Euro 2016: A Lourdes, les pèlerins italiens sont des tifosi (presque) comme les autres

FOOT ET RELIGION Vendredi à Toulouse, l’Italie jouera son deuxième match de l’Euro contre la Suède, et à 170 km du Stadium, des pèlerins soutiendront la Squadra Azzurra depuis Lourdes…

Nicolas Stival

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Des pèlerins italiens transportés à Lourdes par l'Unitalsi, le 2 octobre 2014.
Des pèlerins italiens transportés à Lourdes par l'Unitalsi, le 2 octobre 2014. — F. Fourcade / Sipa

Chaque année, environ six millions de pèlerins se rendent à Lourdes dans les Hautes-Pyrénées. Parmi eux, environ 30 % d’Italiens, venus prier la Vierge Marie qui serait apparue à la jeune Bernadette Soubirous dans la grotte de Massabielle, en 1858. Leur ferveur religieuse s’accompagne souvent d’une passion profane pour le foot et la Squadra Azzurra. En cette période d’ Euro 2016, les deux sont parfaitement compatibles, comme le détaille Gaetano Pepe, chargé de communication de l’Unitalsi (Union nationale italienne de transports de malades à Lourdes et dans les sanctuaires internationaux).

Des écrans pour Italie – Suède

Chaque année, l’Unitalsi fait voyager 70.000 pèlerins italiens. A Lourdes, le Salus Infirmorum les accueille juste à côté du sanctuaire. Comme lundi pour Italie – Belgique (2-0), ce bâtiment de 348 places se transformera en petite fan-zone, vendredi lors du match de la Squadra contre la Suède. « Le foot, c’est le sport national chez nous, explique Gaetano Pepe (32 ans), lui-même tifoso de Naples. Beaucoup de pèlerins qui arrivent nous demandent de regarder l’Euro, essentiellement des hommes. Cela représente 50 % des personnes, voire 60 %. Nous avons beaucoup d’écrans pour qu’ils puissent le faire. » Lors de la finale Espagne – Italie (4-0) de 2012, un écran géant avait même été installé pour quelque 300 personnes, malades et accompagnateurs.

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Le football, un moyen de « communion » et de « fête » avec les malades

L’Unitalsi fait voyager des enfants, des adultes, mais surtout des personnes âgées, en fauteuil roulant et/ou atteints de très graves pathologies. « Certains font leur dernier voyage, il y en a même qui meurent à Lourdes. Mais ce sont des gens comme les autres. Il faut leur parler de foot, cela favorise la communion. » Le Salus Infirmorum abrite un bar habilité à servir de la bière. « Ce n’est pas interdit d’en boire ! Nous savons qui peut consommer de l’alcool et qui ne le peut pas. Mais on doit faire la fête tous ensemble. L’objectif premier est le pèlerinage, bien sûr. Mais nous sommes là pour amener de la joie. Si cela passe par les matchs de foot, pourquoi pas ? »

Des horaires de prières aménagés en fonction des matchs

Messes, visites aux sanctuaires… La vie des pèlerins à Lourdes est scandée par des cérémonies aux horaires bien déterminés. Mais en cas de match, il y a une possibilité officieuse de dispense. « Les gens sont là pour environ une semaine : deux jours de transports (en train surtout) et quatre jours sur place. Ils peuvent faire par exemple la procession aux flambeaux pendant trois jours et le quatrième, ils regardent le match. Et si quelqu’un nous demande de l’amener à la grotte après la rencontre, on le fait. Nous sommes au service des malades. »

Buffon, ce héros national

Campanie, Lombardie, Toscane… Toutes les semaines, le Salus Infirmorum reçoit des pèlerins de régions différentes. « Lors de la saison de Serie A, les malades demandent souvent de regarder le match de leur équipe le dimanche. Pendant l’Euro, l’union se fait autour de l’équipe nationale. Mais un fan du Napoli, par exemple, regardera surtout (Lorenzo) Insigne. » L’iconique gardien de la Juventus Turin Gianluigi Buffonfait toutefois l’unanimité. « C’est le porte-drapeau de l’Italie. » Si les hommes d’Antonio Conte confirment contre la Suède leur bon départ, la ferveur ira croissant, à Lourdes comme de l’autre côté des Alpes. « Avant le match contre la Belgique, on se demandait pourquoi on était allés à l’Euro et si on n’aurait pas mieux fait de rester chez nous, sourit Gaetano Pepe. Depuis ce succès (2-0), on a beaucoup d’espoir. »

Des familles de joueurs très discrètes

Les parents de Francesco Totti, la sœur de Fabio Cannavaro… Comme beaucoup d’Italiens, les proches de joueurs font ou ont fait le pèlerinage de Lourdes. « Ils restent très discrets et ne disent pas qui ils sont. Ils préfèrent éviter car souvent, les malades leur demandent quelque chose qui appartient aux joueurs. » Des reliques en quelque sorte, mais bien éloignées du culte marial qui continue à faire la célébrité de la petite ville des Hautes-Pyrénées.