Manchester-City-PSG: Le petit guide du Yaya Touré, la grande diva des Citizens

LIGUE DES CHAMPIONS Absent à l’aller, l’Ivoirien va disputer le quart de finale retour contre les Parisiens mardi…

Romain Baheux

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Yaya Touré lors de Manchester City-WBA le 9 avril 2016.
Yaya Touré lors de Manchester City-WBA le 9 avril 2016. — Matt West/BPI/Shutterst/SIPA

En voyant Yaya Touré effectuer son retour de blessure samedi contre West Bromwich Albion, on s’est dit que ça aurait été dommage que le milieu de Manchester City soit complètement absent du choc contre le PSG dont il a manqué la première manche. Non pas parce que ça nous embêtait d’annuler ce papier (encore que) mais surtout car le milieu de terrain a le côté attachant des grandes divas de ce sport : imblairable parfois, solitaire souvent, sûr de son talent toujours. Petit guide pour bien comprendre Yaya Touré avant ce quart retour de Ligue des championsmardi.

Prendre son temps le matin

Amateurs de grasse matinée, Yaya Touré vous soutient. Mieux, il vous représente au plus haut niveau. Partout où il est passé, le milieu de terrain a traîné sa réputation de gros dormeur, facilement irritable dans les heures qui suivent la sonnerie du réveil. « On va dire qu’il lui faut le temps de se mettre en route », se marre Manuel Dos Santos, qui a connu l’Ivoirien durant son bref passage à Monaco (2006-2007). « Il est un peu fainéant mais c’était encore pire quand les séances sont programmées le matin, poursuit Vahid Halilhodzic, ex-sélectionneur des Elephants. Là, il peut se montrer négligent. »

Ne pas user sa salive

« Didier Drogba était très impliqué dans la vie sociale de l’équipe, lui nettement moins. Il ne voulait pas trop se mêler de ce qu’il se passait autour de lui. » Dans le vestiaire des Ivoiriens, coach Vahid a longtemps tenté de forcer la nature peu expansive de son joueur afin d’en faire un taulier qui hausse le ton. Peine perdue.

« Ce n’est pas un ambianceur, il reste dans son coin et il fait ce qu’il a à faire, explique son ancien partenaire à Monaco. Ça ne veut pas dire qu’il ne parle pas s’il a quelque chose à dire mais c’est juste quelqu’un de tranquille et d’assez solitaire. » « Au bout d’un moment, tu comprends juste que ça ne sert à rien de le forcer à être plus sociable, explique Halilhodzic. C’est dans son caractère. »

Ne pas être pote avec tout le monde

La scène résume totalement les relations de Yaya Touré avec le vestiaire mancunien. Dimanche 28 février, l’Ivoirien inscrit le tir au but qui offre la Coupe de la Ligue aux Citizens. Le joueur agite son maillot en l’air, sprinte vers ses partenaires et se retrouve à fêter son fait d’armes seul avec Fernandinho, tous les autres préférant aller enlacer leur gardien Willy Caballero. Dans le vestiaire, il snobe la photo de joie collective, où on le voit finir sa boisson en faisant la gueule dans son coin. Ça ne l’empêche pas d’être respecté à City, dont il est le capitaine en l’absence de Vincent Kompany, où ses partenaires soulignent à qui mieux mieux son importance.

En vouloir à Pep Guardiola

Quand on vous annonce que l’entraîneur le plus en vue du monde vous coachera la saison prochaine, vous avez plutôt tendance à vous montrer impatient. Pas Yaya Touré. Pour une raison simple, il est fâché avec Pep Guardiola, l’homme qui lui a fait gagner une Ligue des champions en 2009 avant de le virer du Barça un an plus tard. C’était il y a six ans mais l’Ivoirien est rancunier. « Il pouvait se braquer pour une réflexion, raconte Dos Santos. Avec ceux qu’il aime bien, il finit par revenir et par oublier mais si c’est quelqu’un qui ne l’apprécie pas, ça se passe moins bien. »

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En janvier, son agent russe Dimitri Seluk s’était chargé de tailler un costard au Catalan, dont l’arrivée en Angleterre la saison prochaine n’avait alors pas encore été annoncée. « Pep est un grand entraîneur mais il a été champion avec le Barça et le Bayern Munich. La vérité, c’est que mon grand-père l’aurait fait aussi car ce sont de grands clubs avec de grands joueurs. » Il y a une semaine, c’est lui qui s’est chargé de confirmer ce à quoi tout le monde s’attendait : le départ de son poulain cet été. Non, il n’y aura pas de réconciliation.

Tenir à son anniversaire

Mai 2014, Manchester City se retrouve plongé en pleine crise deux jours après son deuxième titre de champion d’Angleterre en deux ans. Une démission du coach ? Un scandale de corruption ? Une sombre histoire de dopage ? Bien pire. Les dirigeants du club ont commis l’horrible impair d’oublier de fêter l’anniversaire de la star le 13. Vexé au plus profond de son être, le joueur annonce par l’intermédiaire du truculent Seluk sa volonté de partir. De son côté, le club affirme pourtant que l’Ivoirien a eu droit à son gâteau dans l’avion les menant à Abu Dhabi où la bringue du sacre se déroule. Réponse de l’agent : « Il a eu un gâteau mais Roberto Carlos a eu droit à une Bugatti à l’Anzhi ».

Si Yaya Touré reste finalement à Manchester, l’affaire est prise très sérieuse un an plus tard. En conférence de presse, Manuel Pellegrini appelle le club à « tirer les leçons du passé » et à ne pas oublier les 32 bougies du milieu. L’intéressé aura droit à son tweet du compte officiel de City mais se fera copieusement vanner sur les réseaux sociaux. Vivement le 13 mai.

Etre sûr de son talent

Et si on parle ballon ? Ben évidemment, c’est très fort Yaya Touré. « Balle au pied, il n’était jamais embêté, glisse Manuel Dos Santos. Ce qui m’impressionnait le plus, c’est sa capacité à casser les lignes. Il partait du milieu du terrain, il était inarrêtable. » Un joli talent qui lui a permis d’inscrire vingt pions en Premier League en 2014. Si son influence a un peu diminué, c’est quand même le genre de bonhomme dont on ne se passe pas pour un quart de C1.

« Il ne doute pas, poursuit son ancien équipier. Il sait ce dont il est capable. » Trop peut-être, même s’il n’a pas le talent d’un Samuel Eto’o ou d’un Zlatan dans le domaine du boulard. En janvier, l’attribution du Ballon d’Or africain au buteur de Dortmund Pierre-Emerick Aubameyang à son détriment malgré la victoire de la Côte d’Ivoire à la dernière CAN l’a profondément irrité. « C’est la honte de l’Afrique. Nous (les Africains) privilégions plus l’extérieur que notre propre continent. C’est ça, ce qui lamentable. » Ou d’oser affirmer qu’un autre joueur le mérite plus que lui, selon le point de vue.