Tony Yoka: «Je me dis que personne au monde n'est plus fort que moi»

INTERVIEW Le champion olympique a effectué mardi sa première séance d'entraînement depuis Rio, point de départ de sa nouvelle carrière de boxeur professionnel...

Propos recueillis par Nicolas Camus

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Tony Yoka s'entraîne avec Eric Tormos, ancien coach de l'équipe de France, au club de sport 50 Foch, le 7 février 2017.
Tony Yoka s'entraîne avec Eric Tormos, ancien coach de l'équipe de France, au club de sport 50 Foch, le 7 février 2017. — Thierry Gromik

Ça y est, Tony Yoka est lancé dans sa nouvelle carrière. Il a récupéré des JO, et surtout la structure qui doit l’accompagner dans le monde professionnel est en place. Le champion olympique a trouvé un entraîneur, l’Américain Virgil Hunter, un promoteur, Richard Schaefer (qui a travaillé avec Oscar de la Hoya et Floyd Mayweather), et un diffuseur, Canal +. Maintenant, place à la préparation de son premier combat, prévu le 2 juin prochain.

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Avant de partir s’entraîner à San Francisco à partir du 20 février, Yoka a effectué sa première séance mardi au 50 Foch, un club de sport parisien très sélect. Après avoir sué et souffert pendant une heure et demie sous les ordres d’Eric Tormos, ancien coach de l’équipe de France, il se livre pour 20 Minutes sur la nouvelle vie qui l’attend. Avec toujours une énorme confiance en lui.

Ça y est, votre nouvelle vie commence enfin ici ?

Oui, c’est parti ! J’avais besoin de faire un gros break entre mon aventure olympique et cette nouvelle carrière professionnelle. J’ai fait un très gros break. Après il y a eu tout ce temps de négociation entre différents promoteurs, différents diffuseurs, il fallait trouver un entraîneur, un lieu d’entraînement. Voilà, tout ça a été très long. Je suis vraiment soulagé maintenant. Franchement, en novembre, ça commençait à me peser. Je ne savais pas où j’allais m’entraîner, où habiter. Maintenant c’est bon, je suis dans les meilleures conditions, c’est à moi de faire mon job et de montrer que ces gens n’ont pas parié sur moi pour rien.

Quand Tony s'entraîne, le papa n'est jamais très loin.
Quand Tony s'entraîne, le papa n'est jamais très loin. - Thierry Gromik

Vous avez conscience d’être très attendu ? Vous avez affiché de grandes ambitions, tout ce que vous ferez va être regardé de très près…

J’ai toujours aimé ça. J’étais très attendu aux Jeux, on m’avait dit que ce serait très compliqué, que souvent les champions du monde qui arrivaient aux JO se loupaient à cause de la pression. Mais ça ne m’a jamais fait peur. Justement, ça pousse à me donner encore plus parce que je déteste décevoir les gens. Je n’aime pas avoir honte. Donc là, je sais que je vais bosser comme un malade. Déjà pour moi, parce que j’ai un objectif personnel, et surtout pour ne pas laisser la chance à ceux qui n’attendent que ça de pouvoir parler.

C’est ce qui vous pousse ?

Ça en fait partie. Mais une des choses importantes aussi pour moi c’est de donner du plaisir à mes supporters. Ils ont été très nombreux pendant les Jeux olympiques. J’ai fait un pic d’audience à 7,5 millions, ça me pousse à croire qu’il y a un engouement en France autour de la boxe, et plus particulièrement autour de moi. J’ai vraiment envie de donner à ce public français, parce que je sais qu’il n’attend que ça.

Est-ce un besoin pour vous de provoquer, d’aller chercher les gens pour être à votre meilleur en retour ?

Oui, j’aime ça. Vraiment. La boxe, pour moi, ce n’est pas qu’un sport. C’est aussi un spectacle. Quand les gens viennent assister à un gala de boxe, ils viennent aussi voir un show. On n’est pas un art martial. Il y a de la musique, des chants, et un peu de provoc', oui. Mais tout ça reste dans le domaine du sport, c'est pour que le public kiffe encore plus.

Vous n’avez jamais caché avoir un gros ego. C’est indispensable selon vous pour être un grand boxeur ?

Vous ne trouverez pas un seul boxeur qui a réussi sans une forte estime de soi-même. Mohamed Ali, Mike Tyson, Lennox Lewis, ils ont toujours eu une énorme confiance en eux. Tu es obligé d’avoir ça. Si tu ne te mets pas ça dans la tête… Moi, je me suis toujours dit qu’il n’y avait personne au monde plus fort que moi. Quand j’avais 19 ans et que je perdais contre un mec de 30, je me disais que c’était l’expérience. Mais maintenant, un mec de mon âge, ou plus jeune, c’est impossible qu’il me batte. Dans ma tête, je me mets toujours plus haut qu’eux. Ça me pousse à bosser deux fois plus qu’eux. C’est ça l’attitude d’un champion. Dans ta tête, tu te dis que t’es le meilleur, et tu bosses pour le prouver à tout le monde.

Course, muscu, vélo, étirements... Tony Yoka admet avoir 6-7 kilos à perdre pour retrouver son poids de forme (105 kg).
Course, muscu, vélo, étirements... Tony Yoka admet avoir 6-7 kilos à perdre pour retrouver son poids de forme (105 kg). - Thierry Gromik

Pourquoi avoir pris Virgil Hunter comme entraîneur ?

Parce que j’ai besoin d’avoir un super feeling avec mon entraîneur, et la même philosophie de combat. C’est un mec très réfléchi, pas le genre à t’envoyer au charbon comme un bourrin. Il est très intelligent, il réfléchit techniquement, tactiquement. Moi, quand je monte sur le ring, je boxe 80 % avec ma tête et 20 % avec mon corps. C’est vraiment ce côté-là qui m’a poussé à lui faire confiance. Parce que quand t’es sur le ring, que t’es sonné, pas bien et que ton coach te dit « fais ça ! »… Si t’as pas une confiance absolue en lui, tu le feras pas. Tu auras ce moment de doute qui peut t’envoyer au tapis.

Votre premier combat sera forcément important. Vous vous attendez à une pression énorme ?

Une énorme pression, oui et non… Ce serait nul d’arriver sur son premier combat pro sans pression, que tout le monde s’en foute. S’il y a de la pression, c’est que je suis attendu, que les gens sont là, et pour moi c’est mieux. Après, c’est le combat qui va lancer ma carrière pro, oui, avec tout ce que ça représente. Je l’attends avec beaucoup d’impatience.