Les supporters de Bradford à Stamford Bridge, le 24 janvier 2015.
Les supporters de Bradford à Stamford Bridge, le 24 janvier 2015. — Francesca Ceciarini/SIPA

FOOTBALL

VIDEO. PSG-Chelsea: Pourquoi le racisme est souvent le douzième homme des Blues, et depuis longtemps

Les supporters de Chelsea sont souvent concernés par des incidents racistes depuis les années 70...

«Ces personnes, ces supporteurs anglais, doivent être retrouvés, punis et doivent être enfermés. Ce qui s'est passé ne doit pas rester impuni». Ainsi parle, dans Le Parisien, le fameux passager du quai Richelieu Drouot, repoussé du métro par des fans anglais au motif de sa couleur de peau. Son nom est Souleymane. Il y a 40 ans, Souleymane s’appelait Ronald Shillingford. Avant de devenir journaliste, puis écrivain, Ronald était supporter de Chelsea, mais pas n’importe lequel.

Noir et supporter de Chelsea, une rareté, à l’époque. C’est pour ça qu’il a pris le temps de répondre à 20 Minutes. «Le racisme était monnaie courante à Stamford Bridge. Les cris de singe pour accueillir un joueur noir de l’équipe adverse, cela arrivait tout le temps. Moi? Je n’ai jamais eu de problèmes sérieux, à part quelques noms d’oiseau et un peu d’hostilité.»  

«Les cris de singe, ça arrivait tout le temps»

Ronald manie bien l’euphémisme. Pour saluer sa témérité, les Chelsea headhunters, son groupe d’adoption, lui avaient dédié un chant douteux. Les «headhunters», ce sont «les chasseurs de tête», les hooligans les plus durs des Blues, qui n’ont pas donné leur part au chien, par exemple, lors du dernier «fight» avec les supporters parisiens lors du match de l’an passé.

Cette fois-ci, promis, juré, ils n’y sont pour rien. «Aucun de mes amis ne sait de qui il s’agit», jure Jason Marriner, un ancien leader des «chasseurs de tête». Ancien, parce qu’il a été banni de stade, 18 ans en cumulé, après un (long) passage par la case prison. «Ce sont des fans de Chelsea, poursuit-il, mais personne ne sait à quel groupe ils appartiennent, pas aux headhunters en tout cas.» Jason, qui écrit aujourd’hui des bouquins sur son sulfureux passé – son autobiographie Kick the rabbit va sortir en avril - a accepté de nous parler car il dit s’être assagi.

Cela ne transpire pas dans sa version de l’incident, qui ne diffère guère de celles entendues jusque-là chez les supporters des Blues. «Si la personne avait été blanche, ça se serait passé de la même façon. Tout le monde dit que les supporters de Chelsea sont racistes, mais il y a de noirs parmi eux, certains joueurs sont noirs, notre président est juif, tout ça est faux». Pas tout à fait quand même. Selon le ministère de l’Intérieur britannique, Chelsea était encore en 2012 le club le plus touché par les incidents racistes en tribune, même si plus personne ne jette des bananes sur les joueurs noirs qui s’échauffent le long de la touche, comme cela est arrivé à Paul Canoville, le premier joueur de couleur à avoir évolué chez les Blues. «Ce qui s’est passé est tout sauf une surprise. Chelsea a toujours été suivi par un noyau dur de fans racistes, liés au British National Front, le parti d’extrême-droite britannique» rétorque Shillingford.

 

 

«Chelsea a toujours été suivi par un noyau dur de fans racistes»

Le parallèle est moins vrai aujourd’hui: Chelsea, comme d’autres clubs anglais, a tapé très fort sur les hooligans dans les années 90, à l’image de Marriner, rattrapé par la justice après un travail d’investigation mené par un célèbre journaliste anglais. «Le club a fait de son mieux pour éradiquer la violence et le racisme des tribunes, assure Shillingford. Mais cet incident, comme l’affaire Terry il y a quelque temps, montre qu’il existe toujours un moyen pour certains fans de démontrer leur ignorance».

Accusé d’avoir proféré des insultes racistes à l’égard de Anton Ferdinand, le capitaine des Blues avait été soutenu par toute la famille du foot anglais. Une partie des fans de Chelsea, pas en reste, avait apporté son écho avec un chant transparent: «Anton Ferdinand, you know what you are, you know what you are». Un triste préalable à l’affaire Richelieu-Drouot.