«Creed»: Mais pourquoi la boxe inspire-t-elle autant le cinéma?
PHENOMENE•Bizarrement, les films sur le ping-pong sont plus rares et suscitent moins d'engouement que ceux qui parlent de boxe. Voici pourquoi...Antoine Maes
Mahyar Monshipour est un cas à part chez les boxeurs : « Je crois que je n’ai pas vu tous les Rocky. » L’ancien champion du monde des super-coqs n’a même pas prévu d’aller au cinéma voir le dernier volet de la mythique série, qui sort demain. Que verra-t-on dans « Creed » ? Comme dans à peu près tous les films de boxe, un homme face à son destin, un drame, et beaucoup de pains dans la tronche. « La boxe, pour ceux qui ont réussi, est la représentation de ce qu’ils ne peuvent plus faire. On peut voir l’instinct animal qu’on ne trouve plus quand le costard-cravate rentre le soir à la maison. On retrouve des choses primaires », reprend l’ancien boxeur.
« On peut filmer une partie de tennis, mais à la longue on se ferait un peu chier »
La liste est longue, mais aussi inégale : Raging Bull, Hurricane Carter, Million Dollar Baby et on en passe. On trouve même la trace d’un film sur le noble art datant de 1872 (« Boxing »). Pour Philippe Durant, auteur de La boxe au cinéma, cela va forcément beaucoup plus loin que le sport en lui-même. « C’est symbolique, freudien pour certains. C’est toujours pour sortir de sa condition, de sa médiocrité, pour se transcender grâce au ring. Le thème est valable pour tous les sports : évidemment qu’on peut filmer une partie de tennis, mais à la longue on se ferait un peu chier. La boxe, ils s’en foutent plein la gueule, c’est des bêtes de muscles. Il y a tout, on n’est pas loin des gladiateurs et du péplum. »
Un genre en tant que tel, qui a fait de la série des Rocky sa pierre angulaire. « Historiquement, les petits guerriers de milieux populaires, ils venaient grâce à Rocky », se souvient Monshipour. « Rocky, qui a eu l’Oscar du meilleur film en 1976, a redonné ses lettres de noblesse à la boxe, reprend Philippe Durant. Et 40 ans après, il est toujours à l’écran. Stallone a imposé quelque chose et c’est rare. Si vous pensez espion, vous pensez à James Bond, si vous pensez aventurier, vous pensez Indiana Jones. Si vous pensez boxe, c’est Rocky ».
« Peu de metteurs en scène ont réussi à placer le spectateur dans la peau du boxeur »
Le réalisme des combats n’était pourtant pas le point fort du premier opus (et, soyons honnêtes, des suivants non plus). Il l’est un peu plus dans des films plus récents, comme La Rage au Ventre, Fighter et donc Creed. Même si dans l’ensemble « très peu de metteurs en scène ont réussi à placer le spectateur dans la peau du boxeur. Quand on regarde un film de boxe, on suit le boxeur mais à l’entrée du ring, et c’est dommage », explique Philippe Durant.
Ceux qui ont en revanche réalisé l’exploit sont entrés dans l’histoire du cinéma, et pas seulement dans l’histoire du cinéma de boxe. Il y a Martin Scorsese avec Raging Bull, « dont tous les films de boxe récents sont les enfants » pour Philippe Durant. Robert Wise avec Nous avons gagné ce soir, « un film magnifique sur la boxe triste, la boxe perdante ». Stanley Kubrick dans Le Baiser du Tueur Ou encore Fritz Lang, dans Les Espions, « où il filme d’en haut, en plongée, ça donne une vision totalement différente, détachée ». Et ça vous permettra de rattraper votre retard en attendant d’aller voir Creed.


















