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Un nouveau cycle commence pour Florian Rousseau

Un nouveau cycle commence pour Florian Rousseau

L'ex-pistard, bardé de médailles, entraîne les meilleurs sprinteurs français
©2006 20 minutes

©2006 20 minutes

Ce matin-là, Florian Rousseau a des envies de vélo. « Les beaux jours arrivent », se justifie-t-il. N'allez pas imaginer que depuis sa retraite sportive, l'ex-pistard a des problèmes de ligne. Ses cuisses ont fondu, ses mollets sont rentrés dans la norme, la moue pleine de hargne, mâchoire crispée, yeux exorbités, qu'il pouvait afficher sur les lignes de départ, laisse désormais place à un visage maigre, souriant. Il a perdu sept kilos en un an. A peine avait-il rangé en vitrine sa dizaine de titres de champion du monde et ses quatre médailles olympiques qu'il retrouvait le bord des pistes en tant qu'entraîneur national des sprinteurs français. Les Baugé, Bourgain, Tournant, coéquipiers mais aussi adversaires d'hier, sont désormais placés sous son autorité avisée. Gérard Quintyn et Daniel Morelon, les deux entraîneurs historiques du cyclisme sur piste, lui ont donc laissé les clefs de l'école française.

Ce matin-là, le professeur se joindrait bien aux élèves pour l'entraînement sur route prévu dans le bois de Vincennes. « J'aimerais réussir à rouler avec eux deux demi-journées par semaine. » Car Florian Rousseau ne saurait plus faire de vélo. « La première fois que j'ai essayé de remettre un cuissard, je n'avais plus aucune sensation, plus de vélocité. Je ne trouvais pas le bon braquet, la piste me paraissait trop relevée... Se rendre compte qu'on n'a plus de condition physique, ça dégoûte un peu. Les autres se marraient de me voir sauter sur ma selle dès que ça allait trop vite. »

Mais il s'est promis d'essayer encore. Et puis il s'offrirait bien un col mythique du Tour d'ici à la fin de l'été. Histoire de découvrir de nouvelles émotions ? « Tant qu'on est athlète, on reste centré sur soi. En devenant entraîneur, il faut tenir compte du niveau et des objectifs de chacun des membres de l'équipe. En termes de sensations, la préparation, l'état d'esprit sont les mêmes, mais une fois le départ donné on reste impuissant. J'ai découvert des émotions que je ne connaissais pas. »

Son père spirituel, Gérard Quintyn, est resté un an à ses côtés avant de lui passer le relais. « Il a effectivement dû apprendre à penser pour 6, pour 8, pour 10, mais il s'y est très bien fait, souligne-t-il. Le voir me succéder après toutes ces années, c'est ce que je pouvais espérer de mieux. Florian, c'est aussi un parfait ambassadeur du cyclisme, et même du sport en général. » Seule petite ombre au tableau des médailles, cette non-qualification pour les Jeux d'Athènes, en 2004. « J'ai été malheureux, vraiment. Mais je ne considère pas avoir fait l'année de trop. Jusqu'au tout dernier entraînement, j'ai pris un pied terrible. Je ne me fixais pas de limite. Je ne suis pas devenu sportif de haut niveau pour l'argent, mais par envie de gagner des médailles. Et cette envie d'aller plus loin, cette envie que la France soit devant, je l'ai toujours. »

Dans un sport où après avoir squatté pendant des années les podiums, la France se heurte à une concurrence de plus en plus féroce, être entraîneur national n'a rien d'une planque. « Il y a la tradition française de la piste, mais j'ai aussi ma conception, mes idées, prévient-il. Si je ne change rien, si je ne trouve pas de nouvelles pistes pour être devant, c'est que je ne suis pas fait pour ce métier. » Arrivé à 16 ans à l'Insep, il compte bien y rester encore quelques années. « Ce microcosme, tous ces champions, c'est un endroit extraordinaire. Je me suis tout de suite bien senti ici. » Pourtant, le sous-sol du stade couvert où est situé son bureau n'est pour l'heure qu'un vaste capharnaüm. Un balai d'échafaudages, un fatras de tuyaux et de câbles, une salle de concert pour marteaux-piqueurs... De quoi vous pousser dehors pour un petit tour de vélo.

G. Magne (Kaora Press)