Coupe du monde 2018: Pourquoi le Brésil a une belle tronche de favori

FOOTBALL La Seleçao qui s’avance semble le mieux disposée depuis longtemps pour remporter un sixième titre…

J.L.

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Coutinho, Marcelo et Gabriel Jesus se détendent à Sotchi.
Coutinho, Marcelo et Gabriel Jesus se détendent à Sotchi. — NELSON ALMEIDA / AFP

De notre envoyé spécial à Moscou,

Le Brésil n’a pas encore attaqué sa compétition et il est temps: jusque-là, on a l’impression de suivre les comptes Instagram des stars de la téléréalité en vacances. Bien planqués à Sotchi, où il faisait déjà 25 degrés au milieu de l’hiver pendant les Jeux de 2014 (on peut en témoigner), les Tite Boys passent leur temps à la plage entre deux entraînements.

De loin, ça ressemble à l’histoire idyllique qui aurait dû avoir lieu au pays il y a quatre ans. Une équipe cohérente, un entraîneur apprécié, une tête d’affiche en pleine forme, et un statut de grandissime favori loin d’être usurpé, avec la permission de l’Allemagne, tout de même. Avec l’aide de Sonny Goal, consultant BeIn pendant la compétition, on vous explique pourquoi le Brésil de Tite réunit toutes les qualités qui ont conduit ses devanciers à cinq titres mondiaux.

La star de 58

Celle-ci, on pousse un peu, mais quand même. Neymar arrive en Russie préparé comme jamais. Plus un seul match en club disputé depuis le mois de février et cette cheville qui se tord en retombant contre l’OM. L’attaquant parisien s’est remis largement dans les temps, et on a pu observer qu’il n’avait rien perdu de son talent en match de préparation, où il a brisé des reins par paires.

Peut-il laisser la même trace que Pelé au Mondial 58 ? Le contexte diffère un peu, puisque le maître disputait alors sa première Coupe du monde et que le monde ne le connaissait pas avant d’être ébloui. Mais dans l’ascendant qu’il peut avoir sur son équipe, Neymar, qui vient d’égaler Romario au classement des meilleurs buteurs de l’histoire de la sélection (55 réalisations), est tout proche.

L’avis de Sonny : « Neymar va arriver en phases finales dans la meilleure forme de sa vie pour une Coupe du monde. Il est encore en rodage, mais il a trois matchs de poule pour se hisser au niveau physique adéquat. Je pense qu’il va faire un grand Mondial ».

Le gardien de 1962

Le Brésil a beaucoup été raillé dans son histoire récente pour la faiblesse de ses derniers remparts au regard du génie de sa force offensive. Il faut reconnaître que c’est un reproche un peu exagéré. Taffarel n’était pas pour rien dans le triomphe de 94 et il évoluait encore à un niveau remarquable en France quatre ans plus tard, et le Dida de ses grandes années milanaises n’était pas un peintre non plus. Mais rarement les Auriverdes auront pu compter sur deux gardiens chauds bouillants au même moment. Allison (Roma) et Ederson (City) font partie des 5 meilleurs portiers de la saison écoulée sans problème, même si c’est le premier qui a les faveurs de Tite.

Bien sûr, aucun n’arrive à la cheville du légendaire Gilmar, décédé juste avant le Mondial 2014 ; 91 sélections, deux étoiles, et la réputation d’avoir changé le jeu avant Lev Yachine. Il n’empêche, dans cette surface de réparation-là qui est parfois son talon d’Achille, le Brésil n’a rien à envier aux grandes nations du jeu.

L’avis de Sonny : « Le Brésil compte deux grands gardiens. Deux très grands gardiens. C’est essentiel pour gagner une Coupe du monde et cela participe à l’impression d’ensemble d’un groupe très solide et très homogène ».

L’entraîneur de 70

Les deux derniers sélectionneurs brésiliens à avoir officié en Coupe du monde vont s’en rappeler toute leur vie. En 2010, Dunga avait passé la compétition à prendre des vagues dans la figure, ce qui n’était pas totalement immérité quand on s’obstine à aligner Felipe Melo au milieu de terrain. L’élimination en quarts viendra sanctionner une des pires équipes brésiliennes de l’histoire. Pour ce qui est de 2014, sans commentaires. Scolari sera poursuivi jour et nuit par le 7-1 infligé par l’Allemagne.

Tite, qui a presque tout gagné avec les Corinthians, a débarqué au milieu d’un champ de ruine. Il ne lui a pas fallu un an pour faire du Brésil une machine de guerre, intraitable derrière, et libre de ses mouvements devant. Les qualifs pour le Mondial ont été une balade de santé, quand l’Argentine a ramé jusqu’au dernier moment et le Chili, qui avait failli l’éliminer en 2014, n’a pas passé le cut. Tite jouit aujourd’hui d’une popularité unanime, comme Mario Zagallo, l’architecte du Brésil 70, peut-être le plus grand de tous.

L’avis de Sonny : On attendait qu’il soit nommé depuis longtemps. On a voulu ressembler un peu trop au foot européen, à dire aux attaquants de ne pas dribbler, ce qui était la force de Brésil, de jouer à l’instinct. On a voulu introduire la rigueur européenne de force. Tite a réussi à récupérer ça, jouer pour le plaisir devant avant tout ».

L’organisation de 94

Le monde s’étonne que Sampaoli livre sa compo à la presse 24h avant le match contre l’Islande ? Tite donne sa liste des 15 joueurs sûrs de participer au Mondial sauf blessure six mois avant. Avec lui, pas de chichis. On sait qui va jouer, à quel poste, et dans quel schéma. Deux latéraux qui montent, couverts par un trio de milieux défensifs plus difficile à franchir que les tranchées de Verdun (Casemiro-Paulinho-Fernandinho), et des attaquants libres comme l’air devant. Neymar, Coutinho, Gabriel Jesus ou Willian, selon l’humeur du jour.

Cela ressemble beaucoup à la stratégie gagnante de 94, quand un Brésil injustement sous-évalué avait roulé sur les Etats-Unis avec Dunga au milieu et un duo Romario-Bebeto intenable en attaque. Le Brésil de 2014 a Marcelo ? Celui de 94 avait Branco, un autre spécimen, parfois relayé par le très offensif Leonardo (celui du PSG).

L’avis de Sonny : « En effet, c’est le Brésil 94 qui revient. Des milieux récupérateurs très solides, des attaquants libres devant, et des latéraux qui peuvent monter sans arrêt, la stratégie de jeu est la même. Un seul souci peut-être. Dani Alvès était un contre-attaquant formidable, et sa blessure peut changer un peu la donne. Danilo est un bon joueur, mais il a souvent joué côté gauche cette saison. Il y a une perte dans l’organisation sans Dani Alvès, c’est indéniable ».

La compétitivité de 2002

Une autre équipe du Brésil qui n’a pas laissé une grande marque dans l’histoire, sans doute parce que le Mondial organisé par le Japon et la Corée du Sud a été fatal a beaucoup de grandes nations très tôt dans la compétition (Italie, Argentine, France, Espagne). C’est injuste, là aussi. Deux/trois noms de l’époque pour info: Cafu, Roberto Carlos, Edmilson, Roque Junior, Kaka, Denilson, Ronaldo, Rivaldo, Ronaldinho, Kleberson.

Cette équipe était armée pour aller au bout, comme celle de 2018, qui a retrouvé la solidité défensive qui s’était fait la malle en 2014. Longtemps discuté pour ses larmes et son trou mental dans les grands rendez-vous, Thiago Silva bénéficie de nouveau de la confiance de son coach et de ses équipiers.

L’avis de Sonny : « La plupart des joueurs ont été champions dans leurs pays, les leaders sont en forme. Je ne vois pas vraiment de point faible, même si ça dépend de comment va commencer la compétition. En fait, si dans l’organisation, c’est le Brésil de 94, l’ensemble me fait un peu penser à l’équipe de 2002, avec les trois R devant [Ronaldo, Rivaldo, Ronaldinho], épaulés par des équipiers homogènes à tous les postes. C’est notre équipe la plus compétitive depuis le Japon, les bons choix ont été faits »