Coupe du monde 2018: Le foot n'est pas mort... Même avec la vidéo, on a toujours des polémiques et des injustices

FOOTBALL On a demandé à deux avis tranchés ce qu’ils pensaient du début de la VAR. Débat animé…

Jean-Loup Delmas

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Bon alors, ça donne quoi tout ça ?
Bon alors, ça donne quoi tout ça ? — Kieran McManus/BPI/Shut/SIPA

C’est la grande nouveauté de cette Coupe du monde, la VAR a débarqué sur nos pelouses de foot, ce qui anime les débats sur son bien-fondé ou non. Bon, on était tous heureux de l’avoir lors du France-Australie​, mais après les Anglais se sont plaints, les Brésiliens se sont plaints, les Péruviens se sont plaints… Bref, ceux qui espéraient que la VAR règle toutes les polémiques risquent d’être déçus. Le nombre de penaltys explose, tandis qu’on ne compte qu’un seul carton rouge pour le moment. Alors cette vidéo, cela donne quoi ?

Pour se faire un avis objectif, on a opposé deux opinions. Bruno Derrien, ancien arbitre international et consultant RTL, et Jérôme Latta, rédacteur en chef des Cahiers du football et en guerre ouverte contre la vidéo. Comme dans un débat présidentiel, même questions pour tout le monde, et même temps de parole, même si lancer les Cahiers du foot sur la vidéo, c’est la promesse d’envolée de cinq minutes.

Premier thème : La subjectivité encore bien présent dans le football malgré la vidéo.

Oui parce que bon, rien que sur le penalty de Grizou, par exemple, certains voient la faute, d’autres non. C’est beau non, que la toute première utilisation de la VAR ne fasse déjà pas l’unanimité. Alors la vidéo, qu’est ce que tu as à dire pour ta défense ?

Bruno Derrien : « Ce qu’on voit, c’est que les polémiques du café du coin ou entre amis peuvent continuer librement, il n’y a pas de soucis là-dessus. La vidéo ne donne pas de vérité objective, cela reste de l’interprétation et de la subjectivité propre à l’arbitre. C’est simplement qu’on a transféré cette interprétation. »

Jérôme Latta : « En un sens, cela nous rassure de voir que la dramaturgie et l’humain font encore partie du football. Mais on est forcé de se questionner encore plus : à quoi sert la vidéo si elle n’enlève rien à la subjectivité et aux interprétations ? D’un système qu’on craignait trop froid et lisse, on passe à un système inutile, cela nous conforte dans l’idée qu’il faut arrêter la vidéo. »

On a voulu creuser un peu et on a parlé des polémiques sur le but de Costa (avec un gros contact sur Pepe) et sur le but suisse (avec une poussette sur Miranda), alors qu’ils ont été arbitrés à la vidéo. La vidéo, au-delà de demander de l’interprétation, laisserait-elle filer des erreurs ? Pour le coup, Bruno Derrien défend la VAR contre ce qu’il juge être de mauvaises accusations : « Ces polémiques ne veulent pas dire que le système ne fonctionne pas. Si lorsqu’il y a l’image et qu’il y a une faute évidente sous leurs yeux, les arbitres ne voient pas la faute, c’est embêtant. Mais ce n’est pas la responsabilité de la vidéo mais des arbitres. »

Second thème : Les demandes toujours grandissantes d’usage de la VAR

On pense notamment aux Anglais avec un découpage en règle sur Harry Kane, qui n’a pas été jugé à la VAR. Les Trois Lions se sont plaint. Et ce ne sont pas les seuls…

Jérôme Latta : « Pour l’instant, la VAR est assez peu utilisée, et c’est tant mieux. Même pas un usage par match, alors qu’on s’en sert en moyenne cinq fois par match en Série A (où elle est installée depuis la saison 2017-2018). Mais on a vraiment peur que ça augmente avec les matchs à enjeux et que ça ne fasse qu’augmenter avec le temps. »

Bruno Derrien : « Pour éviter les dérives, il faut un cahier des charges extrêmement précis et strict. Pour l’instant, on ne peut utiliser la VAR qu’en cas de but, carton rouge, connaissance de l’identité du joueur sur une faute et pour un penalty. Mais on sait tous que cela va être dur de s’y tenir… On a mis le doigt dans l’engrenage, il va falloir attention à ne pas y laisser la main, car joueurs et supporters vont vouloir plus. »

Allez vu qu’on a laissé une autre intervention à Bruno lors du premier thème, on laisse Jérôme réintervenir sur celui-ci. Et c’est toujours contre la vidéo : « C’est d’autant plus dommages qu’on avait passé un Euro 2016 quasiment sans polémique arbitrage, grâce à un très bon niveau des arbitres. C’est dommage de ne pas poursuivre dans cette voie. Là, on est certain qu’on aura des polémiques non pas sur l’usage de la VAR, mais sur son non-usage. »

Troisième thème du jour : l’arbitre a-t-il encore de l’autorité ?

Pour le coup, c'est une action qui nous a quand même un peu choqués. Sur le penalty suédois face à la Corée du Sud, le joueur se fait purement découper dans la surface devant tout le monde, et l’arbitre ne siffle rien et attend le jugement de la VAR pour revenir dessus. L'arbitre peut-il encore intervenir sans la VAR ? 

Bruno Derrien : « Bien sûr que l’arbitre l’a vu, c’est impossible de ne pas voir cette énorme faute. Mais désormais, l’arbitre n’arbitre plus de manière instantanée mais attends la VAR. Surtout si c’est litigieux, il va se réfugier derrière la vidéo. Par contre, cela ne change pas l’autorité de l’arbitre auprès des joueurs. Au contraire, l’usage de la vidéo les tranquillise et les calmes, ils ne se plaignent plus après qu’elle soit utilisée, cela apaise les tensions. »

Jérôme Latta : « En Série A, on en vient à des scènes hallucinantes. Chaque main dans la surface doit faire l’objet de la vidéo, même les plus évidentes. Et puis sur le match Suède-Corée du Sud, l’action se poursuit vingt secondes avant l’usage de la vidéo. Il se passe quoi si un joueur se blesse, s’il y a un carton rouge ou un but ? Vingt secondes, c’est énorme dans le foot. »

Alors, on va se quitter là, sans avoir convaincu Jérôme Latta du moindre bienfait de la VAR ? On sort notre carte magique : la chute libre du nombre de carton rouge dans cette compétition. « Allez, je l’accorde, en Italie on voit aussi une baisse des cartons rouges. Les défenseurs peuvent de moins en moins se livrer à des fautes brutales, et surtout ils diminuent les contestations avec les arbitres, ce qui fait deux facteurs qui expliquent la baisse du carton rouge. Voilà j’aurais dit du bien de la VAR, j’ai la conscience tranquille » Ha bah enfin!