Coupe du monde de rugby: On a essayé d’espionner les Bleus, et ça a failli se terminer au poste

RUGBY « 20 Minutes » a enquêté pour essayer d’avoir la composition des Bleus avant tout le monde…

Julien Laloye

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Les Bleus lors d'un entraînement au Millenium de Cardiff.
Les Bleus lors d'un entraînement au Millenium de Cardiff. — FRANCK FIFE / AFP

De notre envoyé spécial à Cardiff,

9h30 le matin, plus tôt dans la semaine. Le fond de l’air est un peu frais, mais le soleil éclaire déjà ce bout de campagne galloise, à une petite demi-heure de Cardiff. Cela nous fait penser que la mauvaise réputation de la météo britannique est surfaite : il a dû pleuvoir une fois depuis qu’on est arrivés au Pays de Galles. Un peu plus loin en contrebas, le terrain de rugby du Lycée de Newport, où les Bleus doivent s’entraîner et Saint-André peaufiner son XV de départ d’ici une heure, à l’abri des regards. Enfin à l’abri du regard des autres. On est assez fier de nous, à vrai dire. Une visite de repérage, la veille au soir, nous a permis de tomber sur un plan en or. Ou plutôt en béton. Un lotissement en construction, le « Foxglove meadows », si l’on s’en réfère à l’agence immobilière chargée de vendre le rêve d’une vie familiale douce et heureuse loin des tracas de la ville.

Excusez-nous, on cherche Eva Longoria ?

Ce Wisteria Lane de briques rouge typiquement galloises ressemble encore à une ville fantôme où se côtoient les premiers arrivés, déjà partis au bureau, et les dernières maisons en chantier. On a trouvé exactement celle qu’il nous fallait, juste en face de l’objet de nos désirs. Fenêtre orientée à la perfection, vue dégagée jusqu’à Paris, électricité installée pour l’ordinateur, on se dit que le métier de paparazzi, c’est du tout cuit. Il ne peut rien nous arriver, on s’est mis d’accord avec la vendeuse immobilière, qui nous a dit de nous installer avant de partir en visite. Sauf qu’il y a dû avoir un malentendu avec le contremaître du chantier, beaucoup moins réceptif à l’idée de voir un journaliste squatter une maison en travaux. Le dialogue est poussif, mais on comprend l’essentiel : faut dégager, et plus vite que ça. La voiture aussi ? La voiture aussi. Dommage, on ne voyait pas si mal depuis la plage arrière.

Quand on a cru être le roi du pétrole

Snif…

L’espoir ne s’envole pas pour autant. Il y a bien un lecteur de John Le Carré dans le voisinage qui sera sensible à notre mission d’espionnage de la plus haute importance.. Enfin, peut-être. La première réponse n’est pas très encourageante : « Je gagne quoi en échange ? De l’argent ? ». On va en parler à notre chef, mais on ne travaille pas pour le Sun, monsieur. La deuxième, un peu plus : « Chez moi, hors de question, mais il y a une Française qui habite un peu plus loin, allez-y ». La Française n’est pas là, mais on se rabat sur sa palissade, qui donne déjà quelques signes de faiblesse. Il n’est pas beau ce petit trou, là ? Et en m’aidant de la poubelle, je n’ai pas une vue parfaite sur notre XV de France préféré ? Bon, pas tout à fait, mais ça fera l’affaire. D’ailleurs, on distingue très bien le bonnet de Bastareaud à la jumelle. Comment ça, il n’a pas de chasuble ? Ça voudrait-y pas dire qu’il commence sur le banc ? Le cerveau s’emballe un peu. J’espère que je saurai rester simple une fois que j’aurai reçu le prix Albert Londres, des choses comme ça.

Avec des jumelles, évidemment

Il faut nous imaginer à cheval sur une poubelle

Pourtant, on n’a pas l’habitude de se voir trop beau. Cela nous apprendra. Une dame s’approche par derrière. C’est qu’elle est drôlement équipée pour une voisine. Un talkie-walkie, des menottes, un uniforme… La police dites-vous ? Soit. Ce que je fais ici ? Et bien je travaille ma bonne dame. Pourquoi j’ai des jumelles ? Heu, ben j’espionne, voyez-vous. Les enfants qui courent ? Quels enfants qui courent ? Ah vous parlez du cours de sport à côté ? Si vous avez déjà compris de quoi il en retourne, sachez qu’on a mis un peu plus de temps à réaliser que cette policière nous prend pour un dangereux pédophile. Cela nous fait rire, évidemment. Pas elle.

La nôtre était plus sympa quand même

« Carte d’identité s’il vous plaît ». Oui madame, tout de suite madame. On rajoute la carte de presse, pour se faire bien voir. Appel à la centrale. « J’ai un certain M.Laloye qui dit être journaliste, son histoire est crédible, mais tu peux vérifier dans le fichier ». L’attente est un peu gênante. Nous pensons n’avoir rien à nous reprocher depuis cette sombre histoire de lunettes de soleil volées au collège, mais l’info est peut-être remontée jusqu’à Cardiff. Non, finalement. « Vous pouvez y aller monsieur, mais que je ne vous revois pas dans le quartier, sinon je serai obligée de faire un signalement à l’école ». Une petite photo souvenir pour le reportage ? Oups, c’était en trop ça. On remonte en vitesse dans la voiture, l’entraînement des Bleus se termine au loin, et la compo nous file entre les doigts. Au moins, on ne figure pas dans le fichier des délinquants sexuels de Grande-Bretagne. C’est plutôt rassurant, en y repensant.