Samuel Denantes-Teulade: «La Guinée-Equatoriale a acheté une équipe, comme elle achète le reste»

FOOTBALL Incapable d'aligner une sélection jusqu'en 1998, la Guinée-Equatoriale organise la CAN 2012 avec le Gabon avec une équipe à l'image de pays: construite à partir de rien...

Propos recueillis par A.P.

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L'équipe de Guinée Equatoriale, le 22 janvier 2012 à Bata.
L'équipe de Guinée Equatoriale, le 22 janvier 2012 à Bata. — REUTERS/Amr Dalsh

En matière de sport, la Guinée-Equatoriale reste surtout associée au 100m nage libre le plus lent de l’histoire par Éric Moussambani. C’était avant cette Coupe d’Afrique des Nations organisée avec le Gabon. Vainqueur de la Lybie 1-0 en match d’ouverture,  les Equato-guinéens peuvent se qualifier pour les quarts de finale en cas de victoire mercredi contre le Sénégal. Un petit miracle pour un pays dont le destin a bousculé en 1995 avec l’arrivée de la manne pétrolière.  Secrétaire de l'association France/Guinée-Équatoriale et auteur du livre Malabo, Guinée Equatoriale - Le nouvel Eldorado pétrolier de l'Afrique, Samuel Denantes-Teulade analyse l’importance de cette CAN pour un pays qui veut se faire un nom sur la scène internationale.

Pourquoi la Guinée-Equatoriale a voulu organiser cette Coupe d’Afrique des Nations?
Cette CAN est peu l’aboutissement d’un processus de montée en puissance du pays. La Guinée-Equatoriale préside l’union africaine depuis 2010, organise tous les sommets possibles imaginables et fait tout pour mieux se faire connaître. A un moment, quelqu’un a dû souffler au sommet de l’Etat qu’organiser une CAN serait une bonne idée. Avant cela, le pouvoir n’a jamais été trop intéressé par le sport.

Ce qui peut expliquer l’absence d’une équipe nationale jusqu’en 1998?
Il faut savoir qu’il n’y a pas vraiment de compétences dans le pays. Les gens ne sont pas formés. Pour que les choses fonctionnent, il faut aller chercher et payer des étrangers. Le pays fonctionne ainsi depuis 1995 et la découverte du pétrole. Il y avait un petit groupe d’internationaux Guinéens nés en Espagne, mais sinon on a une équipe construite de toutes pièces. On est allé chercher un entraîneur reconnu en la personne d’Henri Michel (NDLR : démis de ses fonctions en 2011) Il a lancé un processus de naturalisation de joueurs étrangers de façon aléatoires via ses connaissances et son réseau. Il n’y avait vraiment pas de raisons de retrouver en sélection des Colombiens, des Sénégalais ou des Brésiliens.

La sélection serait un peu à l’image d’un pays qui se construit très vite et grâce à l’argent du pétrole…
Totalement. La majorité des sélectionnés ne parlent pas l’espagnol, qui est la langue officielle du pays et ne sont pas nés au pays. La Guinée Equatoriale a acheté une équipe, comme elle achète le reste. Tout est arbitraire, tout est aléatoire donc imprévisible. Mais il y a de l’argent et les choses peuvent aller très vite. Ils sont donc capables de monter une équipe compétitive en partant de rien. Ce qui est plus surprenant c’est que la population se soit tout d’un coup passionnée pour cette CAN.

Avec les résultats de sa sélection, le pays est-t-il entrain de se découvrir une passion pour le foot?
Je suis rendu là-bas en décembre et il n’y avait rien. Pas d’affiche dans les rues, aucun maillot de la sélection et rien qui ne laissait présager l’organisation d’une CAN un mois plus tard. La ferveur actuelle est totalement inattendue. L’intérêt pour le football est pourtant réel. Les bars sont remplis lors des matchs entre le Real et Barcelone. Comme ils sont les seuls hispanophones d’Afrique, les Equato-guinéens s’identifient au football espagnol mais avec cette CAN ils découvrent qu’ils peuvent aussi être sur le devant de la scène avec leur équipe.

Avec les bons résultats, peut-il y avoir une volonté de récupération politique de la part du pouvoir?
Ce n’est pas la préoccupation première de Teodoro Obiang Nguema. Il n’existe pas un mouvement d’opposition. La population n’est pas particulièrement satisfaite de son sort mais elle est plutôt atone. Il s’agit avant tout de passer un message à la communauté internationale: le nouveau pays qui compte en Afrique, c’est la Guinée Equatoriale.