TPMP: Gilles Verdez, de plume respectée à bouffon d’Hanouna, est le «schizophrène» du PAF

FOOT/TELE Le chroniqueur a eu plusieurs vies avant de devenir le punching-ball de Joey Starr…

B.V.

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Gilles Verdez sur RTL, en 2010
Gilles Verdez sur RTL, en 2010 — REAU ALEXIS/SIPA

On a du mal à imaginer à quoi doit ressembler l’onglet « notifications » du Twitter de JoeyStarr depuis mardi soir. Sans doute quelque chose à mi-chemin entre le flot d’insultes des « fanzouzes » et les saillies moralistes des indignés du clavier. Il faut dire que le rappeur-boxeur a commis l’irréparable : s’attaquer à un membre de la « famille TPMP ». En l’occurrence, le chroniqueur Gilles Verdez, ancienne sommité de la presse sportive devenue star de la plume dans le cul chez Hanouna.

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Rien de péjoratif : Verdez joue le rôle de bouffon qui ose tout dans l’émission la plus populaire du moment. Ce qui l’a amené à fondre en larmes après une hypnose en plein direct, à danser presque nu avec son sosie naturiste, à être expulsé d’un canon façon Baron de Munchhausen et donc à apporter une pizza à JoeyStarr avec une perruque sur la tête. On dit « le rôle » parce que Gilles Verdez n’est pas né victime consentante d’Hanouna. Reporter à L’Equipe (96-99), chef des sports du Parisien (99-09), directeur adjoint de la rédaction de France Soir (09-12), une dizaine de bouquins sur des sujets allant de Valls à Benzema, son CV impose un certain respect.

C’est d’ailleurs pour ça que beaucoup de ses anciens collègues refusent de parler de lui. « Je n’ai pas envie d’en dire du mal », nous confie l’un d’eux, visiblement gêné par ce que le personnage « touchant » qu’il a connu est devenu. Après une dizaine d’échecs, le journaliste Vincent Machenaud accepte de nous parler du Verdez d’avant.

« Il était une posture à lui tout seul »

« C’est un bon journaliste, très intelligent, brillant, avec une grosse capacité de travail, décrit Machenaud, grand reporter à France Football de 1993 à 2014. Déjà, quand je l’ai connu, on sentait en lui qu’il avait moins de scrupules que certains, qu’il allait au bout de ses convictions, même si personnellement je ne les partage pas. Je me souviens qu’un jour il avait demandé à Christophe Revault (ex-gardien du PSG) s’il pensait mériter un statut particulier. Revault, qui avait visiblement mal compris, répond : "Oh je ne pense pas qu’on doive m’ériger une statue." Et Gilles avait écrit la réponse telle quelle dans le journal le lendemain. »

Collègues dans le groupe L’Equipe, les deux hommes se sont aussi côtoyés dans l’émission de foot culte du début des années 2000 présentée par Eugène Saccomano, On refait le match. Verdez y faisait déjà le show, entre contre-pieds permanents, avis péremptoires et polémiques faciles, et y a gagné le surnom du « Procureur ». « Il était une posture à lui tout seul, poursuit Machenaud. Ça nous faisait rire, il était la star de l’émission. Mais il était assez froid finalement, ses colères étaient des colères de comédiens. Il a toujours eu un côté démago, il savait qu’il devait faire plaisir au plus grand nombre. Il recherchait la célébrité, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure. »

Un de ses anciens journalistes à France Soir confirme : « Il n’était jamais dans le conflit mais avait toujours ce goût pour les débats. Chaque semaine on organisait un court face-à-face en vidéo entre lui et un collègue des sports sur un sujet d’actualité, il arrivait sans fiche et tenait la baraque 10 minutes tout seul s’il le fallait, sur n’importe quel sujet. Il savait sentir l’info, la polémique qui allait faire parler le lendemain. Et comment la vendre. »

C’est d’ailleurs cet amour de la mise en scène qui a frappé le journaliste Arnaud Ramsay la première fois qu’il a rencontré Verdez. C’était à la Coupe du monde 2002 et celui qui était alors patron des sports du Parisien avait demandé à toute la presse française d’être solidaire d’un de ses journalistes dont l’accréditation avait été retirée plus ou moins injustement par le staff des Bleus. « J’ai vu derrière l’excellent journaliste ce côté anodin, pas banal, risque tout, un peu provoc. »

« Il me disait qu’il n’était pas dupe de tout ça »

Quelques années plus tard, Ramsay sera engagé par Verdez à France Soir. « Un bon chef, intelligent, cultivé, assez secret et un peu soliste », note-t-il. Autant dire que le malaise fut total quand, il y a peine quelques semaines, Ramsay explique avoir été menacé au téléphone par Cyril Hanouna pour un retweet sibyllin. Une plainte est déposée, le Web explose. Verdez n’appelle pas son ami, avec qui il a pourtant écrit un livre, et finit même par se décommander d’une émission de foot où les deux hommes devaient partager le micro.

« Je n’attendais rien mais ça m’a surpris, je pensais qu’il faisait la part des choses, explique Ramsay. Sans doute n’a-t-il pas voulu se mettre mal vis-à-vis d’Hanouna. On parlait régulièrement de TPMP et il me disait qu’il n’était pas dupe de tout ça. Je ne peux pas croire qu’il cautionne tout ce qu’il y fait. Je crois qu’il s’est fait un peu vampiriser par tout ça… Hanouna a su pousser à fond le personnage du "Procureur" que Verdez était chez Saccomano pour en faire un personnage de télé. »

Et pourtant, il y a à peine un mois, Verdez-la-double-personnalité publiait un livre bien bossé sur Le système Benzema. Sur Europe 1 et dans d’autres médias, il donne aussi régulièrement son avis (tranché mais jamais à côté) sur l’actualité du foot. Sans plume dans le cul. Ramsay : « Il a un côté schizophrénique, je me demande comment il arrive à gérer les deux rôles. » Sans doute s’est-il lui-même posé la question mardi soir, l’arcade couverte de sang.

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