Coupe du Monde 2018: «Fanzone dans la chambre 217», on a vécu la finale dans une maternité

FOOTBALL Ils avaient prévu d'aller voir la finale entre amis, devant un écran géant ou dans un bar... Ces jeunes parents, rattrapés par un heureux événement, ont suivi la Coupe du Monde dans des conditions uniques...

Lucie Bras

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Le match est terminé, les fans des Bleus laissent éclater leur joie à la maternité des Bluets.
Le match est terminé, les fans des Bleus laissent éclater leur joie à la maternité des Bluets. — L. Bras/20 Minutes
  • A la maternité des Bluets dans le XIIe arrondissement de Paris, de jeunes parents ont réussi à suivre le dernier match des Bleus.
  • Une chambre a été transformée en fan zone provisoire pour leur permettre de suivre la finale.
  • A la fin du match, ils ont partagé leur joie au terme d’un week-end chargé d’émotions.

Il y a quelques jours, aucun d’entre eux ne pensait se trouver là pour la finale de la Coupe du monde. A la maternité des Bluets, dans le XIIe arrondissement de Paris, une mini fan zone a accueilli les supporters des Bleus, leur permettant de vivre comme il se doit le choc France-Croatie.

La question s’est posée depuis le début de la matinée. « Les papas nous ont demandé comment ils allaient pouvoir voir le match », sourit Sasha, 19 ans, à l’accueil de la maternité, maillot des Bleus sur les épaules. « On se posait la question justement », confirme Sami, 34 ans, père de deux enfants dont une petite Ida, née le 14 juillet.

Deux télés, pas d’image… Le stress de l’avant-match

Il faut l’avouer, ça commençait mal : à une heure du match, sur les deux télévisions de la salle d’attente, aucune ne fonctionne. Tout le monde s’y est mis — même l’auteure de ces lignes, qui a appuyé sur tous les boutons de la télécommande — rien à faire.

Ni une, ni deux, la résistance s’organise. « On installe une fan zone dans la chambre 217 », prévient Sasha. Table à langer et frigidaire à lait maternel… Est-on les seuls à regarder la finale dans une ambiance de nurserie ?

Le personnel de la maternité passe dans les couloirs, drapeau tricolore dessiné sur les joues. Même le médecin-chef. « Je m’en tamponne du foot mais j’ai subi la pression de mes collègues », plaisante Michel Heisert, avant d’admettre qu’il jettera un coup d’œil au score de temps en temps.

Des berceaux et de la bière

Journée particulière aussi pour les sages-femmes, qui ont mis le match en direct dans un coin de leur bureau, pour suivre l’événement pendant les pauses. « Les papas nous en ont tous parlé. C’est particulier pour eux, il y en a même qui ont demandé qu’on les maquille », confie l’une d’entre elles. Entre examens de routine et tétées obligatoires, les mères sont toutefois moins en demande. A ce moment très particulier de leur vie, l’esprit n’est pas au football.

A 17 heures, c’est parti. Au moment des hymnes nationaux, la salle est encore déserte. Elle se remplit peu à peu d’un public hétéroclite : des nouveaux pères, des grands-pères, des futures mères et des jeunes mamans avec leur nouveau-né. Aucun d’entre eux ne veut manquer le deuxième événement le plus important de leur journée. Dans la pièce, la plus jeune supportrice a 24 heures, le plus âgé, 78 ans.

L’ambiance a beau être feutrée, la scène commence à ressembler à n’importe quel bar, l’espace en plus. Un papa s’est même dévoué pour aller chercher de la bière à la mi-temps, avant de déposer une bouteille dans le berceau de sa fille. Pratique.

Un mini-supporter en bleu-blanc-rouge

Deux-un pour la France, ça commence à crier très fort en première mi-temps. Les nouveau-nés découvrent l’ambiance stade de foot. « Il va sans doute y avoir des mots qui vont commencer par "p" et finir par "tain" », prévient Sami. « Ça me stresse », soupire Geneviève, bientôt à nouveau grand-mère.

A la mi-temps, un nouveau couple arrive pour suivre l’événement. Ils ont amené leur fils Paul, 72 heures au compteur et déjà (presque) une victoire en Coupe du monde. Le petit garçon au prénom prédestiné est d’ailleurs habillé en bleu-blanc-rouge. Pas vraiment fans de foot, Pauline et Antoine ont quand même tenu à marquer le coup. Un souvenir pour plus tard.

La deuxième période est plus agréable pour les supporters : le but de Pogba leur redonne du souffle, celui d'MBappé leur donne des ailes. Ça râle lors du deuxième but croate. C’est une fan zone comme les autres, on vous le répète. L’arbitre siffle la fin du match et les supporters laissent éclater leur joie. On ouvre le champagne acheté en vitesse dans un magasin, on parle moitié football, moitié naissance, mais surtout de la joie d’avoir vécu ce moment si particulier. « Ça restera un souvenir inoubliable », dit Geneviève, qui n’en revient toujours pas.

Se détendre avec une victoire avant l’accouchement

A double titre, c’est un week-end peu ordinaire pour ces jeunes parents. « Le football, ça me permet de penser à autre chose. Ça détend, c’est une sorte de fête de famille », explique Maria, qui doit accoucher dans quelques heures. « On avait prévu d’aller dans une fan-zone mais finalement, on a changé de plan », s’amuse son compagnon Damien, 33 ans. « La naissance, ça nous donne du recul sur le match », sourit-il avant de suggérer en plaisantant (à moitié) d’appeler leur fils du prénom du premier buteur français : Antoine.

« C’est plus intime, ce n’est pas les Champs-Élysées », reconnaît Sami, un verre de champagne à la main. Loin de la liesse populaire sous l’Arc de Triomphe, Sami est ensuite allé goûter la victoire à sa manière. Une balade dans la rue, pour prendre un peu l'air et ressentir la liesse collective. Avant de revenir auprès de sa famille tout juste agrandie, dans le silence ouaté de la maternité.