Dopage: L'Agence Mondiale se dit « très inquiète » après la révélation d'un dossier secret mettant en cause près de 800 athlètes

ATHLETISME Particulièrement Russes et Kenyans...  

B.V. avec AFP
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La Russe Bazdyrova (à droite) est soupçonnée
La Russe Bazdyrova (à droite) est soupçonnée — Vit Simanek/AP/SIPA

L'Agence mondiale antidopage (AMA) s'est dit « très inquiète » dimanche après les nouvelles accusations de dopage dans l'athlétisme portées par la chaîne allemande ARD et le journal britannique le Sunday Times. « L'AMA est très inquiète » après la diffusion du documentaire qui «contient de nouvelles accusations concernant un dopage étendu dans l'athlétisme », a indiqué l'Agence mondiale antidopage dans un communiqué, le président de l'AMA ajoutant à Kuala Lumpur qu'une « enquête concernant l'athlétisme en Russie allait être élargie ».

Un documentaire sur le dopage dans l'athlétisme, diffusé samedi après-midi sur la chaîne publique allemande ARD, lance de nouvelles attaques contre la Russie, déjà épinglée dans un précédent reportage, et pointe également le Kenya. Mais c'est surtout l'analyse par ARD et le Sunday Times d'une base de données de 12.000 échantillons sanguins détenue par la Fédération internationale de l'athlétisme (IAAF) qui donne le frisson: sur ces 5.000 athlètes testés entre 2001 et 2012, 800 présenteraient ainsi des valeurs sanguines « suspectes ou hautement suspectes » ; sur les 146 médaillés mondiaux ou olympiques de 2001 à 2012 sur les distances du 800 m au marathon, un tiers présenterait des valeurs suspectes.

« L'IAAF a fermé les yeux »

« Concernant un certain podium, les trois médaillés étaient à mon sens des athlètes qui se sont très certainement dopés à un moment de leurs carrières », a ajouté Michael Ashenden, co-inventeur avec Robin Parisotto de la méthode de détection de l'EPO. Les deux chercheurs australiens, spécialistes mondiaux du dopage sanguin, ont validé les conclusions d'ARD et du Sunday Times, que voici:

  1. Un tiers des médailles dans les épreuves d'endurence depuis 2001 ont été gagnées par des athlètes suspicieux. Aucun n'a été privé de sa médaille.
  2. Plus de 800 athlètes ont eu des contrôles sanguins décrits comme « très suspicieux ou au grand mieux anormaux »
  3. Usain Bolt n'a jamais présenté la moindre anormalité
  4. Dix médailles des Jeux de Londres en 2012 sont suspicieuses


Des enquêtes qui vont mettre un terrible coup à l'athlétisme, trois semaines avant les Mondiaux de Pékin (du 22 au 30 août). « Je n'ai jamais vu un nombre aussi alarmant des valeurs sanguines anormales, a poursuivi Robin Parisotto. Tant d'athlètes semblent avoir s'être dopé en totale impunité, et c'est choquant que l'IAAF ait fermé les yeux et semble avoir laissé cela se faire. Au coeur de ses accusations, un pays en particulier: la Russie. « La Russie est l'épicentre mondial des tests sanguins avec plus de 80% des médailles gagnées par des athlètes suspecté de dopage, pendant que le Kenya a gagné 18 médailles grâce à des athlètes douteux », précise l'enquête du Sunday Times.

Savinova ciblée

Le documentaire d'ARD fait ainsi état de suspicions à l'encontre de la Russe Mariya Savinova, championne olympique du 800m à Londres en 2012: dans un enregistrement sonore qui lui est attribué, l'athlète reconnaît la prise d'hormones de croissance. « L'AMA est très préoccupée par les nouvelles accusations soulevées par ARD, qui une fois de plus vont jeter le doute sur les athlètes intègres dans le monde », a déclaré Craig Reedie, président de l'AMA.

Ces nouvelles accusations, « vont être transmises aussi vite que possible à la commission indépendante de l'AMA » pour une enquête qui va «être élargie», a ajouté M. Reedie, membre du Comité international olympique réuni en session à Kuala Lumpur. « Ces accusations demandent un examen rapide et précis pour déterminer s'il y a eu violation du code mondial antidopage et si tel est le cas déterminer quelles actions doivent être engagées », a-t-il ajouté.

L'équipe de journalistes de l'ARD s'appuie encore sur les propos, enregistrés en caméra cachée, d'une spécialiste russe du 800m, Anastasia Bazdireva. « Avec les anabolisants, j'ai les muscles durs. Mais je peux courir. C'est dur, mais ça va. Tu te sens différent avec les anabolisants », dit-elle. Le documentaire fait aussi état d'une banque de données riche de 12.000 résultats d'analyses sanguines, qui leur a été remise de façon anonyme.

L'équipe de journalistes s'est également rendue au Kenya où, en caméra cachée, ils ont filmé des injections de produits dopants « dangereux ». Le Kenya a été secoué récemment par un scandale de dopage qui a notamment valu à la star du marathon Rita Jeptoo d'être suspendue deux ans.