JO 2018: De la neige, un super système sportif... et de la Ventoline? Pourquoi la Norvège marche sur ces Jeux

JEUX OLYMPIQUES La première raison va vous surprendre...

Jean Saint-Marc

— 

Le Zlatan du ski de fond.
Le Zlatan du ski de fond. — SIPA
  • Avec seulement 5,2 millions d’habitants (contre 82 en Allemagne et 67 en France), la Norvège écrase le classement des médailles et a battu le record du plus grand nombre de breloques amassées aux JO d'hiver. 
  • On se plonge dans les arrière-cuisines de la success story des « Norge ».

De l’un de nos envoyés spéciaux à Pyeongchang,

Trente-huit médailles, dont treize en or. Si on était norvégien, on aurait envie que les JO d’hiver durent trois mois. Nope. Deux semaines, c’est bien assez pour Siegfried Mazet​, entraîneur de tir du biathlon norvégien : « Je suis exténué, ce vent, c’est épuisant mentalement pour nous les coachs », lâchait-il à 20 Minutes après la dernière épreuve de biathlon, ce vendredi (médaille d’argent pour la Norvège). Les JO sont « très réussis », dit-il, pour les « Norge », comme on les appelle sur le circuit. C’est le moins que l’on puisse dire. Et on vous révèle les secrets de ce succès.

>> Raison numéro 1 : parce que c’est un pays de neige (on ne l’avait pas vu venir celle-là)

Merci beaucoup à Tore Oevreboe, le chef de mission norvégien, pour cette réponse stupéfiante. Reuters lui a demandé quels étaient les principaux atouts norvégiens. « La neige », qu’il a répondu. Avant d’ajouter que « 93 % des jeunes de 25 ans ont été (ou sont) licenciés dans un club. » Forcément, dans un pays enneigé, ça fait pas mal de monde dans les clubs de ski de fond ou du biathlon.

>> Raison numéro 2 : parce que l’argent, s’il ne coule pas à flots, est très très bien utilisé

Le biathlon norvégien « a un budget trois fois supérieur au nôtre », affirme Martin Fourcade dans sa bio. Ce qui ne veut pas dire que le fric coule à flots au sein de la délégation norvégienne. « Cette idée qu’on a des budgets illimités, c’est du fantasme pur et dur », affirme le transfuge Siegfried Mazet. « Souvent, nos chambres d’hôtels n’ont qu’un seul lit pour deux athlètes », explique le skieur Leif Kristian Nestvold-Haugen*. Siegfried Mazet confirme, même s’il faut dire qu’il a tout de même multiplié son salaire par trois en quittant le biathlon français (selon L’Equipe). Laissons-le développer :

Ils sont prêts à payer des coachs, des experts, ils vont chercher des spécialistes à droite à gauche. J’en suis la preuve (sourire). En France, on met plus d’argent sur les infrastructures. En Norvège, les stades de biathlon appartiennent aux clubs ! L’Etat n’a pas vocation à financer cela ou à payer des cadres techniques comme en France ! »

Les infrastructures, mêmes privées, sont tout de même nombreuses : il y a ainsi 72 ovales de patinage de vitesse en Norvège, contre 0 en France… Et boum, les médailles qui tombent…

>> Raison numéro 3 : un système pas trop compétitif (mais un peu élitiste quand même)

C’est la stratégie du biathlon français, appliqué aux autres sports, nous explique Siegfreid Mazet (dit « Zig » et c’est pas le pire des surnoms du petit monde du ski) :

En ski de fond et en biathlon, ils ont une base de recrutement vraiment large. Donc c’est particulier. Dans les autres sports, ils font précisément ce que fait la France avec le biathlon : garder peu d’athlètes et s’en occuper vraiment. Les bons potentiels sont entre les bonnes mains très tôt, vers 16 ans ! »

Et avant ça, le système est plutôt bienveillant : « Nos jeunes peuvent faire de la compétition, mais ils ne sont pas classés avant qu’ils aient 13 ans, a expliqué Tore Oevreboe à la presse. Nous pensons que c’est mieux, comme ça… Ils se concentrent sur le fait de s’amuser avec leurs amis, et c’est le meilleur moyen de progresser. » Le même Tore Oevreboe qui reconnaît que la richesse globale du pays est un autre atout évident : « Notre pays a un haut niveau de vie pour un pourcentage élevé de personnes : ils ne se battent pas au quotidien pour survivre, sont plutôt libres et plutôt éduqués et en bonne santé. Ce qui leur permet de faire du sport. »

>> A lire aussi : VIDEO. «J'aurais pu aller le voir, non?» L'émotion de l'entraîneur sans qui Martin Fourcade aurait tout lâché

En plus de squatter le haut du classement des médailles des JO d’hiver, la Norvège occupe effectivement la première place de celui de l’IDH, l’indice de développement humain.

>> Raison numéro 4 : De l’argent pour les sports rentables (en médailles)

Cet argument-là, un peu rageur, on l’a trouvé dans la presse nord-américaine. Mais c’est vrai, évidemment, les Norvégiens investissent sur les disciplines à épreuves multiples : ski de fond, patinage de vitesse, biathlon, etc. Avec un faible nombre de sportifs, ils peuvent remporter beaucoup de médailles. « Alors que les deux sports forts du Canada sont le hockey et le curling, pour lesquels il faut environ 50 athlètes pour gagner cinq médailles, se lamente The Ringer. Et que la meilleure athlète américaine, Chloe Kim, ne peut tenter de remporter qu’une seule médaille. » Snif snif.

>> Raison numéro 5 : Comment dit-on Ventoline en Norvégien ?

Nos amis « Norge » vont tousser en lisant ça - ou plutôt faire une crise d’asthme. Mais la question de la surmédication de leurs athlètes se pose. En 2016, Martin Sundby (deux médailles d’or et une d’argent à Pyeongchang) a été suspendu deux mois pour excès d’usage de médicaments contre l’asthme.

Au début des Jeux, une chaîne de télé norvégienne, qui a eu accès à leur pharmacie, a révélé que la délégation avait embarqué à Pyeongchang dix fois plus de médicaments contre l’asthme (de la Ventoline, notamment) que la Finlande, par exemple. « Nos médecins sont très expérimentés et savent où se trouvent les limites », assure Kloster Aagen, le vice-président du Comité norvégien olympique. Chris Froome aussi pensait connaître les limites…

* Ah oui, cette histoire de lit double pour deux gars. Sachez que c’est le même tarif pour 20 Minutes Sport à Pyeongchang. Nos confrères se foutent bien de nous, mais ça explique aussi, sans nul doute, notre excellence sportive. Ça, et le salbutamol, évidemment.