Mort de Mohamed Ali: Quel lien entre la boxe et la maladie de Parkinson?

BOXE Mohamed Ali, légende de la boxe, est décédé vendredi à 74 ans...

J.L. avec AFP

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Mohamed Ali souffrait de la maladie de Parkinson depuis qu'il avait 42 ans.
Mohamed Ali souffrait de la maladie de Parkinson depuis qu'il avait 42 ans. — TRIPPETT/SIPA

Le lien de cause à effet entre les 61 combats professionnels de Mohamed Ali et la survenue précoce de sa maladie de Parkinson, diagnostiquée l'année de ses 42 ans, paraît inévitable y compris aux yeux des médecins. «On ne peut rien affirmer de péremptoire mais il y a quand même de fortes suspicions», estime pour l'AFP le docteur André Monroche, médecin de la confédération des sports de contact et arts martiaux. «On sait aujourd'hui que les chocs répétés altèrent les cellules nerveuses, surtout sur un cerveau qui n'a pas été mis au repos.»

Plus direct, le docteur Jean-François Chermann, s'embarrasse peu de précautions. Dans un livre paru en 2010, «KO, le dossier qui dérange», ce neurologue de l'hôpital parisien Leopold Bellan racontait ainsi que Mohamed Ali, «à la fin de ses entraînements, baissait sa garde et demandait à son sparring-partner de lui mettre des coups à la tête pour montrer qu'il était le plus fort. Il y a un lien entre sa maladie actuelle et ce genre de pratiques», jugeait-il.

En 1984, lorsque les médecins diagnostiquent la maladie de Parkinson chez la légende des lourds fraîchement retraitée, la boxe est inévitablement stigmatisée. Ne parle-t-on pas d'ailleurs à l'époque de «démence pugilistique»? Trente ans plus tard, l'épidémiologie des sports de contact permet d'élargir le tableau. Environ 30% des boxeurs développent après leur carrière des troubles neurologiques selon le Dr Chermann. «Plus on prend de KO, dit-il, plus les risques sont élevés. Les amateurs ne sont pas épargnés. Ils font plus de combats, sont moins suivis et travaillent moins leur défense que les pros», note-t-il.

Mais le KO n'est que le plus spectaculaire des traumatismes. La partie émergée de l'iceberg des commotions cérébrales, également fréquentes dans le rugby mais aussi le football, le hockey sur glace, le ski, le handball, le judo, l'équitation, la gymnastique etc. «C'est beaucoup moins spectaculaire que la boxe où l'on voit les traumatismes en direct», reprend le Dr Monroche «mais ce n'est pas anodin. La répétition des traumatismes et des chocs, ce peut être aussi un footballeur qui joue beaucoup de la tête. En boxe, il y a un arbitre, dans d'autres disciplines, personne ne peut intervenir.»