Euro 2016: Franchement, ce serait beaucoup trop injuste que l’Italie se fasse sortir maintenant

FOOTBALL L'Italie a terminé première de son groupe, tout ça pour rencontrer l'Espagne en 8e de finale...

Nicolas Camus
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La joie des Italiens après leur victoire contre la Suède à l'Euro, le 17 juin 2016.
La joie des Italiens après leur victoire contre la Suède à l'Euro, le 17 juin 2016. — Andrew Medichini/AP/SIPA

Alors ça, c’est ballot. En début d’Euro, on ne donnait pas très cher des chances de l’Italie. La Squadra n’était pas dans la meilleure période de son histoire en termes de potentiel, elle devait en plus faire sans ses deux seuls joueurs frissons - Verratti et Marchisio - et son groupe, avec la Belgique, la Suède et l’Irlande, n’était vraiment pas le plus simple.

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Mais elle a battu son plus gros rival d’entrée pour voguer tranquillement vers la première place, avec en point de mire un 8e de finale abordable pour débarquer en quarts de finale, une terre où tous les espoirs sont permis. Et là, la tuile. L’Espagne fait deuxième et se retrouve sur son chemin (alors que la Belgique affronte la Hongrie…). C’était sûrement ce qui pouvait arriver de pire. L’opposition de style est flagrante, et personne n’a envie de voir les vilains Italiens qui jouent défensif battre les beaux Espagnols qui font si bien vivre le ballon. Vraiment personne ? Si, nous.

Ce qu’a construit Conte, c’est énorme

L’Italie n’a pas de stars, hormis papy Gigi Buffon, mais c’est peut-être mieux comme ça. « Notre fuoriclasse, ce doit être le jeu collectif », disait Antonio Conte avant le début de la compétition. C’est peu dire qu’il a réussi. Joueurs, ex-joueurs, collègues, tous n’ont que des éloges à faire sur le boulot abattu par l’ancien coach de la Juventus depuis sa prise de fonction suite au catastrophique Mondial 2014. Alain Giresse le compare à Diego Simeone pour ce qu’il parvient à insuffler à son équipe, et ce n’est apparemment pas du vent. « Il sait te transmettre la détermination et le caractère qui font sa force », fait valoir le défenseur Mattia De Sciglio. Quitte à finir en sang.

Exigence, le maître mot. Paul Pogba avait raconté un jour qu’à Turin, Conte pouvait rester plus d’une heure à travailler avec l’équipe un seul mouvement collectif, jusqu’à ce qu’il soit parfait. « Il a la capacité de te faire mémoriser des trucs, des phases de jeu qui t’aident », ajoute De Sciglio. Et de te faire cavaler jusqu’à l’évanouissement. « Ce serait dommage que ça ne marche pas après avoir tant couru », résume Daniele De Rossi en se marrant. Et avant que Conte ne s’en aille à Chelsea, après l’Euro…

Reconstituer un duo d’attaquants de Série B, il fallait le faire

Restons sur le sélectionneur italien encore quelques instants. L’époque des Del Piero, Inzaghi, Totti ou Vieri révolue, celle des Balotelli et Cassano mort-née, il a fallu se débrouiller pour trouver une attaque correcte. Et il n’y avait sûrement que Conte pour croire en Pellè et Eder, deux mecs qui ont joué ensemble… en Série B, à la Sampdoria, en 2011-2012 (4 buts chacun cette saison-là). Aujourd’hui, le premier évolue à Southampton, le second à l’Inter, où il sort de six mois horribles. « Beaucoup de mes choix ont essuyé des critiques, rappelle Conte. J’ai misé sur des joueurs mais également sur des hommes. » Et voilà le travail. Le but de la qualif’face à la Suède, c’est Eder. Et il est beau.

La défense de la Juve, ce bonheur

A ce niveau, c’est de l’art. Buffon dans les buts et le trio Chiellini, Bonucci, Barzagli devant lui constituent la meilleure défense d’Europe. Ça ne court pas vite mais c’est intestable dans les airs, ça n’est pas jamais hors de position et au pire ça fait la faute qui va bien. Bref, ça fait cinq ans qu’ils terrorisent tous les attaquants de Série (22 buts encaissés en moyenne en 38 matchs depuis 2011), et ils sont aujourd’hui à point pour porter l’Italie très loin.

Les mecs sont expert en mettage de pression. La perspective de jouer face à leur futur ex-coéquipier espagnol Morata a inspiré Barzagli et Chiellini. « S’il va du côté de Giorgio (Chiellini) il sait qu’il risque de prendre une ou deux semelles ! », se marre le premier. « Il est arrivé chez nous comme un gamin, et en deux ans il a beaucoup appris sur les plans tactique et humain, dit le second. S’il a autant progressé, c’est grâce à nous. » Donc n’oublie pas d’où tu viens, gamin.

C’est tellement kiffant ces buts qui viennent de nulle part à la fin

Ce n’est pas nous, Français, qui allons dire le contraire. Claquer des buts à la 87e quand plus personne n’y croit, il n’y a pas mieux question émotions. Le but contre la Suède qu’on vient de voir est un modèle du genre. Le second pour crucifier les Belges nous a arraché un petit cri d’extase à notre insu. Non, franchement, des contres comme ça on n’en fait plus.

Ce n’est pas l’Espagne et sa passe à dix pendant une heure trente dirigée par un mec translucide qui nous fera autant vibrer.

Une demi-finale France-Italie quoi !

On reste sur deux échecs cuisants face aux Italiens en phase finale de grande compétition, en 2006 et 2008. Alors ça va bien maintenant. Si l’Italie doit se faire sortir, c’est en demi-finale, et par les Bleus. Rien d’autre ne serait recevable devant le TSTIS de 20 Minutes (mais si, vous savez, le très subjectif tribunal international du sport de 20 Minutes).

Bonus : « Fratelli d’Italia », le plus bel hymne du monde

On vous prévient, si l’Italie sort face à l’Espagne, vous n’aurez plus le droit à ça. C’est vraiment ce que vous voulez ??