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Eric Thomas: «Le changement, ce n'est pas Fernand ou Noël, c'est Eric qui le propose»

Eric Thomas: «Le changement, ce n'est pas Fernand ou Noël, c'est Eric qui le propose»

FOOTBALLIl est le 3e candidat à l'élection à la présidence de la FFF, défend le monde amateur et attaque les deux poids lourds, Noeël Le Graët et Fernand Duchaussoy...
Propos recueillis par Antoine Maes

Propos recueillis par Antoine Maes

Le troisième homme. Eric Thomas ne connait pas forcément le roman de Graham Greene sur le bout des doigts, mais il l’incarne à sa façon. Dans la bataille pour l’élection à la présidence de la Fédération française de football, il est l’outsider, derrière Fernand Duchaussoy et Noël Le Graët. Mais il est loin de partir battu d’avance, et revendique même le soutien d’Aimé Jacquet. «Ce n’est pas officiel. C’est un conseil, Aimé. Je l’ai au téléphone de temps en temps.» Comme l’ancien sélectionneur des Bleus de 98, il est adepte du pressing tout terrain. Ses adversaires le savent, qui se font éreinter pendant toute cette interview.

Est-ce que vous vous sentez comme le poil à gratter de cette campagne?

Non, ce n’est pas à la hauteur des idées qu’on défend et du projet qu’on veut porter.

Agitateur d’idées, ça vous convient mieux?

Candidat sérieux. Quand je vois le bilan catastrophique de mes deux concurrents, le président sortant et le vice-président… Quand je vois l’absence de projet… Ce n’est pas à la hauteur du foot français. Et quand je vois surtout le refus de Fernand de débattre, il nous dit ‘’mon projet c’est la réforme, et la réforme c’est plus de démocratie’’. Sans débat? C’est sa vision de la démocratie? C’est scandaleux, c’est intolérable. Quelle légitimité peut-il avoir sans débattre s’il est élu demain?

Dans ce cas, pourquoi prévoyez-vous, si vous l’emportez, de leur proposer d’être vos vice-présidents?

Je leur proposerai bien sûr. Il faut rassembler le foot français. Ils ont des compétences, je le reconnais, en tant qu’hommes, en tant que dirigeants historiques du foot français. Il faut arrêter de gâcher les talents. Il faut surtout redonner du sens. Avoir une vraie vision de son sport. Je pense que je le connais mieux qu’eux par mon parcours de dirigeant amateur, par l’intérêt que je porte au foot. Moi j’ai 30 propositions simples, claires, réalistes. C’est un projet progressif sur 5 ans. On a un projet qui s’adresse à l’ensemble du foot français. On veut une nouvelle ambition pour la FFF, passer d’une gestion du XIXe siècle à une gestion du XXIe. On fixera des objectifs à Laurent Blanc, à François Blaquart. On veut une négociation avec les internationaux pour qu’ils cèdent leurs primes en direction de la formation.

Comment ça?

Pour moi, jouer avec l’équipe de France, ce n’est pas une question de primes. C’est une question d’honneur et de fierté. En moyenne, un international joue 8 matchs par an. Ca fait 120.000 à 150.000 euros par joueur si vous jouez la totalité des matchs. Ca a du sens pour un jeune international. Lui, on lui laisserait le bénéfice de ces primes jusqu’à 10 sélections. Mais un vieux briscard comme Ribéry, ça n’a pas de sens. C’est 15 jours de salaire dans son club. Ils ont tous débuté dans un club amateur. La plupart s’en souviennent, mais certains ont oublié. Il faut retrouver ce sens de la solidarité. Cet argent, c’est 7 millions d’euros par an. C’est l’équivalent de 8.000 journées de formation.

Mais vous savez bien que ce ne sont pas toujours les meilleurs projets qui gagnent. Envisagez-vous sérieusement d’être élu samedi?

Bien sûr. Nous sommes des gens sérieux et responsables. On n’est pas moins légitimes que Fernand et Noël. Ce sont eux qui vont nous donner des leçons de gestion? Eux qui ont recruté 35 salariés supplémentaires à la FFF? Je ne dis pas que ce n’est pas justifié, je dis simplement que les besoins sont ailleurs. Les moyens on les connaît, simplement y a de l’opacité, on ne sait pas à quoi sert le budget. Il y a 200 millions, on ne sait pas à quoi ça sert. Faites l’expérience, vous essaierez de le trouver, allez sur le site de la fédération, sur Wikipedia, vous avez toutes les rubriques qui sont renseignées, et par contre, la seule rubrique manquante, c’est celle du budget. Il est facile de dire qu’il y a 40 millions en faveur du foot amateur. Mais que cache cette opacité? A quoi sert l’argent?

Est-ce que vous avez l’impression d’avoir pu mener campagne comme les deux autres?

Bien sûr que non. On n’a pas les mêmes moyens. Fernand fait campagne avec tous les moyens de la FFF à sa disposition. C’est totalement inéquitable. Il a opposé un démenti. Je dis que c’est un menteur. Même les fichiers de la FFF ont été piratés. Ils ont été copiés par des gens de l’équipe de Fernand pour récupérer toute la base de données. Et ils inondent les journalistes. Moi je n’ai pas à ma disposition ce fichier-là. Je ne peux pas faire campagne dans les mêmes conditions. C’est complètement injuste.

Voulez-vous toujours organiser un débat avec vos adversaires?

J’irai jusqu’au bout. Je jouerai le match jusqu’aux prolongations. S’il y a un penalty, je le tirerai. Je le fais dans mon club. Il faut beaucoup de sang froid pour diriger une fédération. Je pense que mes deux concurrents en manquent singulièrement. Ce ne sont pas de bons gestionnaires, ils n’ont pas de projet.

Est-ce que votre candidature a trouvé un écho correct dans les médias?

Regardez les sondages. Je suis parti à 34% d’intentions de vote du grand public. Je suis maintenant à 54%. Il y a une adhésion forte, il y a une dynamique des amateurs, qui veulent du changement. Et le changement, ce n’est pas Noël ou Fernand, c’est bien Eric qui le propose. Les grands électeurs sont sensibles à ce discours-là. Ils sont sur le terrain tous les week-ends.

Vous avez surtout fait campagne auprès d’eux?

Ce que je leur dis, c’est que je mettrai à leur disposition les moyens. Je ne privilégierai pas le Nord-Pas-de-Calais ou la Bretagne. Je veux simplement dire que j’ai confiance dans leur sagesse. Les moyens existent. Quand vous avez un partenariat avec Nike, qui donne 15 millions d’euros de droits d’entrée, premier chèque. Puis, il vous donne 2,5 millions d’euros de dotation matérielle pour l’équipe de France. Je dis que je veux la même chose pour les amateurs. Ils ont été complètement oubliés. Et quand Nike signe le contrat du siècle avec la Fédération, 42,6 millions d’euros, que la FFF est déficitaire de 1,6 million, c’est scandaleux. C’est nous qui avons créé tous ces postes à la fédération? Non, ce sont les deux gestionnaires actuels. Ce que je trouve scandaleux, c’est la position de Fernand. Il serait élu demain sans avoir expliqué son projet? C’est honteux et scandaleux de vouloir être élu en catimini sans avoir exposé ses propositions au-devant des 15 millions de passionnés de foot.

Et si c’est Noël le Graët?

Je crois que Noël a accepté le principe d’un débat. La balle est dans le camp de Fernand. Je lui mets la pression, une pression intenable. France Inter voulait organiser un débat. Après un accord de principe des trois, Fernand s’est dédit. Mais de quoi a-t-il peur? Du foot amateur? De son absence d’idée? De sa mauvaise gouvernance? C’est une élection présidentielle quand même. Toute proportion gardée, la seule fois où le débat n’a pas eu lieu entre candidats du 2e tour, c’est entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Sommes-nous, Noël et moi, si infréquentables que cela, pour refuser le débat?

Est-ce que vous pensez que l’élection de Noël le Graët serait plus légitime?

Pour moi c’est le même bilan. Ce sont les mêmes projets, ou la même absence de projet. Les deux portent le projet du foot professionnel.

Vous avez rencontré des embûches concrètes dans votre campagne?

Bien sûr. Je suis obligé de passer par la Fédération pour passer mes messages aux grands électeurs. J’en ai fait un, je l’avais écrit dans la nuit du 1er au 2 juin. En souhaitant qu’il soit envoyé aux grands électeurs le 3 juin. Sauf que la Fédé était fermée le 3. Les salariés ont le droit au pont. Simplement, il n’y a pas d’astreinte pour les élections. Et donc mon message est parti le 6. Je voulais inviter les grands électeurs à ma conférence de presse le 7, inutile de vous dire que bon…

Il n’y avait personne?

Il y avait les médias. Mais ça ne fait rien. Je veux faire du 18 juin une journée utile pour le foot français.