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Basket : Avec le « Blood Money », des hommes parient sur le cycle menstruel des joueuses de WNBA
misogynie•Après des jets de sextoys pendant des matchs de la WNBA cet été, certains hommes s’amusent désormais à parier sur le cycle menstruel des joueusesViolette Belloux
L'essentiel
- Depuis cet été, des parieurs en ligne misent sur les basketteuses de la WNBA en fonction de leur cycle menstruel.
- Surnommée « Blood Money », la pratique se popularise sur les réseaux sociaux et certains influenceurs analysent publiquement les phases du cycle des athlètes pour prédire leurs performances.
- Le phénomène inquiète les professionnelles de santé qui alertent sur l’absence de preuves scientifiques d’une telle pratique et les risques sur la protection de la vie privée des joueuses.
On pensait avoir touché le fond cet été, quand des spectateurs de WNBA s’étaient amusés à jeter des sextoys sur les joueuses en plein milieu des matchs. Mais il fallait croire que certains avaient encore de la marge. Depuis quelques mois, des parieurs misent sur les basketteuses en se fondant… sur leur cycle menstruel.
Le phénomène a été révélé au grand jour lors de la finale du championnat entre les Las Vegas Aces et le Phoenix Mercury le 11 octobre dernier. Surnommé « Blood Money », « l’argent du sang », cette stratégie misogyne consiste à miser contre les joueuses lorsque celles-ci sont en période de menstruations.
Avec l’émoji « goutte de sang »…
Sur les réseaux sociaux, la pratique tend à se populariser et les internautes ne s’en cachent même pas : « Let the Blood flow !! » [« Que le sang coule !! »] ; « Period plays too goated » [« Les paris sur les règles, c’est génial »] ; ou encore « Blood Money Baby » peut-on lire sous les posts Instagram et TikTok de comptes spécialisés dans les paris sportifs, le tout accompagné d’un sympathique émoji en forme de goutte de sang.
Sur Instagram, l’influenceur FadeMeBets, auto décrété spécialiste « Bloody Money » et suivi par plus de 30.000 personnes, analyse régulièrement les différentes phases du cycle menstruel des joueuses de WNBA. Dans une vidéo publiée le 15 juin, ce dernier a recommandé aux parieurs de miser contre Caitlin Clark. Selon lui, la basketteuse se trouvait à ce moment-là « à la fin de sa phase lutéale » [période qui précède tout juste le début des règles]. L’influenceur prédisait alors une contre-performance de la star d’Indiana Fever : « Cela signifie une baisse de cardio, de force et de son système aérobie. Elle sera plus fatiguée que lors d’un match habituel. » Après des dizaines de vidéos similaires publiées depuis mai dernier, l’influenceur revendique un taux de prédiction de 69 %.
Face à ce phénomène, certaines professionnelles de santé tirent la sonnette d’alarme. « Les données probantes à ce jour ne peuvent pas attester le fait que les athlètes féminines vont moins bien performer dans une [certaine] phase du cycle », explique Bianca Dancose-Giambattisto, physiothérapeute en santé pelvienne et fondatrice de Femmes dans le sport.
+ 67% de paris en ligne sur la WNBA en 2024
Cette saison, la WNBA a cassé les records, avec plus de 2,5 millions de spectateurs. Côté paris, la tendance est également à la hausse : l’opérateur Bet365 a enregistré une hausse de 67 % des paris en ligne sur le championnat l’année dernière. Si cet engouement autour de la WNBA a pu propulser certaines joueuses comme Caitlin Clark ou Paige Bueckers sur le devant de la scène, Bianca Dancose-Giambattisto craint une atteinte grandissante à la vie privée des basketteuses.
« Il y a beaucoup d’athlètes féminines qui utilisent des applications pour suivre leur cycle menstruel. Et récemment, dans les dernières années, il y a eu des scandales de cybersécurité par rapport à cela. De ce que j’ai trouvé, des parieurs ont suivi certaines athlètes depuis des mois et des années pour essayer de prédire leur cycle menstruel. Mais jusqu’où est-ce que ça peut aller ? Est-ce que les données dans des applications mobiles pour suivre le cycle menstruel sont véritablement protégées ? », interroge l’ancienne gymnaste.
En parallèle, les joueuses de WNBA sont actuellement en pleines négociations pour faire augmenter leurs salaires. En moyenne, elles perçoivent entre 20 et 25 % des revenus générés par leur championnat, tandis que leurs homologues masculins touchent environ 50 % des recettes de la NBA.



















