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Eric Halphen : «Une instruction, c'est comme une partie d'échecs»

Eric Halphen : «Une instruction, c'est comme une partie d'échecs»

L'ancien juge d'instruction et écrivain, évoque sa passion pour le sport
©2006 20 minutes

©2006 20 minutes

Vous êtes membre de la commission juridique de la Ligue nationale de football. En quoi consiste votre rôle ?

Nous étudions les contrats passés entre les joueurs et les clubs. Quand il y a un problème d'application d'une clause, on est saisi et on rend une décision. A l'époque de l'affaire VA-OM, le président Le Graët m'avait également désigné pour enquêter en interne sur les déclarations de Glassman. J'avais entendu tous les protagonistes et sur la base du rapport qu'on avait rédigé, la Ligue a porté plainte. Je fais partie de cette commission depuis quinze ans.

Vous avez donc assisté à la montée en puissance des agents, à l'arrivée des avocats dans le sport...

A partir du moment où il y a plus d'argent en jeu, des sponsors, des problèmes de mise à disposition des joueurs pour les sélections nationales, cela donne du boulot aux avocats. Je pense qu'il y a des footballeurs qui ont vu ou verront leur carrière brisée parce qu'il y aura trop tôt trop d'argent autour d'eux. Pour donner le meilleur de soi, il faut être détaché dans sa tête, ne penser qu'à son sport. Or, les sportifs ont de plus en plus à faire face à des problèmes extra-professionnels.

Votre père a longtemps été journaliste sportif. Le sport a bercé votre enfance ?

Mon père était un fan d'athlétisme. Je l'ai vu pendant toute ma jeunesse faire des statistiques, recopier des résultats dans les journaux du monde entier. Il est capable de vous dire qui est le 18e performeur du 200 mètres au Ghana. L'athlé reste un sport qui n'a jamais perdu d'intérêt pour moi. Dès que j'en vois quelque part, quel que soit le niveau, je m'arrête. En dépit de l'argent et du dopage, je suis fasciné par la beauté du geste sportif que l'athlétisme pousse à l'extrême.

Le sport vous a inspiré plusieurs recueils de nouvelles* ?

Dans le sport, il y a tout ce qu'il faut pour intéresser l'écrivain. L'esthétisme, la confrontation à l'autre, la confrontation à soi, le rapport au corps, à la notoriété, le sacrifice au bénéfice de la collectivité. Et puis le sport permet l'ascension sociale de gens extrêmement défavorisés. On sent la rage de certains sportifs qui veulent sortir de leur condition. C'est une belle parabole de la vie.

Est-ce qu'une instruction peut s'apparenter à du sport ?

Il y a d'abord un côté partie d'échecs. Si je fais telle perquisition avant telle autre, qu'est ce que cela va déclencher ? Comment va réagir untel ? Il faut essayer d'avoir des coups d'avance. Et puis dans une affaire politico-financière, le juge d'instruction est comme l'avant-centre d'une équipe de 3e division face à une équipe de Ligue 1. Il y a des interventions, des pressions hiérarchiques sur les policiers... Vous êtes donc face à une défense extrêmement renforcée. Le juge d'instruction, va avoir trois ballons dans le match. S'il veut avoir une chance de marquer un but, il doit être en permanence à la limite du hors jeu. D'où les éventuelles nullités dans ces affaires-là. Des fois on arrive à faire match nul, voire à gagner, mais on est quand même largement dominé.

Le sport vous aidait-il à vous échapper de vos dossiers ?

Lorsqu'on a une affaire importante, on travaille quasiment 100 % du temps. Même la nuit, on repense au dossier, à ses éventuelles erreurs. Le sport est l'un des seuls moments où l'on se donne à fond dans autre chose. Dans l'un des premiers articles publiés sur l'affaire des HLM de la Ville de Paris, un homme politique interrogé par Le Canard enchaîné parlait de moi sans me citer en disant : « Celui-là, c'est un teigneux. » La même semaine, je joue au tennis et mon partenaire me dit : « Putain, sur un court, t'es teigneux toi ! » J'ai trouvé ça très drôle.

Recueilli par G. Magne (Kaora Press)

* Nouvelles mêlées, Gallimard, et Sports, Pierre Terrail.

1967 : Mort de Tom Simpson sur le Mont Ventoux lors du Tour de France cycliste. « Une première preuve tangible des ravages du dopage. » 1968 : Aux Jeux de Mexico, Bob Beamon bat le record du monde de saut en longueur (8,90 m). « On aurait dit un oiseau. » 1976 : Saint-Etienne perd la finale de la Coupe des clubs champions face au Bayern Munich. « Tout le monde espérait que le petit mangerait le gros. » 1993 : « J'apprends que je suis classé au tennis. Une vraie fierté. »