Rugby: La «berjallie», le bras armé de l'équipe de France
COUPE DU MONDE•Les cinq anciens joueurs de Bourgoin ont eu rôle prépondérant dans le redressement des Bleus face à l'Angleterre…Alexandre Pedro à Auckland
De notre envoyé spécial,
Samedi prochain, le CS Bourgoin-Jallieu rend visite à Oyonnax pour un derby alpin qui sent bon la Pro D2. Le même jour à plus de 20.000km du stade Charles-Mathon, cinq anciens de la maison berjallienne disputent une demi-finale de Coupe du monde contre le pays de Galles. Il existe même un nom pour montrer leur influence au sein de cette équipe de France: «la berjallie». Derrière ce néologisme se trouve quatre avants durs au mal (Pascal Papé, Lionel Nallet, Julien Bonnaire, Julien Pierre) et le petit dernier de la bande, Morgan Parra, cornac du pack tricolore devenu ouvreur.
Malgré la rime facile, «la berjallie» n’a rien d’une franc-maçonnerie. Ses cinq membres n’ont pas tous foulé la pelouse de Pierre-Rajon à la même époque mais sont marqués au même fer rouge par leur premier club. «Même si je n’ai pas joué avec les autres, J’ai les mêmes racines, le même état d’esprit qu’eux, revendique Parra. Sur le terrain ou en dehors, on agit de la même manière et on se comprend sans avoir besoin de se parler.» Cette unité, on la retrouve moins dans les autres courants présents en équipe de France avec des Biarrots (Yachvili, Traille, Harinordoquy et Lakafia) plus individualistes dans l’âme, et des Toulousains aux personnalités hétérogènes. William Servat l’amateur de chasse et Maxime Médard le mordu de design ont peu de sujets de discussion en commun.
Au soutien de Thierry Dusautoir
Marc Lièvremont ne s’y est pas trompé. Le sélectionneur sait qu’il peut partir à la guerre avec ses Berjalliens. «On a les mêmes valeurs que lui, il sait qu’on ne le lâchera pas», avance Pascal Papé. La «berjallie» est le bras armé des Bleus, toujours prompte à mettre le mot combat en avant comme après cette défaite face aux Tonga, qui en manquait beaucoup. Michel Couturas est l’entraîneur qui a mis la petite ville iséroise de 25.000 habitants sur la carte du rugby français dans les années 90. Pour ce pur gascon, ces anciens joueurs «ne pouvaient pas se reconnaître dans cette équipe». Avant le quart de finale, il espérait «qu’ils réveillent cette équipe et la sortent de son inhibition».
A onze fuseaux horaires de là, son message a été entendu, et «la berjallie» a repris les choses en main faisant corps derrière le capitaine Thierry Dusautoir. Dans les paroles d’abord, avec Lionel Nallet et Pascal Papé dont la voix porte de plus en plus, puis sur la pelouse de l’Eden Park où Julien Bonnaire a fait parler son talent et son abattage. «Plutôt que par les mots, ils prêchent d’abord par l’exemple», souligne Michel Couturas pour qui le plus grand danger est toujours de se croire arrivé. «Vous savez, les choses ont commencé à se gâter à Bourgoin quand le président Pierre Martinet a commencé à nous loger dans des hôtels quatre étoiles parce que nous étions en Coupe d’Europe. Il ne faut jamais s’installer dans le confort, il faut toujours avoir faim dans ce sport.
Même dans leur chambre hors de prix du Crowne Plaza à Auckland, les Berjalliens ont sans doute toujours en tête les paroles de leur ancien mentor.



















