Coupe du monde 2018: «On a lu tous les articles qui disaient qu’on était cuits», attention les Bleus, les Croates sont increvables

FOOTBALL La Croatie, adversaire de la France en finale dimanche, a survécu à trois prolongations pour en arriver là…

Julien Laloye

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Le défenseur croate Vida avec son fils après la victoire contre l'Angleterre.
Le défenseur croate Vida avec son fils après la victoire contre l'Angleterre. — YURI CORTEZ / AFP

De notre envoyé spécial à Moscou,

Entrée directement dans le Top 1 des moments les plus choupinous de cette orgie de football russe : les progénitures blondinettes des joueurs croates Strinic et Perinic qui s’ébrouent sur la pelouse du stade Loujniki plusieurs minutes après la folle remontée de leurs papas, et les 10.000 Croates ayant traîné leur fol espoir jusqu’à Moscou qui acclament chaque but comme si c’était celui de Mandzukic, l’homme qui a délivré tout un pays en prolongations. Une scène qui raconte autre chose. La Croatie est à une marche de devenir championne du monde si elle bat les Bleus dimanche, mais flottait dans l’air des célébrations moscovites l’impression qu’elle a déjà gagné son trophée et que la finale sera le match de trop.

Un match de plus que les Bleus dans les jambes

Il y a un fonds de vrai dans l’affaire. Les Croates défieront la France dans la peau de morts-vivants. Trois victoires après les prolongations ou les tirs au but, à chaque fois après avoir encaissé le premier but. L’hommage du sélectionneur anglais Gareth Southgate. « On savait qu’ils allaient se battre sur tout. Je pensais qu’on irait jusqu’à la séance de penaltys mais ils ont réussi à produire une action qui a conduit à cette frappe de Mandzukic. Avoir réussi à survivre à trois prolongations pour parvenir en finale dit beaucoup de l’équipe que c’est. » Cela dit beaucoup, aussi de ses capacités physiques. Un détail qui n’en est pas un : La Croatie joue son Mondial à onze. Les mecs ont l’air cuitas les bananas au bout d’un quart d’heure, avant de finir comme des avions, sans jamais faire de changements dans le temps réglementaire.

Confidence du sélectionneur Dalic, qui s’est pointé en conf avec le maillot à damier de Rebic sur les épaules :

« Ce qu’ont fait mes joueurs, leur capacité à faire des efforts, leur niveau d’énergie, c’est incroyable. Je voulais faire des changements avant mais personne ne voulait sortir. Tout le monde me disait "je peux continuer !" Je dois remercier mon staff pour le travail qui a été fourni lors de la préparation physique. Des joueurs ont joué ce match avec des petites blessures. Deux joueurs ont joué toute la rencontre sur une jambe, mais ça ne s’est pas vu. »

Déduction d’aveugle : un match de plus dans les jambes et un jour de récupération de moins que la France, ça sent quand même l’explosion de la loco en plein vol dimanche, non ? « Ça peut être un problème d’avoir un jour de moins, mais ça ne nous servira pas d’excuses, promet Dalic. On ne suivra pas ce chemin si on doit perdre. On doit jouer la finale comme si c’était notre premier match de la Coupe du monde ». Un pensum d’hospice contre le Nigéria, de mémoire.

Depuis, la Croatie a montré comment désosser l’Argentine à nos Bleus avant de survivre à son habituel écroulement mental des phases finales. « Au début, il n’y avait pas une totale confiance dans ce qu’on pouvait faire dans le groupe, mais en progressant dans la compétition, ils ont gagné de la confiance, ils sont plus forts sur le plan mental. La façon dont on est revenus au score dans nos matchs, ça montre le caractère de cette équipe. On est une nation fière qui n’abandonne jamais ».

L’autre plus belle équipe du Mondial

Une nation talentueuse, aussi. Pour paraphraser nos amis belges, la France va affronter l’autre plus belle équipe de la compétition en finale à Moscou. Un milieu de terrain doux comme un manteau de vison en hiver, emmené par un Modric au sommet de son art. Enfin, quand il met les cannes en mouvement, rarement avant l’heure de jeu, comme s’il fallait compter les efforts après une énième saison à 60 matchs avec le Real Madrid. Ajoutons que la Croatie n’a pas été épargnée par les pollutions extra-sportives ni par les soubresauts de la vie de groupe, puisque le seul joker offensif décent (Kalinic) a été prié de rentrer chez lui après avoir refusé d’entrer en jeu en poule contre le Nigéria.

Quoi d’autre ? La Croatie est le plus petit pays à parvenir en finale de Coupe du monde depuis l’Uruguay en 1950. Comparaison à peine valable, tant le foot de sélection s’est densifié depuis. 4,5 millions d’habitants, un championnat en friche et une fédé corrompue, mais la fierté en bandoulière.

La meilleure perf croate depuis… 1998

Modric, après avoir terrassé l’Angleterre : « les gens parlaient, les consultants, les journalistes anglais. Ils ont sous-estimé la Croatie et c’était une énorme erreur. On a lu tous ces papiers qui disaient qu’on était fatigués et au bout du chemin, ils auraient dû nous montrer plus de respect. On a montré qu’on n’était pas fatigués, on a dominé le match physiquement et mentalement, on aurait même dû gagner avant la prolongation. C’est le plus grand succès dans l’histoire de la Croatie. » Plus grand qu’en 98, quand Lilian Thuram avait mis fin au rêve croate avec ce doublé improbable. On signe où pour le même résultat ?