliser. Tout était prêt, de la régie qui devait s’installer dans un château de la Loire aux cours d’escrime pour préparer mon rôle. Finalement, on a retrouvé Pasolini mort assassiné et le film ne s’est jamais fait. Peut-être que ça aurait lancé ma carrière d’acteur. Mais bon, la vie est faite de hasard.

Et vous êtes finalement devenu la voix de la pétanque à la télévision…

A côté de chez moi à Joinville-le-Pont, il y avait une place où les meilleurs boulistes du monde venaient jouer. Ma mère devait m’y récupérer avec un martinet pour me ramener. Quand j’ai débuté à France TV, j’ai proposé de couvrir un championnat de France de pétanque à Montauban. Tout le monde s’est moqué de moi, mais j’ai persisté et on m’y a envoyé. On peut dire que je suis le premier journaliste à avoir montré ce sport à la télévision. J’ai essayé de faire avancer sa médiatisation. Il y a vingt ans, on faisait 4x25 minutes sur le Mondial La Marseillaise. Aujourd’hui, on fait 20 à 25h d’antenne.

Il y a aussi eu le tournoi des personnalités que vous avez lancé…

Au début, on faisait ça entre journalistes puis ça a pris une dimension importante. J’ai des relations à New York et Los Angeles et j’ai fait venir des stars américaines. On aménageait le Trocadéro, on organisait des déjeuners avec des grands chefs sur le sommet du centre Pompidou et des dîners-spectacles à la mairie de Paris. J’ai fait jouer des gens inattendus : Robert de Niro, Gina Lollobrigida, Kim Basinger, Alec Baldwin et Starsky et Hutch.

Passion pétanque.
Passion pétanque. - France TV

Il sait jouer à la pétanque De Niro ?

C’est accessible à tout le monde. Vous croyez que Starksy et Hutch savaient vraiment de quoi il en retournait quand ils ont traversé l’Atlantique ? Mais c’est le must de la convivialité, c’est addictif et magique. Tous, j’ai dû leur rappeler que la limousine les attendait pour aller au Plaza Athénée, ils ne voulaient plus quitter le terrain de boules.

Vous êtes aussi connu pour avoir animé « Tennis Club » avec Cyril Hanouna de 2008 à 2012…

On ne pourrait plus refaire ces mêmes délires, la liberté est moins importante. Moi, je faisais la météo avec une grenouille en bronze achetée à San Remo, on lui mettait de l’eau et ça amusait tout le monde. Je faisais aussi les entraînements, on allait voir Gaël Monfils et je lui disais « Hanouna a dit que tu as une perruque » pour le brancher. On a créé des beaux moments de télévision.

C’est comment de bosser avec Cyril Hanouna ?

Ma devise, c’est « ami pour la vie ». Cyril, on l’aime ou on le déteste mais c’est un fou génial. Avec lui, on ne s’endort pas. Grâce à son émission, j’ai joué McEnroe sur le Lenglen. Il m’a lancé un défi, je suis descendu sur le court juste avant la finale du tournoi des Légendes et Leconte m’a échauffé. Après, je joue bien donc je n’étais pas ridicule. Quand McEnroe arrive, il me dit « je vais te plier avec ta Tefal » mais j’ai donné le change. C’est super, comme quand Nadal m’aide à parler espagnol lors d’une interview.

La transition est toute trouvée, on va devoir vous parler de votre mythique interview d’Edinson Cavani lors de la finale de Coupe de la Ligue 2014…

Ce soir-là, j’avais bien préparé ma question, j’étais nickel. J’ai plus étudié l’espagnol pour les tortillas que pour la langue, mais je me débrouille. Mais que m’a-t-il pris de lâcher ce « Felicitaciones » qui a fait le tour de la planète…

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Ça n’a pas eu trop l’air de le désarçonner en tout cas…

Edinson est un ami et quand on a reparlé de cet épisode, on en a pleuré de rire. Ce qu’on oublie ce soir-là, c’est que j’étais sur un nuage. En tribune présidentielle, j’ai fait tout le monde : Najat Vallaud-Belkacem, Manuel Valls, Anne Hidalgo, Nasser Al-Khelaïfi… Après le match, j’ai reçu un texto de mon ancien chef des sports, Charles Bietry, qui me disait : « l’homme du match c’est toi, ce n’est pas Cavani ».

Comment vous décririez cette fonction d’homme de terrain ?

Je raconte des choses que le téléspectateur ne voit pas car on filme le jeu : les coups de grisou du banc de touche, ce que font les joueurs quand ils sortent… Pas besoin de parler de 4-3-3 ou de 4-4-2 comme un spécialiste. Les réseaux sociaux taquinent en disant « Lauclair, il n’y connaît rien », mais ce sont eux qui n’y connaissent rien. Moi, je suis un vendeur de spectacle, je m’adresse à un large public. Je suis un spécialiste de Formule 1 mais quel intérêt de raconter à des gens « il a perdu trente centièmes parce qu’il a des pneus rouges et pas des verts » ? Passe de B, centre de C et but de A, ça ne m’intéresse pas.

Qu’est-ce qui est important dans ce boulot alors ?

Il faut être diplomate, ne pas aller voir un joueur si on ne le sent pas d’humeur. Presque personne ne m’a refusé une interview. Même les gens les plus compliqués : Djibril Cissé ne parlait pas à tout le monde mais il m’a toujours parlé. Sur un match de l’OM, Mamadou Niang m’a lancé un « qu’est ce que tu veux toi ? ». Je me suis assis à côté de lui, tranquillement. Il s’est calmé, m’a dit un mot à l’antenne et est venu me voir à la fin du match en me tendant son maillot et en me lâchant : « toi, tu as tout compris ». Je n’ai jamais eu de problème grâce à mon élégance qui est de parler des autres et pas de moi. Que l’on m’identifie comme un journaliste décalé, ça me plaît bien.

Comme quand vous doublez l’entraîneur du Barça Luis Enrique en imitant un Espagnol qui parle français…

Je suis allé dans la cabine où j’ai pris cet accent devant des collègues et des stagiaires. (Il nous rejoue la scène). Quand je suis sorti, ils étaient tous bidonnés. Je ne voulais pas que ça passe à l’antenne, mais tout le monde a insisté. J’ai dit « attendez les gars, je vais me faire démonter sur les réseaux sociaux ». J’ai accepté, et ça s’est bien passé. A 90 %, on m’a dit « ça, c’est l’humour ». Hanouna a lâché un « ça c’est mon Dany la Mèche, c’est du cinquième degré ».

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Il vous plaît ce surnom d’ailleurs ?

Oui, et j’en ai plusieurs d’ailleurs. J’ai « Dan Lauc », la contraction de mon nom. Il y a aussi « Dan Clearwater », que j’avais lâché à Martina Navratilova à Roland-Garros. Sinon, comme je suis un gosse de riche et que je roule en Ferrari, on m’appelle Brett Sinclair (l’un des héros de la série TV Amicalement vôtre). A Stade 2, ils avaient parlé de moi avec la musique de la série.

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Qu’est-ce que vous voudriez que les téléspectateurs pensent de vous mercredi soir ?

Que j’étais professionnel, grand serviteur du service public et généreux. Je donne tous mes livres de sport aux enfants handicapés à Garches depuis trente ans. Un jour, Michel Platini est venu leur rendre visite et a refusé la présence de journalistes. Les enfants lui ont demandé une faveur : on voudrait en voir un seul, c’est Daniel Lauclair. Michel a accepté. Les enfants, c’est ça. Rien d’autre à ajouter.