Gilbert Ysern: «On ne peut raisonnablement pas parler d'une menace de boycott de Roland-Garros»

TENNIS Le directeur du tournoi du Grand Chelem parisien ne croit pas une seconde en la possibilité d'une grève des joueurs...

Propos recueillis par Bertrand Volpilhac

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La joueuse chinoise Li Na, en position d'attente lors de son match contre Maria Sharapova, le 2 juin 2011 à Roland-Garros.
La joueuse chinoise Li Na, en position d'attente lors de son match contre Maria Sharapova, le 2 juin 2011 à Roland-Garros. — C.platiau/REUTERS

Dans son ton, on comprend rapidement qu’il ne s’agit pas de faire de la communication de crise. Gilbert Ysern, le directeur de Roland-Garros, réagit sans inquiétude pour 20 Minutes à l’information parue dans L’Equipe vendredi matin selon laquelle les joueurs pourraient boycotter le tournoi du Grand Chelem parisien afin de réclamer une meilleure dotation. Pour lui, il n’y a aucune menace raisonnable qui plane au-dessus de la Porte d’Auteuil.

Existe-t-il aujourd’hui une vraie crainte d’un boycott de Roland-Garros?
Pas du tout. Le titre dans le journal de vendredi est un peu tapageur, il n’y a pas du tout ce genre de crainte. On sait que depuis l’US Open dernier, les joueurs ont exprimé un certain mécontentement, sur pas mal de sujets, notamment l’argent. Cela a rebondi à Melbourne début 2012, toujours sur le problème des prix et de leur répartition dans les tournois, qui est trop déséquilibrée entre ceux qui perdent qui perdent au début des tournois et ceux qui vont jusqu’au bout. Cette question nous a interpellés et c’est pour ça que nous avons quelque peu modifié notre grille de répartition.

Vous l’avez effectivement augmenté de 7% au total…
Oui, mais surtout nous avons porté notre effort sur ceux qui perdent en première semaine plus que sur ceux qui vont au bout du tournoi. Cette inquiétude est légitime, car le tennis est un sport où il y a une très très forte concentration des ressources côté joueurs sur un tout petit nombre d’entre eux, contrairement par exemple au golf, où les dotations sont beaucoup mieux reparties. Ainsi, le 80e ou le 100e mondial gagne relativement peu d’argent par rapport aux autres. Quand on sait les difficultés d’y entrer, c’est mal récompensé. Pour vous donner un ordre d’idée, le vainqueur du tournoi d’Indian Wells gagne 130 fois plus que celui qui perd au premier tour. A Miami, c’est 85 fois. Chez nous à Roland-Garros, l’an dernier, c’était 80, et cette année ce sera un petit peu moins de 70.

«Que quelques voix isolées»

Cet effort consenti suffira-t-il à contenter tout le monde, ou au moins à calmer le jeu?
On ne contentera évidemment pas tout le monde, mais calmer le jeu sans doute, si tant est qu’il doive l’être. On a effectivement lancé un message positif à travers cette annonce. On a entendu le message des joueurs, on pense qu’il est pertinent et on a fait ce qu’il fallait pour commencer à améliorer les choses à cet égard. Certains joueurs ont pu appuyer leur demande de revendication avec des propos du genre «nous sommes prêts à aller jusqu’au boycott s’il le faut», mais ce ne sont que quelques voix isolées. Aujourd’hui, on ne peut raisonnablement pas parler d’une menace de boycott.

Que va-t-il se passer maintenant? Les joueurs doivent se réunir bientôt à Madrid…
Oui, c’est une réunion du conseil des joueurs programmée depuis longtemps. Ils auront l’occasion de s’exprimer ensemble sur le sujet. D’ici là, j’aurai rencontré le nouveau président de l’ATP, Brad Drewett, car on s’est rendu compte qu’il y avait un déficit de dialogue entre les tournois du Grand Chelem et les joueurs et leurs représentants. On aspire à un dialogue plus étroit avec eux, les problématiques liées à l’argent étant loin d’être les seules sur lesquelles on doit échanger.

Dans l’absolu, un boycott est-il possible? Les joueurs ont des engagements, peuvent-ils comme ça décréter la grève du jour au lendemain?
Tout est toujours possible. Mais évidemment, c’est compliqué. Il y a des engagements, des contrats, mais ce n’est pas cette difficulté-là qui me rassure. Ce qui me rassure, c’est que les joueurs ont envie de participer aux plus grands tournois du monde et que Roland-Garros en fait partie. Alors il n’y a pas de raison…