Bernard Hinault: «Que les Français gagnent des étapes. Le général, on s'en fout»
INTERVIEW•Pour le quintuple vainqueur du Tour de France, aucun Français n'a intérêt à viser le général cette année...Propos recueillis par Romain Scotto
A 57 ans, «le Blaireau» a toujours un avis bien tranché quand il s’agit d’évoquer les chances françaises sur le Tour de France dont le départ sera donné samedi de Liège. Pour lui, pas question de rêver. Cette année encore, aucun Français n’a de chance de viser une place sur le podium. Alors autant se concentrer sur les victoires d’étapes.
Quel regard portez-vous sur le parcours de ce Tour 2012?
C’est un parcours qui est plus fait pour les rouleurs que pour les grimpeurs quand on voit comment il a été dessiné. Il y a quand même un grand nombre de kilomètres à faire en contre-la-montre (101,4 en comptant le prologue). Mais ça reste un parcours excitant. C’est aux coureurs d’attaquer.
On ne devrait pas échapper au duel Wiggins – Evans pour la victoire finale?
Oui, on va se retrouver avec les quatre premiers du Dauphiné pour la victoire finale. Wiggins, Evans, Rogers et Froome. A partir de là, quand on a ces quatre-là, je n’en vois pas d’autres pour prendre une place sur le podium. Le favori, c’est Wiggins. A moins d’un accident comme l’an dernier. Je crois qu’il va gagner. Cadel Evans n’a pas pu sortir dans la montagne cette année au Dauphiné. Il n’était peut-être pas au maximum de ses capacités. Sur le contre-la-montre du Dauphiné, il y avait 53km, Wiggins a mis 1’44 à Evans. Et puis Wiggins a une équipe forte autour de lui. C’est un bon train qui va l’emmener sur un tapis roulant.
Si Evans veut faire la différence, ce sera dans les descentes?
C’est la seule solution qu’il a pour les larguer. Je ne vois pas comment il pourrait faire en montagne ou sur le plat. Il n’a qu’une solution, c’est d’attaquer Wiggins dans les descentes et, à l’occasion, de provoquer sa chute. Ça fait partie de la course.
Provoquer sa chute au sens propre ou figuré?
Dans les deux sens! Il faut être un guerrier, c’est tout. C’est à l’autre de ne pas prendre de risques s’il a peur.
L’absence d’Andy Schleck peut-elle profiter à son frère Frank pour une fois?
Ça fera ses affaires mais il ne pourra pas rivaliser pour être dans les quatre premiers. Par rapport au contre la montre, il sera trop juste. Je ne crois pas non plus qu’Alejandro Valverde soit là. Il peut gagner une étape mais jouer un rôle dans le Tour de France… Après, on peut avoir plein de surprises.
De la part d’un Français par exemple?
La surprise ce serait qu’ils gagnent des étapes, c'est tout. Le Général, on s’en fout. Il n’y en a aucun qui peut gagner le Tour. Il faut qu’ils gagnent des étapes, oui. C’est plus important. Moi ça me fait rire quand j’en entends dire: «Je vais faire un Top 10 du Tour de France.» C’est quoi un top 10? Personne ne le sait. Mais gagner une ou deux étapes sur le Tour, ça vaut tout l’or du monde.
Un coureur comme Pierre Rolland semble le mieux armé pour le Général côté français. Peut-il viser un Top5?
Mais on s’en fout d’un Top 5! Il vaut mieux qu’il gagne une étape de montagne comme l’an dernier à l’Alpe d’Huez. Il faut qu’il vise la victoire à La Toussuire ou à Peyragudes.
Qu’attendez-vous de Thomas Voeckler cette année? Il n’est pas au top, il va être surveillé…
Il sera plus un capitaine de route parce que personne ne va le laisser partir. Si tout va bien, parce que pour l’instant, on ne sait pas trop. J’espère qu’il n’aura pas mal au genou. Il faut qu’il soit le capitaine, le stimulateur de l’équipe Europcar.



















