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Les Français auront-ils vraiment la place pour claquer une étape ?

Tour de France 2025 : « Très forts » mais trop justes, Les Français auront-ils vraiment la place pour en claquer une ?

essaye encoreRemarquables collectivement sur une étape qui favorisait leurs desseins, les Français ont buté sur un plafond de verre qui risque de les freiner pendant trois semaines
Julien Laloye

Julien Laloye

L'essentiel

  • Les coureurs français ont fait bonne figure lors de l’étape avec plusieurs places dans le top 10, mais cela n’a pas suffi pour monter sur le podium face à des coureurs comme Pogaçar et Vingegaard qui dominent la compétition.
  • Kevin Vauquelin était le plus proche, mais il n’a pas été relayé alors qu’il avait pris quelques longueurs d’avance dans les deux derniers kilomètres.
  • Un scénario qui risque de se répéter les prochains jours, avec des Français placés mais jamais gagnants.

Romain Grégoire 4e, Julian Alaphilippe 5e, Aurélien Paret-Peintre 7e, Kevin Vauquelin 8e. La fine fleur du cyclisme français au rendez-vous sur le terrain de jeu qui lui convient le mieux. Et pas pour sucer les roues. On a vu Grégoire faire rouler Groupama avant la terrible rampe d’Outreau, puis assumer en suivant jusqu’au bout les aliens du peloton, aka Van der Poel, Pogaçar et Vingegaard.

On a vu Vauquelin tenter sa chance à plusieurs reprises dans les cinq derniers kilomètres, notamment lors des rares temps faibles, pour surprendre - en vain - les favoris. On a même vu Julian Alaphilippe, pourtant à la ramasse samedi et bien pris des bronches, placer une banderille dans les 500 derniers mètres, histoire de voir qui répondait derrière. Bref, rien à reprocher à personne, bien au contraire.

Des puncheurs de premier plan, mais pas au bon moment

Mais voilà, ça ne suffit même pas pour faire podium, et cela raconte une fatalité assez déprimante pour le cyclisme français : nos meilleurs coureurs du moment, les seuls à pouvoir lever les bras avec un plateau de ce niveau, sont d’excellents puncheurs, et si on devait dessiner un profil pour les faire gagner, l’arrivée à Boulogne ressemblerait au parcours idéal. Enfin, le parcours idéal si Pogaçar et Vingegaard n’étaient pas de ce monde évidemment.

Exonérons ici le Danois, qui ne fait que suivre le môme hyperactif qui termine devant lui à chaque fois. Il est sans doute celui qui consentirait le plus facilement à laisser des miettes au bas peuple, mais que voulez-vous il se sent obligé de surenchérir. C’est ainsi, sans doute, qu’il faut lire la décision de Jorgenson de ne pas relayer Vauquelin, alors que les deux hommes avaient créé un petit écart à deux kilomètres de l’arrivée, ce que le Français a eu du mal à digérer :

« « Je ne comprends pas. On sort avec Jorgenson. Pourquoi il ne veut pas rouler avec moi ? Je ne sais pas. C’est à chaud, faut pas que je dise de bêtises. C’est dommage, j’étais très fort. Si on sort à 2 ou 3, ça peut aller au bout. Je suis frustré. » »

Et nous avec, d’autant que contrairement aux années précédentes, Mathieu Van der Poel s’est pointé bien luné au grand départ. Le petit-fils de Raymond en avait sans doute marre de faire comme papy et collectionner les places d’honneur (et les défaillances) depuis sa première et seule victoire il y a quatre ans. La manière dont il a fait mumuse avec le chien fou Pogaçar lors du sprint en montée de dimanche laisse augurer de belles empoignades jusqu’à dimanche prochain, avant que la haute montagne ne le renvoie dans ses pénates. Le problème ? D’ici là, il chassera exactement les mêmes étapes que nos petits bleus, et maintenant qu’il a le maillot jaune sur les épaules, on peut penser qu’il se verrait bien le garder une bonne semaine

Van der Poel, le cador de trop

« J’ai attendu quatre ans, mais de nouveau je gagne. Je savais qu’aujourd’hui je pouvais l’emporter après avoir travaillé pour Philipsen hier. Le maillot jaune, c’est un joli bonus. Au-dessus de 200 kilomètres ça me correspond mieux, ça ressemble à des classiques ». Celle de mardi, qui nous fera traverser le Normandie jusqu’à Rouen, ne fait que 174 bornes. Mais avec quatre rampes à 10 % de moyenne pour les plus revêches, on voit mal comment échapper à un épisode 2 avec les mêmes acteurs dans le même ordre, même si Vauquelin, qui n’a que dix secondes de retard au général, va y retourner devant sa famille.

Entretemps, les Français, qui n’ont plus sorti un sprinteur de renom depuis le duo Bouhanni-Démare, resteront au chaud, le temps que Magnier et Penhoët se fassent les dents, sans se faire trop d’illusions non plus à long terme. Pour ce qui est du général, inutile de s’appesantir, même un fond de top 10 mériterait une canonisation papale pour le bienheureux. En résumé ? On est déjà en train de brûler nos meilleurs vaisseaux, mais la marine adverse a dix ans d’avance.