JO 2012. Tony Estanguet: «Il va falloir trouver d’autres défis»

JO / CANOE Le céiste français a décroché sa troisième médaille d'or olympique. Avant de ranger son canoë?...

Romain Scotto, à Londres

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Le champion olympique de canoë, Tony Estanguet, lors de sa victoire à Londres, le 31 juillet 2012.
Le champion olympique de canoë, Tony Estanguet, lors de sa victoire à Londres, le 31 juillet 2012. — REUTERS

De notre envoyé spécial à Londres,

Il collectionne l’or et rien d’autre. Déjà sacré à Sydney et Athènes, Tony Estanguet a récupéré le titre olympique qu’il avait laissé au fond du bassin de Pékin. Le champion de canoë était soulagé et ravi à l’idée d’intégrer le cénacle des triples champions olympiques français en individuel (Masson, Pérec, Ballanger et Killy). Après seize années passées au plus haut niveau, il ne se voit pourtant pas continuer jusqu’à Rio. Mais il a toujours l’envie de manier sa pagaie…

Cette troisième médaille d’or est-elle la plus belle?

Non, je ne crois pas. Elle est très belle, très forte. Vraiment je viens de vivre un truc de malade. Mais je n’ai pas envie de les comparer. Sydney, c’était beau aussi d’être champion olympique à 22 ans. Athènes, conserver un titre olympique, c’était magique. Même Pékin, je n’ai pas envie de cracher dessus. Grâce à Pékin, j’ai vécu autre chose qu’une victoire, je me suis reconstruit, ça a été dur à encaisser. J’ai appris à m’ouvrir, à changer des choses, à travailler avec mon frangin. Aujourd’hui, ça symbolise beaucoup de choses.

Avez-vous pris un plaisir particulier lors de cette finale?

Moi j’espérais courir une finale olympique en me lâchant en étant dans le plaisir, mais ce n’était pas ça aujourd’hui. C’était trop dur, j’étais dans le contrôle. L’abnégation. C’est vraiment dur, il faut s’accrocher. Le plaisir est intense, mais seulement à l’arrivée (de l’épreuve). Avoir réussi à tenir malgré l’adversité et la difficulté du bassin, c’est magique. J’ai trouvé un équilibre entre ouverture et précision.

Etiez-vous dans le même état d’esprit en finale qu’en demie?

Oui. J’avais peut-être un peu plus la trouille en finale. Mais je sentais que j’étais bien. C’est un équilibre. Je sens de temps en temps que je peux le faire et puis je me dis: «Attention à cet endroit.» Jusqu’à la ligne d’arrivée j’étais sur le qui-vive pour limiter la casse. Je ne me suis pas concentré sur la concurrence mais sur la rivière. Mon défi, c’est la rivière. J’avais rendez-vous avec elle pour trouver la bonne partition, le bon timing. Je ne sais pas si j’ai dompté ce bassin. Mais que c’est bon quoi. Ouais, Etre au bon endroit au bon moment, c’est assez précieux.

Que représentent ces trois médailles d’or olympiques?

On ne se rend pas compte. Je ne fais pas ça pour ça. Je ne suis pas là pour les records. Je voulais être moi-même, ne pas craquer. Accomplir ce que j’avais à faire tout simplement. C’est maintenant que je vais savourer, lire tous vos papiers. Je suis très heureux. Même si j’ai connu des déconvenues et des défaites, je suis heureux de ce que j’ai fait.

Est-ce vraiment la fin?

Je ne sais pas. Le Brésil, ce n’est pas envisageable. Ce n’est pas sérieux. Après, dire que c’est fini et que ça va s’arrêter, je ne sais pas parce que j’aime trop ça. C’est probablement la décision la plus difficile que je vais prendre. Pas aujourd’hui. Malheureusement la fin se rapproche et ça va être dur. Je la prendrai avec ma famille. On va savourer et on prendra la décision.

L’envie est encore là?

Ah oui, oui, c’est trop bon. Parce qu’à chaque fois c’est différent. Mais quand vous êtes au départ, vous êtes à poil. Tout seul. Tout reste à faire. Cette sensation est terrible. Il va falloir trouver d’autre défis, mais pour l’instant, j’ai peur que ce soit un peu fade.