01:12
Samir Azzimani: «Mon travail passe avant les Mondiaux»
INTERVIEW•S'il se rend à Garmisch-Partenkirchen, le skieur marocain veut faire honneur à son pays...Propos recueillis par Romain Scotto
Peu importe s’il dispute le géant ou le slalom. Samir Azzimani demande juste à faire partie de la fête des championnats du monde de ski, à Garmisch-Partenkirchen. A une semaine de l’événement, le skieur marocain, résident à Colombes, est toujours dans l’incertitude. Comme avant les Mondiaux de Val d’Isère (2009) ou les Jeux de Vancouver (2010), l’athlète de 33 ans n’a pas encore bouclé son budget et n’a pas convaincu son nouvel employeur de le laisser participer.
Serez-vous aux championnats du monde la semaine prochaine ou pas?
Je devrais y être, mais c’est très compliqué. Je n’ai pas de matos. Je dois aller acheter une paire de skis. Et vis-à-vis de mon employeur, je ne peux pas trop m’absenter. Je suis moniteur de ski pour l’UCPA. Ils comptent sur moi. Aujourd'hui si je retourne sur les skis, c'est grâce à eux. Logiquement, il faudrait que je parte dimanche soir, mais mon travail passe avant les Mondiaux.
Depuis le slalom des Jeux de Vancouver, comment vous êtes-vous préparé?
Après les Jeux, j’ai subi une blessure au genou et une déchirure musculaire. J’ai fait des injections et j’ai été soigné à l’Insep par un bon médecin du sport. Après ça, je me suis fait agresser à Colombes pendant une sortie en VTT. J’ai eu les cotes fracturées. Donc sept mois de blessure en tout. Et puis je me suis entraîné physiquement à Argenteuil. J’ai commencé à recourir. Je me suis remis à skier mi-décembre à La Plagne. Je ne pouvais plus retourner à Courchevel, la vie est trop chère.
Financièrement, est-ce toujours aussi compliqué de monter un budget?
C’est toujours la galère, bien sûr. Je continue à rembourser des factures des Jeux olympiques. Le matériel, des gens qui m’ont prêté de la thune pour m’entraîner... Je dois encore 3.000 euros. En tout ça m’a coûté bonbon. Je ne peux pas chiffrer. A un moment je devais plus de 7.000 euros.
Depuis les JO, vous n’avez donc pas disputé la moindre course?
Non, je n’ai fait que des entraînements depuis Vancouver. Je n’ai pas pu faire de courses. J’étais blessé et j’ai bossé. Quand tu n’a pas de situation sociale, tu trouves des petits boulots. J’ai été chauffeur au Mondial de l’automobile par exemple. Ce sont des petits jobs qui ne te permettent pas de faire ce que tu veux. Mais ce n’est pas grave.
Tentez-vous d’aider les athlètes marocains qui sont dans la même situation que vous?
J’ai créé une association pour aider les sportifs comme moi. L’ESMI (entente sportive marocaine internationale). Elle a pour but de fédérer les sportifs de haut niveau marocains des sports individuels. Je sais combien le parcours d’un sportif est dur. Personne ne te connaît au Maroc. Ma structure aide les athlètes, les guide au niveau des démarches administratives, du matériel, de leur communication. On essaye aussi d’arrondir les angles entre les Marocains du monde et leur fédération. Là, j’ai réussi à sensibiliser un petit Marocain d’Albertville. Je le guide. Il veut faire du ski et représenter notre pays pour les Jeux. Il est très motivé. Le but, c’est aussi de créer des vocations. Imaginez, l’effet médiatique si on voyait plus de petites nations représentées. Je suis certain que dans les quartiers, les jeunes s’intéresseraient au ski.
Pourquoi est-ce si important d’être présent à Garmisch-Partenkirchen pour vous?
C’est l’image du pays à l’international qui est véhiculée. C’est le haut niveau. Tu appartiens à une communauté. Garmisch, ça m’attire.
Quelle ambition avez-vous si vous êtes engagé?
En slalom ou en géant, je m’en fiche. En géant, j’ai peu de chances de passer les qualifs mais en slalom, je me sens super bien. Si j’y vais, ce n’est pas pour faire du chasse-neige comme le Marocain qu’on a vu à Albertville (aux JO de 1992). Pour moi, il a fait beaucoup de mal à l’image du pays. Il s’est gaufré plusieurs fois et s’est pris le poteau d’arrivée. Tu ne vas pas en compétition si tu n’es pas préparé. T’as une nation derrière toi. Moi, je veux dépasser pas mal de monde. Faire quelque chose. Disons, dans les cinquante premiers de la course de qualification. T’as des mecs qui ont une écurie avec eux. Moi je suis tout seul pour farter les skis par exemple.
Trouvez-vous que la fédération internationale aide un peu plus les athlètes des petits pays? A Val d’Isère, vous ralliez parce que les qualifications n’avaient pas lieu sur la «vraie» piste des Mondiaux. Mais sur une piste annexe…
Ils veulent trier… Il y a des pressions de sponsors, de télévisions. Aux JO on avait le droit de skier sur la même piste, heureusement. En même temps, je vois mal l’Afrique absente des JO d’hiver. Ça n’aurait pas de sens d’appeler ça des «JO». Sinon, on enlève un anneau. Sinon, pour l’instant, je n’ai pas vu la couleur d’une éventuelle aide. En même temps je ne suis qu’un sportif.
A terme vous visez les Jeux de Sotchi?
C’est l’objectif. Et pour ces Jeux, je souhaite monter une équipe. Avec des filles. Je ne serai plus tout seul. Mais pour l’instant, il y a trop de galères.



















