Biathlon : « Le groupe a gardé une unité »… L’équipe de France féminine va-t-elle encore résister aux « séismes » ?
Le grand retour du « bibi »•La saison de Coupe du monde de biathlon commence à Östersund (Suède) ce samedi (13h15) avec le relais féminin. De nombreuses interrogations entourent l’ambiance en équipe de France, alors que Julia Simon est suspendue pour cette première étapeJérémy Laugier
L'essentiel
- L’équipe de France féminine de biathlon entame, ce samedi (13h15) à Östersund (Suède), la nouvelle saison de Coupe du monde.
- Elle se retrouve marquée par deux affaires extra-sportives qui perturbent forcément la vie de groupe. A savoir l’affaire de la fraude à la carte bleue de Julia Simon, qui lui vaut une suspension pour cette première étape de Coupe du monde. Mais aussi la possible tentative de sabotage de la carabine d’Océane Michelon, en fin de saison passée, par sa coéquipière Jeanne Richard.
- Malgré ces tensions internes, les Bleues maintiennent jusque-là des résultats exceptionnels, qui bluffent notamment Martin Fourcade. Le cap sera-t-il encore tenu en cette année particulière de JO de Milan-Cortina 2026 ?
Aura-t-on droit à un statement à la française dès la première course de la première étape de cette nouvelle saison de Coupe du monde de biathlon ? A Östersund (Suède) ce samedi (13h15), tous les regards seront braqués sur le relais féminin, et particulièrement sur ces Bleues qui fascinent les observateurs. Comment est-il donc possible de rafler quinze médailles sur les Mondiaux 2024 et 2025, mais aussi de compter dans ses rangs cinq des huit meilleures biathlètes de la dernière saison de Coupe du monde, alors qu’une actualité extra-sportive/judiciaire empoisonne la vie du groupe depuis fin 2022 ?
On parle évidemment de l’affaire de vol et de fraude à la carte bleue de Julia Simon, qui vient de connaître plusieurs rebondissements en amont de cette saison olympique. A savoir qu’après avoir changé sa défense, en avouant sa faute, le 24 octobre devant le tribunal correctionnel d’Albertville (Savoie), la lauréate du Globe de Cristal 2023 a été condamnée à trois mois de prison avec sursis plus 15.000 euros d’amende. Autre membre clé de l’équipe de France féminine de biathlon, Justine Braisaz-Bouchet avait porté plainte contre sa coéquipière, dans cette affaire à l’ampleur inédite dans la discipline, qui avait éclaté dans les médias en juillet 2023.
L’Unité d’intégrité du biathlon ne donne pas suite
Si Julia Simon a officiellement échappé vendredi à une procédure de l’Unité d’intégrité du biathlon, qui dépend de l’Union internationale de biathlon (IBU), la commission de discipline de la Fédération française de ski (FFS) s’est chargée de la sanctionner le 6 novembre : une interdiction de compétitions et d’entraînements d’un mois ferme (plus cinq avec sursis). C’est pourquoi la biathlète aux dix titres de championne du monde est la grande absente à Östersund.
Lors du media day organisé le 12 novembre en visio par l’équipe de France de biathlon, en plein stage de Bessans (Savoie) pour lequel Julia Simon était également suspendue, il a été question des résultats ultra-homogènes des Bleues, des ambitions de tout ce beau monde en vue de la saison et des JO de Milan-Cortina 2026, ou encore de la forte complicité entre Lou Jeanmonnot et Justine Braisaz-Bouchet.
Au tour de l’affaire Jeanne Richard d’éclater
Le service de communication des équipes de France de biathlon avait pris soin d’insister en amont pour réclamer « un traitement des sujets purement sportifs », et ainsi éviter la brûlante actualité en coulisses. Reste que sportif et extra-sportif n’ont jamais été autant liés qu’avant cette reprise d’Östersund, puisque outre l’affaire Julia Simon, Jeanne Richard aurait, selon le site Dicodusport et Le Dauphiné Libéré, tenté de trafiquer en fin de saison passée les réglages de la carabine d’Océane Michelon.
Un nouveau coup de tonnerre sur la planète biathlon que n’a pas voulu commenter l’entraîneur des Bleues Cyril Burdet lors du media day de Bessans. Interrogé par 20 Minutes à la fois sur la sanction interne qu’aurait reçue Jeanne Richard, privée du début de préparation, et sur la forte probabilité de voir Julia Simon réintégrer l’équipe dès la fin de sa suspension, pour la 2e étape de Coupe du monde à Hochfilzen (Autriche, du 12 au 14 décembre), celui-ci n’a pas caché son agacement.
« J’en ai marre de répondre à des questions extra-sportives. L’affaire de Julia est terminée, les faits ont été avoués, jugés et condamnés. On va suivre le processus. Pour l’instant, on respecte la condamnation, on en prend acte, on assume. Et derrière on se concentre uniquement sur le sportif parce que c’est ça notre rôle. »
« Comme le monde de l’entreprise », selon Michelon
La FFS a fini par répondre la semaine passée, via un communiqué de presse : « Contrairement à certaines rumeurs diffusées ces derniers jours dans plusieurs médias, aucun acte de nuisance entre athlètes de l’équipe de France de biathlon n’a été établi. En début de saison, la Fédération a seulement eu à traiter un manquement aux règles de la vie de groupe qui, au terme d’une enquête interne, a donné lieu à une sanction ».
Le groupe vivrait donc (presque) bien ? « On reste chacune à notre place, a récemment nuancé Océane Michelon dans L’Equipe. C’est comme le monde de l’entreprise. On est professionnelles. » OK, de quoi démonter pour de bon le storytelling des copines ayant fait table rase de toutes les rancunes pour se réfugier dans une conquête collective de titres.
Dans L’Equipe également, Justine Braisaz-Bouchet évoquait avec « fair-play » Julia Simon le 12 novembre : « Je respecte sincèrement l’athlète. A partir du moment où on me respecte aussi et que je peux faire ma mission, qu’on n’entrave pas ma carrière sportive, il n’y a pas de sujet ». L’une des clés de la réussite de Lou Jeanmonnot and co tiendrait donc dans ce respect mutuel entre individualités, à défaut d’une sincère force de groupe.
Fourcade admet « une situation qui pèse »
Interrogé mardi par Le Dauphiné Libéré, Martin Fourcade n’a pas cherché à nier le contexte tendu autour de cette équipe de France féminine. « C’est une situation qui pèse sur le biathlon français car cela a forcément un impact sur le reste du groupe depuis trop longtemps maintenant, décrypte le sextuple champion olympique. Malgré tous ces séismes, je trouve que le groupe a gardé une unité, même si ça n’est pas simple. Il y a pas mal de maisons où ça aurait implosé. Les filles ont réussi à rester professionnelles et humaines. Elles ont montré, avec leurs résultats et leurs performances, qu’elles arrivaient aussi à en faire une énergie, c’est assez étonnant ».
Voire carrément bluffant quand on pense à la densité de l’habituel quinté gagnant Jeanmonnot-Simon-Michelon-Richard-Braisaz Bouchet, auquel il faut ajouter Camille Bened, Gilonne Guigonnat et Amandine Mengin, retenues pour Östersund jusqu’au 7 décembre. Martin Fourcade tient à insister sur le rôle central de Cyril Burdet, en poste depuis avril 2022. Ce dernier nous a assuré ce mois-ci être « complètement focalisé sur cette équipe incroyable pour la saison et pour les Jeux », afin d’éteindre certaines rumeurs sur ses envies de départ prématuré.
Cyril Burdet, expert en management
« C’est dur de garder une unité de groupe dans cette situation, rappelle l’ancien biathlète de 37 ans. On a la chance d’avoir à la tête de cette équipe Cyril Burdet qui joue beaucoup sur le management humain. C’est sa marque de fabrique depuis toujours et il a réussi à conserver la confiance de toutes, ce qui est une prouesse face à cette difficulté-là. » Les tempêtes Julia Simon puis Jeanne Richard ont eu beau passer par là, le bateau bleu semble prêt à aborder une saison charnière.
Avec comme cap les directives de la fédé glissées dans un communiqué de presse la semaine passée, pour placer « l’intégrité, l’équité et le respect mutuel au premier rang de ses valeurs, indispensables au bon fonctionnement et à la cohésion de groupe ».
Landmark Tandrevold trouve la situation « triste »
« La FFS félicite l’ensemble des athlètes du groupe France pour leur état d’esprit exemplaire et leur attitude combative, et remercie le staff technique pour son engagement quotidien permettant aux athlètes d’évoluer dans les meilleures conditions et d’aborder les prochaines échéances avec ambition et sérénité », conclut ce même communiqué. « Ambition et sérénité » donc, on n’aurait pas dit mieux. Mais du côté de la concurrence, le problème est perçu différemment.
Notre dossier sur le biathlonProche de Julia Simon, la Norvégienne Ingrid Landmark Tandrevold a ainsi confié mi-novembre aux médias norvégiens : « Une chose pareille ne se serait jamais produite dans notre équipe, c’est certain. A la longue, ça devient une usure mentale. C’est triste de penser que vous êtes si souvent ensemble loin de chez vous, que vous voyagez autant, et que vous n’êtes même pas amies. J’ai beaucoup de chance de m’entraîner avec mes meilleures amies ». Aux Norvégiennes l’amitié, aux Françaises les podiums à tout-va, y compris sur les JO de Milan-Cortina ?



















